C’est quoi le bonheur ?

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Le bonheur c’est de prendre un enfant par la main et lui faire découvrir, les yeux pétillants, quelques-unes des merveilles du monde. On peut ainsi lui faire découvrir le plaisir de planter, d’arroser, de récolter ou celui de constituer le début d’une collection d’insectes ou de coquillages, ancrage esthétique et scientifique en appui. Prendre un enfant par la main et ajouter, pièce par pièce, mot par mot, découverte par découverte, de la vraie valeur à sa vie c’est sans doute le summum du bonheur, la mission principale de toutes les vies abouties. Car tous les humains meurent et doivent obligatoirement transmettre au moins un «petit caillou de bonheur» à la prochaine génération. Sauf s’ils souhaitent vraiment ne laisser aucune trace d’eux-mêmes ou qu’ils ne méritent pas de le faire. À cet effet, la transmission de seuls biens matériels est, quand on y pense, illusoire, peutêtre même déformante car la vraie réussite ne s’hérite pas, mais s’acquiert. 

Cette mission de transmission positive incombe finalement à beaucoup de monde puisqu’elle concerne au moins tous les parents, tous les professeurs et tous les leaders du monde ! 

S’il est clair que le bonheur ne s’achète nécessairement pas, il est par ailleurs évident aussi qu’il faut une plateforme minimale pour assurer la réussite de tout passage de témoin aux générations qui suivent. Il faudra donc une fonction stable, préférablement à faire ce que l’on aime, idéalement cet emploi résultant de son propre mérite, par respect de soi. Il faudra évidemment un toit, solide et étanche, de la propreté, un peu d’esthétisme et une bonne santé sans doute, car il est difficile, même si pas impossible, de passer le témoin positivement quand on est soi-même en souffrance continue ou désespérante. 

Mais cela ne suffira pas, car il faudra, en plus, pratiquer de bonnes valeurs pour pouvoir en transmettre ! Ce n’est pas trop se hasarder que de suggérer qu’à de rares exceptions près, on ne choisit pas délibérément de proposer à la prochaine génération d’être voleur, «triangueur», violent, drogué, menteur, ou raciste n’estce pas ? Cependant, à être dans un de ces modes de vie ouvertement et sans mauvaise conscience plombe inévitablement la vie de celui à qui l’on veut léguer du bonheur. Pensez aux Corleone dans le Godfather. Michael entrouvre bien la fenêtre sur une autre réalité, celle incarnée par Kay, mais il est prisonnier de l’exemple vécu et n’y échappe donc pas… 

Alors, on peut se demander pourquoi la plupart de nos leaders nationaux sont à ce point engagés dans de la politique qui ne transmet pas de bonnes valeurs ? Ne voient-ils pas le tort qu’ils font aux prochaines générations, tant dans leurs propres familles que dans celles du reste du pays tout entier ? Leurs comportements presque exclusivement tournés vers l’assouvissement de leur désir et de leurs besoins immédiats ne les gênent plus ? 

La première qualité d’un homme politique qui se respecte et qui a des aspirations ou des responsabilités au niveau national est sûrement de faire passer les intérêts du pays avant ses propres intérêts de chef de tribu ? 

Si un homme politique, se réclamant pourtant démocrate, utilise sa position comme responsable de l’État pour punir des citoyens qui ont des opinions différentes aux siennes, peut-on dire qu’il donne le bon exemple, notamment aux générations futures ? Sûrement pas ! Un élu au suffrage universel, donc un produit d’un vote démocratique a priori propre, n’est jamais élu que pour diriger les siens ou seulement ceux qui lui sont compatibles ou exclusivement ceux qui s’écrasent en salamalecs devant lui… Un élu démocratique se doit de respecter la pluralité des opinions et de diriger le pays de manière équitable, appliquant les lois pareillement à tous ! Ceux qui ne le font pas sont de véritables voyous que l’usage de berlines jaugeant bien trop de cylindrées pour nos routes encombrées, ne saurait masquer… 

Quand quelqu’un au gouvernement pense qu’une compagnie (ou certains de ses propriétaires) soutient et finance, par exemple, M. Bruneau Laurette et décide, sans scrupule aucun, de la punir en retenant des fonds nationaux destinés pourtant à sauver un pan entier de l’économie, emplois avec, on touche le fond ! On bouge vers la pensée unique. Et céder face à de telles manoeuvres condamnerait inévitablement à encore plus du même traitement, bien sûr ! 

Quand du journalisme indépendant mène au boycott publicitaire, à des permis refusés, à des interdictions de conférences de presse et rend des licences opérationnelles impossibles ; le dirigeant ‘démocrate’ ne tente même plus de convaincre par ses actions ou à travers du débat contradictoire : il tente de faire taire, invitant par la même les prochaines générations à considérer ces normes, qui s’appliqueront sûrement un jour à lui-même, comme acceptables. 

Quand des leaders de partis politiques de l’opposition croient dans la priorité absolue de regrouper, au mieux, toutes les forces antigouvernementales pour «sauver» le pays, mais peuvent, avant tout, soit se sentir froissés, soit se sentir indispensables, on se demande bien quelles peuvent être les répercussions de ces comportements sur les valeurs nationales, s’il en reste même au-delà de l’argent et du pouvoir. 

Quand le leadership politique, rouge ou orange, promet une Freedom of Information Act et ne respecte pas sa promesse ou annonce une professionnalisation de la MBC, tout en concrétisant son contraire ou présente, en version orangée, un Prosecution Commission Bill visant à restreindre le DPP, soit l’une des dernières institutions encore indépendantes du pays, comment y réconcilier la sincérité de démocrate de qui que ce soit ? 

Quand un citoyen lambda veut dénoncer quelque incident révoltant et prend contact avec un journaliste, mais veut parler seulement sous le couvert de l’anonymat, au vu des méchancetés et des contraintes qui pourraient le gêner à l’avenir, on baigne déjà dans un bouillon de culture qui ne promet rien de bon pour ceux qui nous suivent. 

Quand le souci citoyen de M. Alain Malherbe quant à la présence du Hong Ban 6 dans le lagon de Tamarin, se concrétise sous forme de vidéo sur Facebook et déclenche une arrestation sous la clause 46 de l’ICTA («likely to cause or causes annoyance …inconvenience, …anxiety»), on est en droit de froncer les sourcils et de craindre le pire pour le message passé à nos jeunes. D’autant que des clauses similaires en Inde et au Kenya ont été déclarées liberticides et anticonstitutionnelles par la Cour suprême de ces pays en 2015 et 2016 respectivement… 

Il y a bien plus qu’une dizaine de pays au monde qui se proclament «démocratiques» et qui ne le sont pas. Parfois ce mot se retrouve dans l’appellation même du pays (la République populaire démocratique de Corée par exemple) ou parfois dans sa Constitution (la Chine, par exemple, est selon Wikipédia : «un État socialiste de dictature démocratique populaire, dirigé par la classe ouvrière et basé sur l’alliance des ouvriers et des paysans». L’île Maurice est un État démocratique, selon notre Constitution. La pratique démocratique doit donc, par extrapolation, être une valeur importante, un vrai bonheur, à transmettre à nos enfants ? Et à vivre activement dans notre vie de tous les jours ? Sinon, ne courrons-nous pas le risque improbable de voir nos enfants, un jour, être tentés par l’idée de rebaptiser notre pays comme «la République Dictatoriale de Maurice» et d’être confortable à le faire ? 

Nous avons tous au moins un enfant à prendre par la main et à qui, le devoir commande, transmettre de solides valeurs. Si on le regarde dans les yeux, pouvons-nous lui laisser des souillures et des compromissions à la place ? Chacun d’entre nous, dans son quotidien, assumera ses responsabilités !

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