Une armée de 'fighters' dans les villages, version 2020

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À partir de la soirée même du dimanche 22 novembre, la redoutable – et combien efficace ! – armée du MSM se mettra en œuvre pour récupérer à son compte autant d’élus que possible afin de pouvoir contrôler autant de conseils de village que possible et surtout diriger, à travers ses proxies, les sept conseils de district. Une mission pas difficilement réalisable quand on mobilise les ressources de l’État et des corps paraétatiques ainsi que le trésor de guerre du Sun Trust. Quant aux récalcitrants, il y a toujours les moyens de matraquage du pouvoir et des moyens de chantage psychologique.

Récupération programmée par le pouvoir du vote des villageois certainement. Mais l’édition 2020 des élections a quand même engendré des développements très positifs qui pourraient contribuer grandement à rehausser les conditions de vie des habitants des régions rurales et surtout, à améliorer l’interaction entre les habitants en dépassant les préjugés de race, de communauté, de caste et de religion.

Les deux phénomènes positifs majeurs notés depuis le dépôt des candidatures et pendant  la campagne électorale sont bien reflétés, tout d’abord à travers les efforts entrepris au niveau de chaque village de constituer des listes aussi inclusives que possible. En y intégrant des candidates femmes, mais surtout en prenant on board des éléments aussi représentatifs de la nation arc-en-ciel que possible.

Il serait utile ici de reconnaître le spectaculaire et profond exercice d’ingénierie sociale et d’empowerment des femmes auquel s’est livré le ministre Hervé Aimée en 2011 quand il a rendu obligatoire l’inclusion de trois femmes dans la liste de neuf candidats de chaque groupement. Modeste chauffeur de taxi, Hervé Aimée laissait ainsi ses marques sur les administrations régionales futures, soutenu qu’il était dans sa tâche par son conseiller feu Sanjit Teelock, un mathématicien cool et rationnel. En parcourant la liste de candidats des différents groupements, on ne pourrait que réaliser comment la reforme Aimée des administrations régionales a changé la donne à tout jamais dans les villages.

Autre fait marquant et positif noté en 2020, c’est l’utilisation dynamique et poussée des réseaux sociaux et des outils de communication électronique par des candidats dans tous les villages. Et cela, pour se présenter à l’électorat, promouvoir leur cause et surtout engager le débat sur leurs projets pour améliorer les services et les infrastructures de leur village.

Les candidats indépendants ont eux aussi utilisé les mêmes outils et il serait fort intéressant d’analyser les résultats pour prendre la mesure de leur performance. Depuis l’exploit de Robert Rey en 1963, qui se fit élire en indépendant dans la circonscription rurale de Moka, aucun autre candidat non-affilié n’a réussi à avoir la bénédiction des électeurs lors des élections législatives. Mais dans le contexte des élections villageoises, les candidats hors des groupements font toujours bonne figure. Les partis politiques nationaux, bien qu’évitant de se mouiller dans les villageoises, ne manquent pas de s’engager dans les municipales.

La mobilisation d’autant de candidats indique qu’il existe au niveau de chaque village des groupes d’habitants bien déterminés à assurer le rehaussement de leur niveau de vie, l’amélioration des services et des loisirs ainsi que le développement des infrastructures. Les élus seront certainement très actifs pour pouvoir justifier l’allocation qu’ils vont toucher comme conseiller ou président du conseil de village, membre ou président du conseil de district. Les non-élus représenteront une vaste armée d’éléments engagés sur le terrain qui pourraient toujours se mettre au service de leurs concitoyens ruraux en veillant que les élus tiennent leurs engagements.

Les non-élus peuvent toujours entreprendre une noble mission en acculant les autorités locales et nationales sur les doléances des villageois et les divers manquements. Ils pourraient surtout veiller que des projets nuisibles aux intérêts des villageois ne soient entrepris par le gouvernement ou des promoteurs privilégiés par le pouvoir. Par exemple, une fois le Covid-19 derrière nous, certainement un bailleur de fonds local ou étranger ou un activiste politique obtiendrait un bail sur le littoral pour monter un projet d’hôtel ou d’appartements de luxe avec possibilité qu’il y ait empiétement sur une plage publique. Dans ce cas, il ne serait plus nécessaire que Carina Gounden ou Yan Hookoomsing ou encore Georges Ah-Yan se mobilise pour tirer la sonnette d’alarme. Les mêmes outils utilisés pendant la campagne électorale villageoise – réseaux sociaux et communication électronique – pourraient être mis à contribution avec efficacité pour alerter la population, les médias nationaux et même la diaspora mauricienne pour dénoncer de tels projets.

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