Cet omniprésent Gaëtan Duval

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Les fidèles et les nostalgiques descendront dans le village de Grand-Gaube ce dimanche 11 octobre pour assister aux célébrations spéciales marquant le 90e anniversaire de naissance de Charles Gaëtan Duval, né le 9 octobre 1930. L’occasion est exceptionnelle car qui aurait cru que Paul Bérenger, l’adversaire politique le plus acharné de Gaëtan Duval, allait lui rendre un hommage si convaincant sur sa contribution déterminante dans la création et le développement exponentiel de l’industrie touristique mauricienne.

Le village même de Grand-Gaube, où le leader du Parti Mauricien Social Démocrate (PMSD) résida pendant des décennies, a vu naître maintes opportunités pour ses habitants, à la suite des initiatives de cet homme politique. Ainsi, le tourisme a aidé des jeunes dans les années 70 à échapper au cercle fatal de pêcheur–laboureur-chômeur. Un jour, quand un bulldozer se mit à créer une plage là où existait une petite «montagne» d’énormes rochers à Grand-Gaube, les villageois en furent émerveillés car ils avaient cru que le mastodonte américain n’était utile que dans les champs de canne.

C’était bien avant la belle époque de l’environnement et de la licence d’Environmental Impact Assessment. Prenait ainsi naissance l’hôtel Paul et Virginie. Un jeune chômeur, fils de laboureur avec School Certificate, y fut employé comme serveur. Quelques années plus tard, il fut parmi les premiers à être recrutés au Club Méditerranée. Et il termina sa carrière après avoir fait partie de la direction du Club Med à Tahiti et dans des pays du Maghreb, ainsi qu’en France.

Toujours à Grand-Gaube, l’émigration, grandement facilitée par Gaëtan Duval, permit à d’autres jeunes de découvrir de nouveaux cieux en Europe et d’éviter d’être pris dans l’engrenage pêcheur-laboureur-chômeur. Ces émigrés, comme d’autres Mauriciens, firent venir sœurs, frères, cousins, cousines, voisins, voisines en Europe et c’est ainsi que s’est construite l’ossature même de la fameuse diaspora mauricienne.

Dans les années 70, Gaëtan Duval voyait déjà plus loin que le bikini (ou monokini ?) de Brigitte Bardot, qui popularisa Maurice auprès de la jet-set internationale. Après avoir placé Maurice sur la carte du monde touristique, Gaëtan Duval joua une autre carte, celle de l’industrialisation légère de Maurice. Lui et le professeur Edouard Lim Fat de l’université de Maurice devaient introduire à Maurice le concept de la zone franche. Basée sur le modèle de Kaohsiung à Taiwan. Encore une fois, le jeune de Grand-Gaube et d’ailleurs se voyait offrir une autre opportunité de fuir la fatalité pêcheur–laboureur-chômeur.

Des années plus tard, en 1983, Gaëtan Duval vit, en le départ des Britanniques de Hong Kong, programmé pour 1999, une énorme occasion d’attirer des investisseurs de cette colonie-phare. Ils furent nombreux à venir investir de Hong Kong. Au point où quelqu’un réussit même à se faire anoblir par la Reine à partir du quota mauricien et à disparaître dans la nature par la suite avec son titre de ‘Sir’.

Bien avant les shows de Showkutally Soodhun au Proche Orient, Gaëtan Duval, accompagné de son fidèle sherpa, Azad Dhomun, avait déjà construit des ponts avec les puissants monarques de cette région du monde. Des Mauriciens de toutes les professions y trouvèrent des débouchés. Maintenant que les rancœurs idéologiques ont disparu, on pourrait bien, avec sérénité, réfléchir sur les relations spéciales tissées entre Maurice et l’Afrique du Sud par Gaëtan Duval. Au fait, qui contestera le fait que sans l’apport des touristes et des cadres sud-africains et la disponibilité de produits value-for-money de ce pays, l’économie de Maurice aurait été certainement privée d’un atout déterminant.

Puisqu’il a été beaucoup question, en 2020, de la précarité de logement des Mauriciens au bas de l’échelle sociale, il serait utile de faire remarquer que bien avant le tourisme et la zone franche, dans ses premières années de responsabilités ministérielles, Gaëtan Duval se vit confier le portefeuille du Logement par Seewoosagur Ramgoolam dans le gouvernement pré-indépendance. C’est à l’initiative de Gaëtan Duval que les premières «cités ouvrières» – selon la formule d’antan – furent créées à Maurice. Et cela, à un moment des plus dramatiques de notre histoire- la dévastation massive des logements traditionnels par les cataclysmiques cyclones Alix et Carol au début des années 60.

Un dernier aspect de la vie de Gaëtan Duval, les relations de l’île principale avec Rodrigues. Jean Marie F. Richard, un ardent défenseur de la cause rodriguaise, a écrit, dans un article publié sur le site web de l’express, que dans le contexte des célébrations marquant les 18 ans de l’autonomie rodriguaise, on devrait rendre un hommage particulier à Paul Bérenger pour sa contribution déterminante dans l’avancement politique et constitutionnel des habitants de la deuxième île de la république. En effet, c’est Paul Bérenger, en tant que vice-Premier ministre sous Anerood Jugnauth, qui avait tout mis en œuvre pour que Rodrigues obtienne l’autonomie.

Mais bien avant la naissance du MMM, c’est au PMSD de Gaëtan Duval qu’on devrait attribuer l’introduction du droit de vote aux Rodriguais. En effet, avant les grandes élections de 1967, les Rodriguais n’avaient pas bénéficié, comme les habitants de l’île principale- et ce depuis 1959- du droit de vote universel. Le PMSD porta le déni du droit de vote des Rodriguais devant la Cour suprême et eut gain de cause.

Donc, Gaëtan Duval mériterait lui aussi une place d’honneur lors des célébrations de l’autonomie ce week-end. Il est vrai qu’il a subi l’extrême humiliation posthume de voir enlever son nom donné à l’aéroport de Plaine-Corail. Un pas que le gouvernement nationaliste hindou n’a pas franchi en maintenant le nom d’Indira Gandhi donné à un grand aéroport de l’Inde. Les célébrations à Rodrigues seront dominées par la présence du Premier ministre, Pravind Kumar Jugnauth. Ce dernier ne mérite pas moins d’être vivement remercié par les Rodriguais pour la promotion du tourisme dans la deuxième île de la République. Le Premier ministre a engagé sa propre personne pour prouver au monde entier – surtout aux touristes, qui sont health-conscious – que Rodrigues dispose d’excellentes facilités sportives, dont la pratique de la tyrolienne. Une promotion sans l’aide de Liverpool FC, sans «tap komision», sans nécessité de kas-fann entre initiés.

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