Cacophonie vs Désarroi

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En démocratie, le foisonnement de plateformes citoyennes se transformant même parfois en partis politiques, est éminemment bienvenu et parfaitement sain. Ce fourmillement n’est évidemment pas de nature régulière et programmable. Elle est cyclique et correspond généralement aux difficultés et à l’empâtement de ceux qui sont dans les structures décisionnelles depuis des lustres. Si pendant longtemps, la réactivité citoyenne locale a réclamé presque exclusivement de l’alternance, quitte à faire revenir celui que l’électorat venait de congédier, je ne me souviens pas de circonstances où un fort courant demandait carrément le «effacer, refaire» dont la version plus croustillante est le BZTD (Bour zot tou dehor). Avec point d’exclamation en prime…

Ce phénomène n’est pas exclusif à notre pays et il était même plutôt prévisible.

Il n’est pas inutile de rappeler qu’un des courants les plus porteurs de la campagne de Trump pour les présidentielles, tant au niveau primaire qu’au niveau national d’ailleurs, était celui qui le cataloguait comme un «outsider», comme quelqu’un qui n’était pas prisonnier des ‘marécages’ tant républicains que démocrates de Washington, qui était prêt à faire les choses différemment et qui, parce qu’il était lui-même riche, était à l’abri du lobbying et de la levée de fonds par et pour des intérêts particuliers. En l’occurrence et pour le malheur des États-Unis, on avait remplacé un marécage par un autre, plus putride encore à bien des égards. Mais il reste indéniable que ce courant existe et qu’il est encore plutôt porteur, Trump ayant récolté, faut-il le rappeler, 7 millions de voix de plus en 2020 qu’en 2016 !

Au Royaume-Uni, il y eut le phénomène du UKIP de Nigel Farage, transformé en Brexit Party en novembre 2018, qui commençait, dès sa formation en 1993, à cristalliser le mécontentement populaire pas seulement contre les partis traditionnels, mais surtout contre Bruxelles, tête de turc éminemment utile en la circonstance, jouant, pour les Britanniques, le rôle que joue Washington pour les Américains. Farage n’eut jamais le succès de Trump, sauf en 2019 pour les élections européennes où, devenu le leader du Brexit Party, il récoltait plus de voix que les deux partis établis, concrétisant ainsi le ras-le-bol des électeurs qui ne voyait pas le Brexit malgré le referendum de juin 2016 ! Cependant, le triomphe de Boris Johnson c’est d’avoir senti la bourrasque et donc changé d’opinion à la veille du référendum de 2016 et d’avoir ainsi détourné, à son profit, le vent des voiles de l’UKIP…

En France, la gauche et la droite fatiguées, cela permettait à Macron de faire son nid, en s’arc-boutant sur du ‘neuf’ et de l’inédit. L’Italie aura produit en 2018, une fois encore motivée par la déception grandissante des partis traditionnels établis, y compris du Forza Italia de Berlusconi créé en 1994, une claque sonore aux pouvoirs établis en mandatant Matteo Salvini de la droite populiste et le mouvement Cinq Étoiles de Luigi di Maio, un parti surtout anti-‘beaucoup de choses’. Même dans des pays moins (ou pas) démocratiques, «familiarity (eventually) breeds contempt». Pensez à Ceausescu en Roumanie, Moubarak en Égypte, Morales en Bolivie, Ben Ali en Tunisie, Bouteflika en Algérie, Al Bashir au Soudan, Compaoré au Burkina Faso, Loukachenko en Biélorussie…

À Maurice, c’est le même courant, d’autant plus qu’en plus de 50 ans nous n’avons connu que deux familles à la tête du pays, la parenthèse Bérenger ayant été PERMISE par l’une d’entre elles !

Mais ce qu’il faut aussi dire de ces plateformes citoyennes, c’est qu’elles n’ont aucune chance d’opérer le changement tant qu’elles restent isolées et divisées les unes des autres ; même si elles incarnent toutes un rejet populaire matériel de la donne politique actuelle. 100 % Citoyens, Mo ti zil, Linion Sitwayin, Nou Repiblik, Reform Party, Keep Smiling, GREA/Avengers, Ideal Démocrate, En Avant Maurice ! et tant d’autres c’est bien, mais ça fait éparpillé au point où ça n’emballera jamais un coup de poing électoral, sauf s’ils peuvent se regrouper, audelà de marches citoyennes y-en-a marre ! Et pour cela, TOUS ne pourront pas être CHEFS ! C’est la seule chance d’être une nouvelle force…

Ce ne sera pas facile, mais si les petits ruisseaux ne se rejoignent pas, maintenant par ce moment propice, pour se renforcer mutuellement et constituer un fleuve, ils s’assécheront inévitablement et disparaîtront. Regroupés, structurés, ils pourraient offrir le gîte et le couvert aux déçus de tous les grands partis puisque, bien évidemment, ces déçus n’appartiendront jamais à ceux pour qui ils ont voté par le passé ! Le contraire, c-à-d., se fondre dans un ‘grand’ parti existant comme tant d’autres avant eux, serait trahir le rêve de renouveau.

C’est la même réalité… bien réelle pour les partis de l’opposition établis. Ils réalisent tous l’utilité d’être ensemble pour contrer le MSM et ses appendices. Il ne s’agit pas, cette fois-ci, a priori, de ruisseaux qui doivent se renforcer mutuellement, mais de rivières de plus ou moins grande importance qui, ensemble, pourraient devenir fleuve dévastateur pour l’adversaire. C’est d’ailleurs pour cela qu’ils se sont mis ensemble au départ. Leur malheur c’est qu’ils se sont immédiatement mis en mode d’estimer leurs forces relatives (35:35:25:5 a été proposé quelque part), afin, je suppose, de partager, d’avance, le butin et de jouer du coude pour décider qui sera chef ou pas.

Or, on peut conclure, en lisant l’histoire, que les pouvoirs en place peuvent s’incruster pendant longtemps seulement tant que les forces opposées sont dispersées. La fédération des États-Unis d’Amérique a un président. Qui croit que 52 gouverneurs d’États autonomes feraient mieux ? La force irrésistible de Genghis Khan a été, crucialement, construite sur le regroupement des Khanats. Il n’y a aucun doute qu’il y a alors moins de chefs, mais plus de force. À ce titre, un seul chef est en position de rire cette semaine. Il est au pouvoir ! Dans l’opposition, il y a beaucoup plus de chefs, y compris maintenant Nando Bodha, qui compte créer un nouveau parti et un manifeste à lui ; mais déjà bien moins de force. Un parti politique aux abois de par ses propres frasques est aujourd’hui dopé et conforté par une foultitude d’oppositions divisées qui traduisent pourtant bien la grande anxiété et l’insatisfaction plurielle de l’opinion publique. Notamment à travers des marches vraiment impressionnantes pour un peuple dont certains désespéraient, notamment parce qu’il ne descendait jamais dans la rue…

Si ces oppositions divisées le restent, elles auront trahi les espoirs de tout un peuple pour du véritable changement contre nos propres marécages, dont la corruption institutionnalisée, la méritocratie bafouée, la démocratie flouée, le dynastique incrusté, la petitesse d’esprit en partage quotidien.

Nous avions un gouvernement en pleine cacophonie ? Nous y avons ajouté une opposition en plein désarroi ! Et nous, citoyens, nous allons continuer à payer les salaires et autres frais qui irriguent cette chienlit ? !

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