Papi Biden en grande forme

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Malgré son grand âge, Joe Biden, bientôt octogénaire, est loin d’être le «Sleeping Joe» que d’aucuns croyaient. Au contraire, il donne l’impression d’être pressé par le temps qui s’effiloche et l’histoire qui s’écrit. Covid-19 oblige, il voit les choses en grand, sous un angle nouveau, et ose des changements de paradigme économiques et sociaux fondamentaux – qui vont impacter non seulement les États-Unis, mais le reste du monde.

Cette semaine, le président des États-Unis a annoncé le retrait de toutes les troupes américaines d’Afghanistan d’ici le 20e anniversaire des terribles attentats du 11 septembre 2001, qui ont refaçonné les relations et politiques internationales. Biden se dit conscient qu’il est «le quatrième président américain à gérer la présence militaire américaine en Afghanistan» et a promis de ne pas transmettre «cette responsabilité à un cinquième». La logique de Biden est la suivante : «Nous serons plus efficaces face à nos compétiteurs si nous menons les batailles des 20 ans à venir, pas celles des 20 années passées (…), il est grand temps d’achever cette guerre sans fin.»

Sur le plan fiscal, il tente un Big Bang après quatre ans de Trump. Sa réforme est sans doute la plus ambitieuse depuis plusieurs générations. Elle ambitionne de rééquilibrer l’impôt au détriment des plus riches et des multinationales, d’où la levée de boucliers dans le camp républicain. Son Made in America Tax Plan vise aussi, de concert avec l’OCDE, une imposition plus juste des entreprises, notamment des multinationales et des sociétés du numérique, dans le but avoué d’enrayer l’évasion fiscale et de supprimer… les paradis fiscaux.

Avec un sinistre bilan du Covid-19 qui a dépassé la barre des 500 000 morts (selon les statistiques de l’université John Hopkins), Biden tente le tout pour le tout afin de renverser la vapeur. Il postule que davantage d’Américains sont morts durant la pandémie que lors des Première et Seconde Guerres mondiales et celle du Vietnam combinées. La stratégie de Biden est de recentrer les ressources (financières et humaines) autour de nouveaux combats des États-Unis : bloquer la pandémie et faire repartir la croissance économique et l’emploi sur le plan domestique (le taux de chômage est déjà passé de 15 % à 6 % en un semestre), tout en relançant la lutte contre le changement climatique au niveau planétaire.

L’énergie positive et progressiste de Biden n’a pas tardé à générer un feel good factor. Du coup, le taux de croissance aux États-Unis a été revu à la hausse pour 2021 : + 6,5 % (au lieu de + 3,2 %) – soit un taux «chinois», selon les observateurs internationaux, qui ne manquent pas de souligner qu’en comparaison, l’Europe n’arrive pas à s’extirper du marasme et risque d’être de plus en plus marginalisé.

Face aux enjeux, Biden ne se place ni à gauche, ni à droite. Il s’est mué en un centriste conjoncturel, dans la mesure où les idéologies d’hier ne reposent plus sur les mêmes réalités. Si, en 1996, Bill Clinton martelait que «l’ère du “big government” était «révolue», Biden, lui, insiste que l’État fédéral doit retrouver son rôle de père protecteur, car «l’État fédéral n’est pas une force étrangère installée dans une lointaine capitale, il s’agit de nous tous».

C’est dans cette optique que le plan de sauvetage économique post-Covid-19 – 1 900 milliards de dollars publics – est salué comme une relance budgétaire des plus robustes, confirmant, par là même, le retour massif de l’état dans la conduite de l’économie. The Economist estime que Biden tente là «une expérience sans parallèle depuis la Seconde Guerre mondiale»…Un pari risqué, mais qui couvre le plus grand nombre: «Des vaccins dans les bras du peuple américain, de l’argent dans sa poche, des enfants à l’école en toute sécurité, des travailleurs qui retournent au travail en toute sécurité. C’est une législation remarquable, historique et transformatrice, qui contribue très largement à écraser le virus et à résoudre notre crise économique.»

Le plan multiforme de Biden vise prioritairement les plus pauvres avec notamment une aide financière directe, des crédits d’impôts, un appui scolaire, un financement d’une assurance santé, et une formation professionnelle, tout en investissant, dans un deuxième temps, dans les infrastructures («Build Back Better») et de lutter contre les changements climatiques et environnementaux. Mais l’opposition républicaine au Congrès s’élève contre : ce plan de relance sera financé en partie grâce à l’augmentation de l’impôt sur les sociétés. Mais Biden a vite lancé la deuxième offensive : un vaste projet d’investissements massifs dans les infrastructures s’accompagnant de hausses d’impôts qui restent à définir.

C’est un fait : démocrates et républicains s’accordent sur la nécessité de moderniser les infrastructures vieillissantes des États-Unis au lieu de financer l’industrie de la guerre au Moyen Orient. Trump avait lui-même reconnu que celles-ci étaient «en décrépitude»; d’ailleurs en 2018, il avait proposé un plan de 1 500 milliards de dollars – qui n’a jamais été examiné au Congrès. Avant lui, Obama avait vainement proposé, en 2014, plus de 300 milliards d’investissements sur quatre ans pour rénover routes et ponts.

Cette fois-ci, Biden fait face à une conjoncture extraordinaire et peut faire preuve d’audace afin de booster le moral des Américains avec une fin de mandat laborieuse et une pandémie destructrice, tout en pointant du doigt la «théorie du ruissellement», qui n’a pas tenu ses promesses de justice sociale.

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