Après une diversion temporaire sur la Peine de Mort Road, Angus Road revient au galop

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Ce fut une opportunité de diversion tombée du ciel et cela a mordu temporairement. En effet, l’allusion à la nécessité de réimposer la peine de mort faite par le Premier ministre après le meurtre dans des conditions extrêmement outrageantes de la policière Dimple Raghoo a permis au chef du gouvernement de placer un avis de No Entry à l’entrée d’Angus Road et une flèche pour dévier la circulation vers la Peine de Mort Road. Mais pas pour longtemps. Car le vendredi 27 novembre, il a dû venir tout expliquer sur Angus Road en prenant bien la précaution de garder l’express et ses questions ciblées et embarrassantes bien au loin. 

Au départ c’était une opération réussie car bien vite les passions se sont déchaînées sur les réseaux sociaux et aussi dans les conversations privées sur la nécessité ou pas pour le pays de réintroduire la peine de mort, sentence suspendue depuis 1995 suivant des négociations entre le Premier ministre d’alors, sir Anerood Jugnauth, et le leader historique du PMSD, sir Gaëtan Duval. Cela dans le sillage de la toute première victoire électorale de la nouvelle alliance entre le Parti travailliste et le MMM dans le contexte des élections partielles de Rose-Hill–Stanley le 29 janvier 1995. Le MSM et son allié croupion RMM furent littéralement foudroyés par la victoire de Paul Bérenger et de James Burty David. Jugnauth et Duval réalisèrent qu’une entente entre eux était indispensable pour barrer la route à ce rouleau compresseur PTr-MMM. Le PMSD imposa la suspension de la peine de mort comme condition sine qua non de son alliance avec le MSM. Ce qui déboucha sur la nomination de Xavier-Luc Duval comme ministre et de sir Maurice Rault comme Attorney General. Ce qui n’empêcha pas la défaite à 60-0 du MSM en décembre 1995.

Pour revenir à 2020, les Mauriciens, ayant cru que la policière Dimple Raghoo avait été froidement assassinée et en entendant le Premier ministre faire allusion à la peine de mort, ils ont vite oublié tous leurs soucis pour se focaliser sur le sort à être réservé à ceux ayant participé au meurtre de la jeune femme. Et aussitôt, les partisans de l’abolition de la peine de mort se sont aussi manifestés avec force. «Je suis pour», «je suis contre» – le débat a bien vite fait abstraction d’Angus Road. À la grande joie, évidemment, de LaKwizinn. 

Les passions se sont déchaînées avec une telle virulence que les Mauriciens ne se sont même pas focalisés sur la compensation salariale, normalement le quantum de la compensation donnant lieu à de vives contestations. Heureusement que le pugilat raté entre l’énergique et élégant Ashok Subron et le ‘gros ventre’ Reaz Chuttoo ait contribué à pimenter le cinéma annuel de compensation salariale. 

La déviation de l’Angus Road vers Peine de Mort Road bien qu’aidant le spin de LaKwizinn temporairement pourrait néanmoins avoir des effets pervers. En effet, le fait que le Premier ministre évoque la peine de mort dans un contexte où l’image du pays est fortement compromise sur le plan international pourrait inviter les éventuels investisseurs et les touristes à bien réfléchir sur l’aventure mauricienne. Ils sont nombreux les Européens et les Américains à s’être retrouvés dans des cellules de la mort dans des pays arabes, en Malaisie, en Thaïlande ou encore à Singapour. Un accident de la route mortel pourrait exposer un étranger à une éventuelle pendaison. Quand Banana Republic fait la symbiose avec peine de mort, mieux vaut éviter un tel pays, pourraient bien conclure investisseurs et touristes. 

Avant même la mort de la policière et le recours à la peine de mort, l’image de Maurice a été déjà fortement entachée par une série d’événements, dont l’inclusion du pays sur la liste noire de l’Union européenne comme paradis fiscal corrompu et centre de financement du terrorisme, la corruption au plus haut niveau, la dégradation du law and order, la mainmise de la mafia de la drogue sur les institutions du pays comme démontré par le cas de la fameuse tractopelle. Les médias internationaux s’intéressent à Maurice et on essaie toujours de comprendre comment des contrats de plusieurs centaines de millions ont été alloués à des sociétés problématiques. 

Puisque le Premier ministre avait engagé le pays dans la Peine de Mort Road, il serait fort intéressant d’aller plus loin encore sur cette route et approfondir les discussions pour se demander si la pendaison ne devrait pas être aussi appliquée dans le cadre des crimes économiques comme dans le cas du contrat espagnol. En Chine, même des dignitaires du Parti communiste au pouvoir depuis 1949 sont fusillés si trouvés coupables de corruption. 

Mais chassez Angus Road avec La Peine de Mort Road, Angus Road revient toujours dans l’actualité et comment. Le Premier ministre lui a consacré toute une conférence de presse hier. Mais il a aussi implicitement concédé le fait qu’Angus Road restera bien dans l’actualité pour longtemps encore. Car il a ouvert de nouvelles pistes.

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