Plus ça change, plus ca reste pareil

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La tentative des partis de l’opposition de travailler ensemble pour déraciner le régime Jugnauth apparaît être, de prime abord, une solution logique. En effet, quand ils «éparpillaient» leurs voix lors des élections de 2019 (sauf pour l’alliance PTr–PMSD), c’est le MSM qui en a profité. 

Cependant, en politique, 1 + 1 ne fait pas toujours 2, et encore moins est-ce possible d’ajouter les 32,76 % de l’Alliance Nationale (PTr–PMSD) aux 20,57 % du MMM. Les votes reçus par les partis à un moment donné, ne leur «appartiennent» pas et ils ne peuvent définitivement pas en disposer comme autant de jetons à une table de casino… 

Parfois, comme en 2014, la somme de deux blocs de votants est réduite parce que l’alchimie de la mise en commun ne marche pas. En 2014, l’accord négocié entre Bérenger et Ramgoolam ressemblait exactement à cela : un accord pour les seuls Bérenger et Ramgoolam. On connaît la suite. Un parti en chute libre ayant des difficultés à rassembler des candidats valables, fit maintes promesses intenables (dont celle du 2e miracle économique) ou non tenues (Freedom of Information Act) et, à la faveur d’un slogan aussi creux que prenant (Vire mam !), se retrouva au gouvernement ! 

Toutes les alliances ne doivent évidemment pas se retrouver avec moins que la somme totale obtenue dans une élection préalable. Mais il y a au moins trois conditions à ce scénario éventuellement gagnant. D’abord le pouvoir en place doit laisser un mauvais bilan (C’est déjà fait ! C’était d’ailleurs déjà le cas en 2019 !), le pouvoir aspirant doit proposer un programme qui fait mouche (bien au-delà du partage des pouvoirs*, évidemment), mais plus que tout, à mon sens, l’alternative politique se doit de proposer un leadership nouveau. 

On ne peut pas faire du neuf avec des vieux. 

En 2024, même le MSM aura sa chance sans Pravind Jugnauth ! Pour mettre toutes les chances de leur côté, il leur faut, tous, l’élan du neuf ! Ce pays, comme tant d’autres, a besoin de renouvellement et doit se libérer de ses vieux schnocks, prisonniers de leurs passés. Il faut clairement prendre le risque du neuf pour ne pas vivre sous nos Lukashenko, nos Alpha Condé, nos Ortega, nos Ali Khamenei, nos Hun Sen à nous… 

***** 

La semaine dernière, on libérait plus de 200 djihadistes au Mali. Beaucoup de seconds couteaux, mais aussi des hommes responsables d’avoir organisé ou mené des attentats, des braquages, des bombes ayant tué des civils et des militaires au nom d’une idéologie extrémiste et d’aspirations pouvoiristes prévisibles. Dans une image devenue classique, l’État malien les affiche comme des terroristes et eux se présentent comme des combattants de la liberté. Avant eux, les Américains qui se révoltaient contre leurs maîtres anglais ou l’ANC qui s’opposait à l’apartheid ont généré les mêmes types de dichotomie. 

Mais là n’est pas le propos principal du jour. 

On libérait en contrepartie, le leader de l’opposition malien, Soumailla Cissé, une Française de 75 ans, Sophie Petronin, ainsi que deux Italiens. On aurait même, de plus, payé une rançon importante en euros pour conclure cette transaction, à l’apparence déséquilibrée, où les ravisseurs gardaient même cinq autres otages «en réserve». On peut essayer de comprendre la motivation de l’État malien, mené ces jours-ci par des militaires, après un putsch le 18 août, de se ménager ainsi les bonnes grâces de l’Union africaine et de la communauté internationale, France et Italie en tête. Mais n’ont-ils pas, ce faisant, créé un marché évident pour le kidnapping d’otages futurs à monnayer encore et encore ? 

Sophie Petronin, catholique pratiquante avant son enlèvement, aidait à nourrir les enfants affamés de Gao quand elle a été kidnappée. Elle en est revenue trois ans et demi plus tard convertie à l’islam, s’appelant désormais Mariam et toujours déterminée à retourner au Mali pour s’occuper de sa mission. L’humanitaire est irrépressible, mais est-elle bien avisée ? 

Mardi de cette semaine, une attaque djihadiste tuait 23 personnes, civiles et militaires, au centre du pays. Rien de commun avec la libération de la semaine précédente, dit-on à l’officiel. Vraiment ? 

***** 

Retour sur terre : Le FMI prend le ministère des Finances à contrepied, en lui disant qu’il n’est pas juste de considérer les Rs 60 milliards provenant de la «porte magique» de la Banque centrale comme des «revenus». Conséquence ? Le Budget, présenté comme étant en équilibre, c.-à-d. pas déficitaire, affichera bien, en finalité, un déficit de 13,6 % du PIB selon les estimations de juin du ministère des Finances, car les Rs 60 milliards seront cataloguées, plutôt, comme une source de financement. 

Le FMI projette aussi une régression du PIB de 2020 de 14,2 % avec une remontée de 9,9 % en 2021. Loin de montrer, comme l’affirment certains, que nous n’aurions régressé que de 4,3 %, ces chiffres suggèrent bien pire. En effet avec un PIB de mettons Rs 500 milliards en 2019, une régression de 14,2 % nous ramène à Rs 429 milliards et une reprise de 9,9 % en 2021 ne nous portera qu’au niveau d’un PIB de Rs 471,5 milliards – ce qui n’est PAS à 4,3 % de moins que le PIB de 2019, mais à 5,7 %... Avec 3 % de croissance à partir de là, on attendra donc 2023 pour retrouver le PIB de 2019. Si l’on fait cette comptabilité en dollar américain, la devise de référence qui a apprécié de 12 % entre juin 2019 et juin 2020 et qui pourrait encore glisser, la situation est évidemment encore pire. 

Notons enfin que ni le FMI, ni le ministère des Finances n’aura partagé, à ce stade, les hypothèses clés retenues par eux, d’une part pour la date d’ouverture du ciel et d’autre part, pour la courbe attendue des réservations hôtelières, une fois le ciel ouvert. La campagne de publicité signée par la MTPA avec Liverpool FC suggère que l’hypothèse du ministère était, en juin, au moment du Budget, de rouvrir Plaisance le 1er septembre. D’ailleurs, dès le 12 septembre pour le match contre Leeds, notre publicité s’affichait déjà dans un stade d’Anfield vide, à des téléspectateurs qui n’étaient même pas bienvenus comme touristes, sauf s’ils voulaient passer 15 jours de quarantaine chez nous, enfermés dans leur chambre ! Il y a donc, au minimum, deux mois de décalage, ce qui ne va pas aider. 

Quant à la courbe de reprise des activités, le cas des Maldives n’augure rien de bon. Cet archipel qui avait atteint 1,7 million de touristes en 2019, record absolu, avait rouvert ses frontières le 15 juillet, tablant sur le fait que son modèle de «one island, one resort» garantirait plus de confort moral aux touristes et de sécurité contre la propagation du coronavirus. Il n’y a eu, de fait, que 16 405 touristes entre le 15 juillet et la fin de septembre. C’est dire si la reprise, quand elle viendra ici aussi, sera longue et douloureuse… 

***** 

Petite histoire véridique. Elle est authentique. Lors de la pose de tuyaux neufs de la CWA dans la région de La Marie, il y eut, à un moment, une grande levée de boucliers de diverses personnes, dont des planteurs, parce que l’eau qu’ils utilisaient à travers des prises illégales avait… cessé de couler ; le «vieux» tuyau ayant été remplacé par un tuyau «neuf» ! Les protestations ayant été entendues plus haut, l’ordre fut tout simplement donné de… raccorder les nouveaux tuyaux aux anciens ! 

C’est ainsi, sans doute, qu’après avoir dépensé Rs 2,8 milliards en tuyaux neufs, depuis 2014, la CWA n’encaisse toujours aucun revenu pour environ 60 % de l’eau qu’elle récolte, qu’elle traite et qu’elle distribue ! Brillantissime exemple de notre arrivée au nirvana des «high income countries» ! Ou de notre État «providence» ?

*Le programme doit évidemment être détaillé et être fiscalement responsable

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