Diffamation : une question de millions ou de principe ?

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Il faut au moins dix mensonges pour en couvrir un. Pravind Jugnauth devrait y réflechir sérieusement alors qu’il annonce des procès contre le leader de l’opposition et l’express. 

À l’heure où il menace de nous traîner devant la justice – ce qui prendra du temps avant que l’une ou l’autre partie ne soit fixée – le Premier ministre réalise-t-il qu’il va à contre-courant du débat actuel et de la transparence, d’autant que les questions de nos journalistes et celles des députés au Parlement n’ont toujours pas trouvé réponse ? La conférence de presse au PMO d’hier, où l’accès à l’express a été refusé, a surtout servi à mélanger les faits et les documents de cette nébuleuse affaire, dont nous n’avons pas encore vu tous les contours. 

Pravind Jugnauth réalise-t-il que nous sommes dans une ère qui reconnaît et salue, malgré des pressions multiples et ses menaces à peine voilées, les bienfaits du journalisme d’investigation sur une petite société d’interconnaissance comme la nôtre ? Cela a été démontré de belle manière en septembre 2017 (quand a éclaté l’affaire Bet365 ou l’inoubliable Yerrigadoogate), et quand la Documentary Evidence s’est imposée à tous, sauf à l’ICAC dont l’enquête n’a pas bougé d’un iota malgré tous les éléments que nous avons versés au dossier ; c’est clair que n ous n’avons pas le pouvoir de nommer le DG de l’ICAC, encore moins d’y débarquer, dans le plus grand secret, comme mardi dernier. 

Notre travail de journaliste, notre démarche d’enquêteur, rassemblant les différentes pièces d’un puzzle qu’on souhaiterait nous cacher, vient compliquer la donne pour les politiciens, qui s’évertuent alors à s’attaquer à la crédibilité des journalistes et des journaux. Ils ne peuvent pas s’extirper de par eux-mêmes du marécage dans lequel ils se sont mis. C’est connu qu’il est plus facile d’attaquer le messager plutôt que le message. Mais cette vieille ficelle ne marche plus. 

Si pour se dédouaner, l’ancien Attorney General Yerrigadoo avait essayé, avec la complicité de plus d’un, de «devire l’enquête» en semant le doute sur notre intégrité journalistique — (on avait voulu faire croire qu’on avait séquestré un témoin-clé de l’affaire et ourdi un complot, et certains avaient même bu cette soupe démagogique avant d’administrer des cours d’éthique journalistique) — l’ancienne présidente de la République, elle, mise en face de ses relevés bancaires dans le cadre de l’affaire Platinum Card, avait d’abord questionné l’authenticité de nos documents, avant de reconnaître, sous la pression populaire, qu’ils étaient bien les siens. 

Dans les enquêtes sur l’Euroloan de Vishnu Lutchmeenaraidoo et la bande sonore incriminant Showkutally Soodhun pour ses dérives séditieuses, encore une fois les documents ont été sans appel, malgré les tentatives d’explications de l’un ou de l’autre. 

Par rapport à Angus Road, c’est dommage que Pravind Jugnauth ait attendu un mois avant de répondre à nos questions, pourtant posées de bonne foi. Il a déjà réclamé plus de Rs 150 millions à notre groupe de presse. Combien d’autres millions voudra-t-il cette fois-ci... En tant que juriste, il sait très bien, surtout si ce n’est pas l’argent qui l’intéresse, qu’il aurait pu nous poursuivre pour le principe et donc par la voie rapide, c’est-à-dire pour démontrer qu’il a, oui ou non, été diffamé... Mais il a choisi la voie la plus longue et sinueuse. Pour gagner du temps au lieu de gagner tout court ?

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