Perceptions et économie réelle

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L’autre semaine, lors d’un cocktail organisé par la nouvelle ambassadrice de l’Inde, un proche du pouvoir me disait toute sa frustration qu’à travers notre conversation, nous semblions parler de deux pays différents. Il n’élaborait pas beaucoup plus.

Son pays ‘réussi’ alignait probablement ce que j’ai moi-même appelé le ‘triomphe’ d’être Covid-safe ; les grands travaux publics qui vont radicalement transformer le pays ; les mesures d’accompagnement de l’économie, WAS et MIC en tête de pont ; les compensations du Wakashio encore à venir ; les premières 100 000 doses de vaccin contre la Covid-19 reçues en cadeau de l’Inde ; la générosité de l’État vis-à-vis des vulnérables de notre société, retraités en tête et, sans doute, sa propre situation personnelle, transformée depuis qu’il a rejoint l’establishment et qu’il nage, plutôt heureux, dans ce bassin d’avantages qui fascine tant de monde.

Le pays ‘différent’ perçu par les autres, et qui le perturbait, comprenait la fermeture de l’aéroport en deux temps ; les grands travaux publics jugés non rentables (Metro Express) ou non fonctionnels (safe city) ou un peu des deux à la fois (Côte d’Or) ; un déficit de budget criard malgré les Rs 60 milliards de dons de la BoM ; l’illogisme de la MIC qui prête à des compagnies ce qu’elle sait est de plus en plus difficile à rembourser avec la fermeture maintenue de l’aéroport ; la cruelle déficience des autorités révélée lors du naufrage du Wakashio et la situation plutôt confuse sur le vaccin, 70 % de population vaccinée requérant 1,8 million de doses, alors que nous n’avons reçu qu’environ 6 % du total et que nos achats de Covax ou en direct restent dans un flou parfait.

«La projection de déficit commercial de 2021, avec une roupie affaiblie, suggère un trou de Rs 111 milliards»

Pour terminer ce parallèle contrasté, je suppose que toute personne dont la situation personnelle, présente ou à venir, paraît fragilisée ou menacée se sent déjà à des kilomètres du nirvana des princes assis dans leur fromage ?

Et cette situation existe avant même de parler des ‘affaires’ bien sûr... de Boygah à Kistnen, de Angus Road à Pack n Blister…

Beauty and rot are in the eye of the beholder”. Bien sûr !

Reste alors les faits et surtout les chiffres.

Le MCB Focus No 81, paru la semaine dernière, vient nous rappeler certaines vérités.

La première procède de leur tableau 4, reproduit ici. Outre le fait que le rebond du PIB réel cette année découle principalement du fait qu’il y a eu un recul de 15,4 % en 2020, ce tableau montre cruellement le fait que l’optimisme recule. Comparez, en effet, les projections faites en juin 2020 (ce qui coïncidait avec l’exercice budgétaire), à celles d’octobre 2020, puis à celles de janvier 2021. Une partie de ce recul est certes due au fait que l’estimation du PIB en 2020 est maintenant plus faible, mais le résultat, c’est que ce graphique indique que nous serons, en 2021, à 90 % (et non plus à 96 %) du PIB de 2019.

La deuxième vérité découle de notre réalité particulière d’économie ouverte et des risques d’érosion de la roupie. La projection de déficit commercial de 2021, avec une roupie affaiblie, suggère un trou de Rs 111 milliards, soit presque autant que les 24 % du PIB plutôt troublant de 2019. Le déficit des comptes courants restera extrêmement élevé à 11,6% du PIB et, pour la deuxième année de suite, la balance des paiements sera déficitaire, même si plus faiblement, à 2 % du PIB.

 La troisième vérité extrapole une des conséquences de la dévaluation de la roupie. L’intervention de la Banque centrale a fait que la roupie est à peu près stable vis-à-vis du dollar depuis mai 2020 seulement et nous avons bénéficié de la faiblesse relative du dollar face à l’euro depuis un an, mais l’incontournable vérité, c’est que notre économie réelle en termes de dollars est évidemment bien moins solide que quand exprimée en roupies…

«Notre économie réelle en termes de dollars est bien moins solide que quand exprimée en roupies…»

Pendant des années, l’ambition de nos dirigeants politiques a ainsi été de rejoindre le club des high-income countries. Pour s’y qualifier, il fallait un GNI (Gross National Income) par tête de plus de $12 536. En 2019, notre GNI (c’est-à-dire, pour l’essentiel, le PIB plus les gains «offshore») était de $12 740 et nous étions donc admis au club en juillet 2020, à un moment où l’on savait déjà que notre ‘membership’ n’allait pas durer… En effet, si l’apport net positif de l’‘offshore’ semble peu affecté d’une année à l’autre ; le PIB par tête, en dollars, s’écroule, lui, de $ 11 054 en 2019 à $ 8 666 en 2020 (- 21%). Selon MCB Focus, il rebondira à $ 9 147 en 2021, ce qui sera toujours plus faible qu’en 2019… par 17,3 % !

Et ne me dites pas que la comptabilité nationale à mieux faire d’être en roupies plutôt qu’en dollars ! Car on ne vit pas en autarcie, mais avec et grâce au reste du monde ! Air Mauritius même avait compris au moins cela, son économie réelle ayant été en euros…

L'édito paru cette semaine dans Business Magazine

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