De la démocratie et du plastique

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La marche du 29 août à Port-Louis (+ 75 000 citoyens, certains s’avançant même à plus de 125 000 personnes) a déjà marqué l’histoire de plus d’une manière. Pour avoir été le plus grand rassemblement jamais réussi sans logistique de partis politiques, il a illustré un courant «ras-le-bol» qui devra rapidement être compris et assimilé par nos dirigeants, faute de quoi il est probable qu’il mènera à un autre naufrage, sociopsychologique celui-là. De la soute éventrée d’un peuple, peut-on imaginer ce qui risque alors de suinter dans nos lagons émotionnels ? 

Ce qui est certain, c’est qu’une contre-manifestation tentant un ancrage strictement religieux à Grand-Bassin a foiré lamentablement, ce qui est heureux pour le pays pour plusieurs raisons. D’abord parce que la manifestation du 29 août avait été remarquablement bigarrée, reflétant, sans doute possible, la grande diversité de la population dans ce qui l’unissait et qu’une contre-manifestation sectaire aurait mené le pays dans la direction du séparatisme, bien plus dangereux celui-là. Le 29 août était tout simplement un ras-le-bol général sur une manière de gérer le pays et le débat doit évidemment rester sur ce plan-là. 

Ensuite parce que, contrairement à une situation quelque peu similaire datant de 1995, après des remarques malheureuses sur les «démons», les dirigeants politiques actuels dans leur sagesse, Pravind Jugnauth en tête et contrairement à son père, n’ont pas souhaité tenter le diable ! D’ailleurs, l’appel à remplir le stade de Belle-Vue à l’époque était raté aussi ! Ce qui est éminemment positif, le certificat de décès du père Laval étant évidemment bien plus approprié qu’une chopine de pétrole jeté dans un brasier passionnel au Ganga Talao. 

Il y a de vrais problèmes dans ce pays, comme l’a rappelé le cardinal Piat aussi, et nos dirigeants sont payés et, jusqu’à preuve du contraire, sont élus pour les régler ! Pas pour détourner l’attention sur de l’émotionnel périphérique. Merci de l’avoir compris !

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C’est vraiment fou la politique, surtout quand elle ne possède plus aucun ancrage moral et que la seule et unique motivation est de marquer des points politiques et de se faire élire ! 

À 50 jours des élections présidentielles aux États- Unis, Donald J. Trump est ainsi devenu, tenez-vous bien, protecteur de… l’environnement ! En effet, après avoir quitté l’accord de Paris, qualifié le changement climatique de «canular», défait une bonne partie de la réglementation de l’Environmental Protection Agency établie sous Obama et autorisé, le mois dernier, des forages de gaz et de pétrole en Alaska ; ne voilà-t-il pas que Trump signait cette semaine une extension à l’interdiction de forer du gaz et du pétrole dans les mers entourant la Floride ! 

En effet, l’industrie touristique, le secteur de l’immobilier, celui de la pêche et les retraités vivant sur les côtes ensoleillées de la Floride ont tous été très critiques récemment face à l’intention déclarée de Trump de permettre à ses amis pétroliers d’installer leurs plateformes d’extraction pétrolière. Et cela se reflétait déjà dans les sondages, Joe Biden le devançant de quelques points dans un état crucialement gagné en 2016 ! Ainsi la «reconversion», l’épiphanie même de cet homme capable de tout. Reste à savoir si les électeurs seront convertis par tant d’hypocrisie circonstancielle, d’autant qu’avec Biden il n’y aurait, c’est plus sûr, pas de forage non plus… 

Dans la même parenthèse de temps, selon le New York Times, l’industrie pétrochimique américaine tentait d’influencer un accord commercial en discussion entre les États-Unis et le Kenya insistant que ces derniers révoquent une loi sévère antiplastique, votée en 2017 et qui prévoit 40 000 $ et quatre ans de prison pour toute personne important, fabriquant ou utilisant des sacs en plastique ! 

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Ah ! Le plastique ! 

Une réalité que peu de personnes réalisent à ce stade, c’est que le plastique, dont le volume produit à DOUBLÉ depuis l’an 2000, va augmenter d’encore 30 % jusqu’en 2030 et de 60 % jusqu’en 2050 ! Selon une étude de l’Agence internationale de l’énergie, l’industrie pétrolière s’attend à consommer, à l’échéance de 2050, plus de pétrole pour produire du plastique que pour assurer les transports mondiaux, voitures, bateaux et avions compris ! 

Le plastique, c’est ce que l’on peut appeler l’«angle mort» de la question pétrolière, dont personne ou presque ne parle, mais au fur et à mesure que les moteurs seront plus efficients ou carrément électriques, l’industrie pétrolière comptera de plus en plus sur sa pétrochimie et le plastique et le problème de pollution ou de recyclage qui va avec va définitivement grossir ! Si l’industrie pétrochimique pollue moins l’atmosphère que les transports, il faut aussi compter, en aval, avec la pollution des mers et des lieux de vie de l’humanité, ou le plastique est tellement plus nocif que les carcasses de véhicules ou de bateaux ! 

Considérez ces quelques faits : de toute la production plastique depuis 1950, on n’en a recyclé que 9 %, alors que 12 % ont été incinérés ! Le reste agrémente la nature, dépotoirs compris. Pendant longtemps, les pays dits «développés» exportaient leurs déchets de plastique pour être recyclés en Chine. Cette dernière, qui importait 45 % des déchets plastique du monde entre 1992 et 2017, a fermé ses portes à cette activité en 2018 parce que ce «recyclage» polluait trop chez elle. Conséquence ? On recycle un peu plus en Occident, mais on incinère aussi plus et les probabilités sont que ce qui n’est pas exporté finisse au dépotoir ou en mer (1) ou dans des pays encore moins équipés que la Chine pour gérer la question… 

Les chiffres sont effrayants ! 40 % du plastique mondial n’est utilisé qu’une fois et puis jeté. On vend 525 milliards de bouteilles en plastique chaque année. 5 trillions de pièces de plastique flottent déjà dans nos océans. Le plus grand vortex de déchets plastique en mer, entre le Japon et les États-Unis, fait 1,6 million de km2 – soit trois fois la taille de la France. Une étude de 2017 de l’université de Gand, en Belgique, indique que les consommateurs de produits marins ingurgitent jusqu’à 11 000 microparticules de plastique par an, dont 1 % est absorbé par le corps. Selon l’ONU, on produit encore 5 000 milliards de sacs en plastique chaque année. Attachés ensemble, ils pourraient faire le tour de la planète sept fois, TOUTES LES HEURES. Oui, vous avez bien lu ! 

Les solutions pérennes à la déferlante de plastique se font toujours attendre… Et, chez nous, on fait quoi là ? Avec nos PETs, par exemple ? 

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Une petite pensée tout de même pour Li Wen Liang. 

Ce jeune médecin, de Wuhan, avait été un des tout premiers à avertir ses collègues ainsi que certaines autorités sanitaires de la Chine communiste de l’émergence d’une nouvelle maladie respiratoire contagieuse qui commençait à faire de vrais dégâts en décembre 2019. Il était ophtalmologue et ça ne le regardait pas, a priori, mais ce membre du parti communiste avait une conscience ! Inconvénient majeur pour ce médecin de 33 ans : un de ses collègues fit anonymement fuiter ses alertes sur la Toile ; ce qui, en régime totalitaire, causa grand embarras. Il fut donc accusé de propagation de «fausses nouvelles sur l’Internet à propos d’une épidémie de SARS, non officialisée par les autorités», fut interrogé par la police et fut officiellement mis à l’index, y compris sur CCTV, la télévision nationale – l’équivalente à notre MBC. L’ironie veut que, retourné au travail, il contracta le Covid-19 d’un patient atteint de glaucome et en mourut le 6 février aux soins intensifs. Avant sa mort, il avait déclaré au journal d’investigation CAIXIN : «Je crois qu’il est important d’avoir plus d’une voix dans toute société saine et je n’approuve pas l’usage du pouvoir public pour de l’interventionnisme excessif.» L’accusation qu’il avait «perturbé l’ordre public» avait heureusement depuis été renversé par la plus haute cour du pays, la Cour suprême du peuple. 

Cependant, l’AFP rapporte que lors d’une cérémonie ce mardi où Xi Jing Pin célébrait ceux qui ont aidé à la gestion réussie du coronavirus, le Parti communiste chinois en tête, quatre citoyens chinois furent décorés mais il n’y eut aucune mention de Li Wen Liang… 

Symptomatiquement, des journalistes australiens fuyaient la Chine, cette semaine, après des visites policières coordonnées en pleine nuit, au prétexte d’enquêtes sur la «sécurité nationale». En y rajoutant les histoires de Navalny en Russie et de Kolesnikova en Biélorussie, on peut se dire heureux que l’on se batte encore ici pour rendre notre démocratie plus… vivante. Y compris ce matin, à Mahébourg.


1) https://www.nationalgeographic.com/environment/plastic-facts/?beta=true -10-shocking-facts-about-plastic

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