La loi du plus fort

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Mais non, je ne vous parlerai pas des Chagos, de Guantanamo, d’Agalega, de Ceuta, de Gibraltar, de Dubrovnik.

Tax Justice Network (TJN) est un groupe d’activistes très respectés qui travaille pour réduire les abus des grosses multinationales et des grosses fortunes qui essaient de minimiser leurs obligations de contribuables. Les estimations sont que ces abus, utilisant pour l’essentiel des montages financiers dans des paradis fiscaux, se montent annuellement à 427 milliards de dollars.

TJN vient de publier, comme il le fait tous les deux ans, le hit-parade des pays qui permettent à ces contournements d’avoir lieu. Elle alloue à chaque pays un index, minutieusement établi, du degré d’intensité avec lequel chaque pays étudié aide les multinationales à réduire ses charges fiscales. L’OCDE, basée à Paris et regroupant 37 des pays les plus riches de la planète, est chargée depuis quelques années de la coordination des efforts pour contrer cette fuite de revenus taxables, car, en effet, ce sont les autorités fiscales des pays riches qui devraient être en premier lieu intéressées à glaner plus de taxes légitimement.

«Le seul autre pays du ‘top thirty’ de TJN à se retrouver avec l’île Maurice sur la liste grise du GAFI sont les Îles Caïmans»

Cependant, ce rapport vient démontrer que les plus grosses économies du monde AIDENT des multinationales à éviter, est-il estimé, 245 milliards de dollars de taxes ! Ce qui menait le coordinateur de la Global Alliance for Tax Justice à déclarer que «faire confiance à l’OCDE… est comme faire confiance à une meute de loups pour construire une barrière autour d’un élevage de poulets (bio, s’entend) !».

En effet, ce rapport explique comment l’OCDE est responsable de 39 % de tous les risques mondiaux d’abus fiscaux et comment les pays gradés «not harmful» par l’OCDE sont responsables de 98 % des abus et détournements fiscaux de la planète. Et pourtant, il y a eu quelques progrès puisqu’environ 500 000 individus avec des comptes bancaires secrets ont été dépistés et forcés à payer des taxes sur des revenus illicitement cachés ces quatre dernières années.

Dans le ‘top ten’ des plus importants facilitateurs de détournement fiscal, on retrouve «the usual suspects», c’est-à-dire, les British Virgin Islands (1er), les Îles Caïmans (qui désormais ont dépassé Maurice comme source d’investissement en Inde ! (2e)) les Bermudes (3e), Hong Kong (7e), Jersey (8e). Mais aussi les nations riches que sont la Hollande (4e), la Suisse (5e), le Luxembourg (6e), Singapour (9e), Dubaï-UAE (10e). Maurice, se cherchant une place sous le même soleil, est 15e, mais après l’Irlande (11e) et la Grande-Bretagne (13e) et juste avant la Belgique (16e), la France (18e) la Chine (19e), l’Allemagne (23e), les États-Unis (Delaware, etc.)(25e) ou même la Suède, exemplaire (26e)!

«Réalise-t-on qu’à recevoir de petits dons et à faire trop d’achats de divers vaccins, on s’achemine vers une complication logistique maison ?»

Je vous rappelle que le seul autre pays du ‘top thirty’ de TJN à se retrouver avec l’île Maurice sur la liste grise du GAFI sont les Îles Caïmans… qui nous croquent en Inde et qui appartiennent à la Grande-Bretagne ! Le seul pays du ‘top 15’ de TJN qui n’est pas officiellement lié aux pays forts et riches, ce sont les Bahamas (12e). Nous sommes dans un club de riches ! Si ce n’est pas l’illustration de la loi du plus fort, ça y ressemble beaucoup !

Autre domaine, même leçon. Les vaccins.

Dans un Op-Ed publié au début de février dans le New York Times, MM. Prabhala et Chee Yoke Ling racontent comment les circuits d’homologation de vaccins (et sûrement aussi de médicaments) sont sous influence des pays de l’Ouest et rendent la vie difficile aux laboratoires des pays de l’Est. Les perceptions négatives face aux vaccins chinois et russe découlent, il est vrai, dans une large mesure, du fait que ces États sont des États totalitaires, où la transparence et les libertés n’irriguent aucunement la confiance. Le ‘hard sell’ diplomatique des Chinois et des Russes n’a pas aidé, non plus… Bien au contraire.

Cependant, le journal médical le plus respecté du monde, The Lancet, a publié des résultats intérimaires des essais de phase III du Sputnik V, démontrant une efficacité de 91,6 %. Devant l’urgence, il faut souligner que Pfizer et Moderna furent approuvés aux États-Unis sur la base de résultats intérimaires de phase III aussi ! L’Inde a adopté la même approche accélérée pour approuver le Covaxin de Bharat Biotech, causant de fortes protestations nationales. L’Est et l’Ouest sont ici logés à la même enseigne, cependant qu’à l’Ouest, il y avait quand même un peu plus de transparence.

Le fait est qu’il y a de moins en moins de scepticisme mondial face aux alternatives aux vaccins homologués à l’Ouest. Les essais de Sinopharm aux Émirats arabes unis, en décembre, indiquent 86 % d’efficacité, par exemple. 1,3 million d’habitants ont été vaccinés. De toute façon, la grande majorité des vaccins produits à l’Ouest ont été achetés par les pays riches : 100 % de Moderna, 96 % de Pfizer ! Qui plus est, la plupart des compagnies pharmaceutiques de l’Ouest ne souhaitent pas autoriser la production de leurs vaccins ailleurs qu’à l’Ouest (AstraZeneca est une grosse exception, semble-t-il) et les pays riches s’opposent à une proposition de l’Inde et de l’Afrique du Sud de temporairement suspendre quelques-unes des protections de propriété intellectuelle pour les vaccins et traitements de la Covid, vu la pandémie.

Le vrai problème, disent ces deux auteurs, c’est que l’OMS, elle-même, certifie les vaccins avec un biais favorable aux pays riches, se trouvant essentiellement à l’Ouest. Les régulateurs nationaux sur lesquels l’OMS s’appuie sont tous en Europe, en Australie, aux États-Unis, au Japon et au Canada. Le système alternatif de pré-qualification est supposé mettre tout le monde sur le même pied, mais reste coûteux et lourd pour ceux se trouvant à l’Est. Ainsi, les vaccins chinois et russe attendent-ils patiemment leur certification depuis avant Pfizer et AstraZeneca…

L’ironie de tout ça ? L’Europe elle-même a des problèmes d’approvisionnement en vaccins, qu’elle ne peut solutionner qu’avec la capacité manufacturière de Sinopharm, de Sinovac et de Sputnik, qui ont, chacun séparément, déclaré être en mesure de produire un milliard de doses en 2021.

Ce qui nous amène au cas mauricien. Dimanche soir, le Dr Jagutpal s’emmêlait un peu les pinceaux et répondait confusément à une question de la presse qui voulait savoir si la deuxième dose serait du même vaccin. Le vice-Premier ministre s’interposait et promettait que ce serait le cas, ce qui serait logique.

Cependant, réalise-t-on qu’à recevoir de petits dons et à faire trop d’achats de divers vaccins, on s’achemine vers une complication logistique maison ? Par exemple, les 200 000 vaccinés à l’AstraZeneca (Covishield) grâce à un don de l’Inde devront, exactement 12 semaines plus tard, recevoir du Covishield approprié. La commande est-elle passée ? La recevrons-nous dans les temps ? Si on utilise les 100 000 doses de vaccin chinois (c’est du Sinovac ?), a-t-on déjà négocié le prix et la livraison de la deuxième dose ? Si outre le Covishield, on reçoit un don de Covaxin de Bharat Biotech, acceptera-t-on ainsi d’autres vaccins ?

Espérons que le plus fort de la circonstance, c’est-à-dire le gouvernement, va mieux gérer ces questions que les queues de demandeurs de vaccin au 5 mars ou même notre fameux label ‘Covid safe’ !

PS. Je n’ai vu aucune indication sur le Net que la Covid-19 (ou ses variants) est moins virulente, comme le dit notre ministre de la Santé depuis quelques jours. Prématuré et donc dangereux de le dire, puisque susceptible de générer du relâchement général ?

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