À choisir : emprunts, donations ou productions ?

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Toute personne qui a la tête sur les épaules ne peut pas se réjouir des difficultés, y compris économiques, de son pays ou se retrouver des atomes crochus avec les notoires «mouches vertes» pour se focaliser exclusivement sur tout ce qui va mal, au seul motif d’alimenter ses préférences partisanes. Car, bien entendu, nous vivons tous dans un seul et même pays et quand ça va mal, ça va généralement aller mal pour nous tous.

Les petits malins exceptés, bien sûr…

Mais trouver de quoi se réjouir n’est vraiment pas simple en ce moment. J’aurais pris l’initiative il y a de cela plusieurs semaines, de téléphoner au Prime Minister’s Office pour demander que l’on me canalise, si souhaité, toute nouvelle qui suscite espoir, renouveau ou amélioration pour le pays. Je n’ai vu aucun retour. Ce n’est peut-être pas souhaité… admettant que ce soit encore possible ?

«Qu’est-ce qui va nous sortir de nos difficultés actuelles d’insuffisance de génération de devises étrangères, alors que la reprise du tourisme ne va pas être de sitôt et que le rôle clé de l’offshore pourrait, semble-t-il, ne pas être rétabli avant octobre…?»

Parmi les bonnes nouvelles de la semaine, nous ne citons, heureusement pas, une nouvelle donation de la Banque centrale, car ce serait totalement illusoire, mais bien le premier prix, toutes catégories, du rhum New Grove Emotion aux International Sugar Cane Awards. Joliment nommée la Canne d’Or, cette distinction confirme un marché d’exportation possible, d’autant que ce n’est pas la première fois que ces produits sont bien notés à l’étranger. Le marché du rhum est estimé à 17 milliards de dollars en 2021 et les prédictions sont qu’il va grossir de 6,5 % par an, fouetté par la demande du Sud-Est asiatique et les milléniaux à la recherche d’un alcool relativement moins cher. Cependant, s’installer de manière autonome sur le marché international déjà cadenassé par les grands (Diageo, La Matiniquaise, Bacardi, Suntory…) coûtera très cher, ce qui exigera peut-être de se positionner comme fournisseur de ceux possédant déjà la maîtrise des circuits de distribution ? Comme pour le textile…

Si nous sommes en retard sur les Caraïbes, c’est sans doute, m’a-t-on dit, parce que pendant des décades, dans un effort à courte vue de prévenir les distilleries illicites, notre gouvernement réglementait trop fortement le convoyage de la mélasse et la distillation tout court. Quoi qu’il en soit, les efforts des distilleries mauriciennes diverses (elles sont au moins six à ce stade) au niveau des marques, de la qualité des produits, des bouteilles et des emballages sont aujourd’hui déjà un pas prometteur dans la professionnalisation de ce métier. Bonne santé, à vous !

«Le gaming, qui pèse 162 milliards de dollars en 2020 peut être plus accessible pour nos jeunes que la biotechnologie, l’agriculture intelligente, le Big data, la télémédecine, la robotique ou l’intelligence artificielle»

Autres nouvelles de la semaine qui pourraient réjouir certains, mais certainement pas moi, ce sont les nouveaux prêts obtenus par le pays : Rs 5 milliards de l’Inde, Rs 11 milliards du Japon. Comprenons-nous bien : obtenir un prêt n’est plus un signal de succès, comme au temps de Ringadoo, alors que l’on faisait le tour du monde, à la recherche d’oboles. Le prêt de l’Inde représente 12,5 % de leur budget d’aide au développement étranger (Bhoutan, 42 %, Népal, 14 %), celui du Japon se singularise par un taux d’intérêt (0,01 %) inférieur même au front-end fee de 0,1 % ! Les Japonais, fiers et meurtris après la Seconde Guerre mondiale, ont clairement horreur de laisser une mauvaise image d’eux-mêmes à l’étranger. C’est tout à leur honneur. Le Wakashio n’est certes pas le Mandchoukouo, mais ce prêt sera surement perçu comme un prêt d’expiation.

Obtenir un prêt n’est évidemment pas un titre de gloire. Ce n’est qu’un prêt et il devra être remboursé. Il faut espérer que ces prêts seront utilisés non pas de manière électoraliste ou pour d’autres projets de prestige, mais de manière productive, c’est-à-dire d’une manière qui nous permet de mieux gagner notre vie en tant que nation.

Car les vrais titres de gloire ces jours-ci doivent être ces activités qui nous rapporteront des devises ou qui nous feront en économiser. Le textile, le rhum, le poisson, le sucre, l’énergie renouvelable, le Made in Moris ou le tourisme, bien sûr, mais il nous en faudra bien plus et l’on ne voit pas grand-chose de nouveau à l’horizon. Le Petroleum hub, on n’en parle plus. Heureusement ! Après la débandade du Wakashio, nous ne devrions définitivement pas être de la course ! Le port franc et celui de transbordement sont toujours fatalement coincés par des taux de mouvements de containers/heure misérables, malgré les investissements. La gestion du port ne mérite-t-elle toujours pas d’être sérieusement secouée quand la concurrence des… Réunionnais devient crédible ? L’industrie pharmaceutique ne pointe pas à l’horizon – à l’image de l’enquête «soon» de Jangi, d’ailleurs. Le Data Technology Park (DTP) semble plutôt endormi. La Blue economy ressemble trop aux ministres qui en sont responsables pour n’être jamais plus qu’un slogan creux. La culture du chanvre, ils ne veulent même pas en parler sérieusement. Qu’est-ce qui va donc nous sortir de nos difficultés actuelles d’insuffisance de génération de devises étrangères, alors que la reprise du tourisme ne va pas être de sitôt et que le rôle clé de l’offshore pourrait, semble-t-il, ne pas être rétabli avant octobre, avec tous les risques que cela comporte d’être encore maintenu sur la liste ‘noire’ de l’Union européenne ? Hypocritement ou pas *

Une modeste suggestion serait d’inclure le gaming parmi les pôles d’activités du Data Technology Park, si cette opération confiée à Landscope (Mtius) Ltd après le budget de juin 2020, voit effectivement le jour. Cette industrie qui pèse déjà 162 milliards de dollars en 2020 (projeté à 256 milliards de dollars en 2025) peut, en effet, paraître plus directement accessible pour nos jeunes que la biotechnologie, l’agriculture intelligente, le Big data, la télémédecine, la robotique ou l’intelligence artificielle. Le gaming peut même ressembler à un regrettable oubli dans l’énumération DTP qui aligne plus de buzzwords que d’avenues réelles de développement du pays.

D’ailleurs, l’invitation lancée sous forme d’expressions of interest à échéance du 27 juillet 2020 a-t-elle généré quelque intérêt ? On l’espère ! Ce serait une vraie bonne nouvelle, pour changer !

* https://www.theguardian.com/world/2021/jan/22/meps-vote-to-add-channel-and-british-virgin-islands-to-tax-haven-blacklist

*https://www.occrp.org/en/openlux/shedding-light-on-big-secrets-in-tiny-luxembourg

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