La relativité (pas selon Einstein)

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C’est remarquable comment les ‘problèmes’ des uns sont relativement de bien moindre importance pour les autres et comment le dernier parmi ceux-ci peut déplacer et/ou amoindrir tous les autres. 

À lire sa lettre au Consulat de l’Arabie saoudite, le problème principal du député Osman Mohamed semble être les sommes promises par le royaume saoudien pour réparer les mosquées et soutenir les pêcheurs après le Wakashio. Pour Paul Bérenger, la question démocratique prime. Pour Sooren, c’est sa motocyclette qui a rendu l’âme. Quant à Maria, enfermée dans son deux-pièces qui coule à chaque fois que les nuages gris-noir relâchent leur trop-plein, c’est le prochain repas des trois gosses. Encore mine Apollo ? 

Depuis le reconfinement décrété dans un des rares pays s’étant vanté pendant des mois de son statut ‘Covid-safe’, tous les sujets liés au virus sont rapidement remontés dans le hit-parade des problèmes du jour. Ce faisant, Kistnen et l’affairisme entourant son assassinat, Angus Road et ses questions demeurées sans réponse, la mission Callichurn à la STC après les achats intempestifs du premier ‘lockdown’ – sur lesquels l’ICAC enquête toujours – ont tous cédé leur place sous le ‘spotlight’ de l’actualité. Seul le rapport de l’auditeur général a, pour un temps, disputé la vedette au Covid et ce principalement à cause du rôle de ‘bouclier’ joué par l’ICAC pour bloquer des dossiers du regard scrutateur de celui qui est pourtant constitutionnellement supposé protéger l’argent public. 

Depuis début mars, nous sommes, de facto, tous devenus des experts en vaccins, des consommateurs réguliers de la bonne parole du ministre de la Santé chaque fin d’après-midi et nous aimerions croire être instantanément devenus compétents en virologie. Sans compter que les “Eh toi là, tu as vu ?” fusent de plus en plus fréquemment à propos des masques peu ou pas portés comme il faut par des personnes supposément exemplaires ou à propos des prières, des anniversaires ou encore des enterrements (!) organisés en dépit du bon sens et en pleine gueule du DCP Jhugroo. 

Nous sommes tous obnubilés par ce virus invisible ‘sans cervelle’ au point de (presque) négliger tout le reste. Ainsi relégué, par exemple, le plus grand défi de la planète, incontestablement. Celui de son réchauffement accéléré, qu’il faut absolument freiner… 

Le drame de l’humanité c’est que le changement climatique est lent alors que notre cerveau est surtout aguerri à l’événement, à l’immédiat, à l’actualité. Mais rappelons-nous qu’il y a 250 millions d’années, l’excédent d’oxyde de carbone dans l’atmosphère réchauffait alors la Terre par plus de 5 degrés, détruisant 96 % des espèces vivantes et que NOUS ajoutons actuellement ce poison plus de cent fois plus rapidement qu’à aucun moment avant la révolution industrielle. Pire ! Plus de la moitié du carbone dans l’atmosphère date de ces 30 dernières années et plus de 85 % de ce carbone date de l’après-guerre ! Ce sont donc NOS générations encore vivantes qui sont les principaux responsables de la catastrophe qui s’annonce, surtout si nous n’émigrons pas de notre monde dopé aux hydrocarbures ! Car, au taux actuel, vers 2100, la planète sera plus chaude de 4 degrés et de nombreuses régions (45 % de la planète, selon certaines estimations) deviendront invivables. À cette température, d’ailleurs, le méthane enfoui dans le permafrost et 28 fois plus nocif que le carbone sur un cycle de 100 ans, sera aussi dans l’atmosphère. 

C’est vrai, égoïstement, que nous ne serons plus là. Mais la vie des prochaines générations, si ce n’est de l’espèce humaine elle-même, ça ne compte pas pour nous ? Si c’est le cas, nous pouvons retourner à notre shopping, à nos facéties ou à nos méchancetés sur Facebook, à nos véhicules, dont le diesel, pourtant plus nocif, vient d’être à nouveau protégé par nos gouvernants. Ou à nos deux steaks par semaine…

Après tout, les 200 millions de réfugiés climatiques prédits par les Nations unies pour 2050 ne viendront pas chez nous. Peut-être, par contre, y aurons-nous quelques représentants ? Après tout, nous n’achetons pas de bitcoins dans une illusoire tentative de gains spéculatifs, d’autant que pour sa gestion dans le ‘cloud’, il demande plus d’électricité que génèrent la totalité des panneaux solaires installés dans le monde jusqu’ici ! Vous imaginez ? Cela veut dire qu’en quelques années, nous avons, par méfiance des autres et des monnaies établies, totalement défait le travail de plusieurs générations d’innovation ‘verte’ ! Après tout, la nourriture gaspillée (25 % de ce qui se produit, est-il estimé), l’énergie inutilement consommée (70 % de l’énergie produite est perdu sous forme de chaleur inutilisée) ce ne sont pas nos péchés à porter. Après tout, si les Américains voulaient bien vivre comme leurs cousins européens, ils vivraient bien et généreraient 50 % de carbone en moins. Après tout, seule10 % de l’électricité produite de par le monde est aujourd’hui consommée pour contrer les vagues de chaleur, grâce à l’air conditionné ou le ventilateur. Sauf que cette consommation triplera dans le meilleur des cas avant 2050 et que l’on aura ajouté 700 millions d’unités ACs jusqu’en 2030. Après tout, dans quelques décennies, le hajj à la Mecque sera physiquement impossible à la majorité des 2 millions de fidèles qui s’y déplacent dans une année normale. Après tout, les aspirations des peuples pour améliorer leur sort font dire aux Nations unies qu’il faudra produire DEUX fois plus de nourriture qu’actuellement alors même que le réchauffement fera baisser la productivité des régions céréalières (1 degré de plus, 10 % de production de moins) et que les nouvelles régions ‘libérées’ par la chaleur (Canada, Russie principalement) prendront quelques siècles avant de produire une fertilité optimale grâce à l’humus accumulée. Après tout, la production des nourritures du monde, y compris celles que l’on doit au ‘magicien’ qu’était Borlaug, produisent déjà un tiers du carbone que nous ajoutons à l’atmosphère et Greenpeace estime qu’il faudra réduire notre consommation de produits laitiers et de viande par 50% avant 2050 si l’on veut rester à l’intérieur d’un réchauffement de 2 degrés. Or, à 2050, la seule Chine veut tripler sa consommation de lait ! Après tout, à la cadence actuelle, dans moins de 100 ans, grâce à 2 mètres d’eau de plus, toutes les plages du monde auront été noyées, ainsi que la Maison-Blanche à Washington, Mar-a-Lago en Floride, notre concurrent touristique aux Maldives, la majorité du Bangladesh, la ville de Djakarta ainsi que le centre administratif de Facebook à Menlo Park, en Californie. Après tout, les glaciers du Groenland et de l’Antarctique Ouest semblent aujourd’hui plus vulnérables à la fonte des glaces ; le Groenland perdant déjà un milliard de tonnes de glaçon quotidiennement. Quand ces deux glaciers auront fondu, il y aura 16 pieds d’eau de plus dans la mer. Et vous savez à quoi l’on s’occupe dans cette perspective ? Aux nouvelles réserves de gaz et de pétrole qui vont être libérées des glaces ! Après tout, l’eau fraîche qui va manquer sur la planète ne devrait pas nous heurter puisque des 4 000 millions de mètres cube qui nous tombent dessus, en pluie, chaque année, même au taux «gaspilleur» de 170 litres par tête par jour (Singapour : 140 litres), seulement 6 % sont effectivement consommés pour l’heure, 53 % allant à la mer et plus de 50 % étant perdu dans les tuyaux, dans ce pays où le 24/7 vient d’être redéfini par le PM ! Après tout, il pourrait, finalement, ne plus rester d’argent pour combattre les dérèglements climatiques quand nous aurons fini de payer les factures du Covid et de ses conséquences… 

Alors oui, oublions pour peu les problèmes d’après-demain pour ceux d’aujourd’hui ? 

Après tout, si le totalitarisme s’installe, si l’on reconfine à chaque fois qu’on verra pointer du nez le Covid-19 ou n’importe lequel de ses cousins, si le gouvernement continue à pomper la Banque centrale sur la rengaine du ‘one off’’, si l’on continue à dépenser l’argent que nous ne produisons pas (sauf sous forme de billets imprimés, injectés dans les circuits, quitte à déprécier la roupie et à nourrir l’inflation), si l’on suit le modèle grec du surendettement rendu opaque, du mensonge sur ce qui gêne, de l’Etat-tétine pour les petits mignons, est-ce que cela vaudra vraiment la peine de sauver la planète ? 

Chez nous-mêmes, ne sommes-nous pas déjà à 4 degrés de détériorations diverses de plus ?

PS : la série de projections effrayantes sur le futur de la planète provient d’une lecture récente : The Uninhabitable Earth de David Wallace-Wells (Penguin)

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