Projet de société : L’art, un pilier du modèle de développement*

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Il nous faut repenser notre modèle de développement. C’est une urgence et une nécessité. Déjà, avant le Covid-19, ce modèle avait commencé à montrer ses li- mites avec une crise structurelle affectant certains piliers économiques – tourisme, agriculture et secteur manufacturier – et de sérieux problèmes touchant l’offshore et une économie bleue qui n’arrive pas à décoller.

L’après-Covid-19 vient dramatiquement compliquer les choses. Ce nouveau modèle de développement devrait se conjuguer avec une nouvelle architecture de notre économie et l’encouragement au développement de nouveaux secteurs d’activité. Le poids des conglomérats et l’absence d’une articulation saine avec les PME (petites et moyennes entreprises) et TPE (très petites entreprises) font que le système de production est loin de fonctionner de façon optimale. L’art dans toutes ses déclinaisons a un réel potentiel d’être un nouveau pilier économique. Il peut aussi éclairer sur des valeurs mobilisatrices dans la quête d’un futur développement de qualité.

Le secteur de l’art dans ses différentes appellations – entreprises créatives, industries culturelles – occupe une place grandissante dans l’économie mondiale. Ils sont nombreux les pays sur tous les continents qui sont en train de développer l’environnement nécessaire pour réaliser tout son potentiel. Aujourd’hui, avec la Toile et le numérique, le marché de l’art dispose d’une plateforme tout simplement extraordinaire qui permet la mise en place d’un l’écosystème numérique et des plateformes appropriées et performantes pour le faire savoir, le savoir-faire et le marketing.

Notre société, enfant de la mondialisation, a comme richesse un peuplement issu des quatre coins du monde. Cette population a été pétrie par un métissage durant plus de trois siècles. Cette richesse s’est exprimée tout naturellement à travers l’art. Une histoire de l’art à Maurice ne peut faire l’économie du cadre colonial dans ses différentes phases avec les contradictions, les luttes et les avancées qui leur sont propres. La lutte et la résistance contre l’hégémonie culturelle occidentale ont été un élément structurant de la dynamique sociétale globale. Et c’est aussi notre cas. La mondialisation est entrée dans une nouvelle phase avec le déplacement du centre de gravité vers l’Asie avec ses conséquences sur la dimension culturelle et artistique. C’est une donnée qu’il nous faut intégrer rapidement !

La démocratisation/ décolonisation est l’autre processus historique qui a impacté sur l’art tant dans sa conception que ses pratiques dans de nombreuses sociétés à travers le monde. Il y a eu une rupture d’une part avec une conception occidental-ocentriste et élitiste de l’art d’une part, et de l’autre, l’art s’est enrichi en reconnaissant sa diversité et ce qui est appelé «art populaire». Maurice n’a pas échappé à cette évolution-révolution. C’est une phase processus dont ses différents aspects méritent d’être mieux documentés.

État des lieux, tendances et perspectives

Commençons cet «état des lieux» avec cette idée forte que dans chaque enfant sommeil un Mozart et un Picasso, et gardons en tête cette phrase de Nelson Mandela sur l’éducation comme l’arme la plus puissante d’un moteur du changement.

Le domaine de l’art à Maurice est très vivant, bouillonnant d’initiatives et d’activités dans différents domaines. Nous voyons émerger beaucoup de talents dotés d’une belle créativité. Les espaces dédiés à l’art ou accueillant des activités artistiques se multiplient.

Des passionnés animent des ateliers d’initiation et de formation pour les enfants et les jeunes, des expoconcours se tiennent avec le soutien d’entreprises et d’institutions. Il faut aussi compter sur les initiatives dans un domaine nouveau, celui du street art, à l’exemple de celles menées par la New China Town Foundation, Porlwi By Light, Projet de Société avec Sime Lalimier. Ou celui du Slam.

Dans tous les domaines, existe une recherche de la qualité, d’innovation.

Notre métissage est propice à la fusion, une démarche et une recherche dans le style très appréciée qui a le potentiel de conquérir un public international dans les festivals et ailleurs. C’est déjà le cas. On peut en faire davantage moyennant que la qualité y est.

État et culture

L’État a un rôle important à jouer dans le domaine de l’art et de la culture. Les rapports entre l’État et les artistes sont difficiles. Comment faire pour les assainir ? Où en est-on avec le master plan préparé il y a deux-trois ans ? Il faut le remettre à l’agenda et en extraire les bonnes pistes et avancer.

Les artistes opèrent dans un écosystème compliqué. Le monde des artistes mauricien a forcément ses tendances et courants, et ses contradictions. Sur l’infrastructure, la logistique, les compétences et les expertises requises, les rapports avec l’État et le ministre des Arts et de la culture, il y aurait beaucoup à dire et à redire. Ici comme ailleurs, il y a du favoritisme et autres maldonnes en termes d’accompagnement, d’aide et de soutien.

En même temps, l’art offre la possibilité d’un développement où la société civile peut/doit devenir la force motrice, et trouver la voie pour s’affranchir d’un rapport de dépendance avec l’État. Ceci étant, l’État a un rôle stratégique dans la mise en place d’un environnement propice pour l’épanouisse- ment de l’art – support logistique, cadre administratif, soutien économique.

Qu’en est-il du patrimoine ? Des sites et des formes d’art ont déjà eu la reconnaissance de l’UNESCO, tels la montagne du Morne, l’Aapravasi Ghat, le Sega, le Geet Gawai. Certains sites ont statut de patrimoine national, ce qui ne garantit pas une protection à toute épreuve, hélas. Notre histoire à tous est une de construction qui assume les contradictions, les souffrances mais aussi les avancées. Que la protection du patrimoine tangible et intangible ne relève pas de la tentation de division. Soyons vigilants envers ceux qui aiment réveiller les «démons historiques».

Décloisonner, ouverture

Pendant longtemps, certains lieux d’exposition étaient de véritables chasses gardées – hôtels, bureaux, galeries. De nombreux artistes se désolent du manque de visibilité pour leurs œuvres en raison de critères qui ne leur sont pas clairs. Si nous voulons avancer, il convient de bien prendre la mesure de ces facteurs bloquants, source de frustrations et de découragement.

De nouvelles dynamiques très positives se mettent en place pour plus d’ouverture, plus de décloisonnement ; elles méritent d’être connues, encouragées, soutenues. Les médias y contribuent beaucoup mais il y a encore beaucoup à faire pour faire connaître de nouveaux talents et promouvoir les tendances et la vie artistique dans des régions trop souvent stigmatisées. Elles peuvent être un miroir de la réalité du terrain avec ses pratiques, ses quêtes, ses réussites, ses échecs. L’art comme pilier de l’économie doit s’inscrire dans une philosophie de développement privilégiant la qualité de la vie et l’épanouissement de l’humain. En soi, et en tant que thérapie, l’art s’y prête admirablement.

Défi et opportunité L’art, par sa nature multiforme, alimente plusieurs dimensions et directions touchant à la sphère sociale. Il n’y a pas que dividendes et profits. L’art contribue à l’essentielle qualité de la vie. Fondé sur le socle d’une économie créative solidaire, il est un véhicule idéal pour mettre en valeur et promouvoir le vivre ensemble. En clair, il s’agit de ruptures ouvrant la voie de l’avenir au présent. Nous avons tous les ingrédients pour réussir ce chantier. Relevons ce pari-défi. Ensemble avançons !

*Nos analyses sur les problématiques identifiées pour Projet de Société en mai 2017 remontent à la publication du Préambule dans l’express du 1er mai 2017. Une actualisation dans le contexte de la Covid-19 demande des ajustements, des changements dans la forme et le fond de même que dans la finalité et des objectifs.

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