La marée noire plombe le triomphe Covid !

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Le Premier ministre a raison quand il dit que nous n’avons quasiment aucune expertise ou équipement pour renflouer des bateaux de la taille du Wakashio, qui fait 333 mètres de long et jauge plus de 100 000 tonnes à vide. Nous n’avons quasiment aucune expertise, ni aucun équipement non plus pour le vider des 3 500 tonnes d’huile lourde qu’il transportait. Il n’y a aucune honte à le reconnaître. Il est peut-être honteux de ne pas planifier en conséquence ? 

On ne peut d’aucune manière dire que Maurice ne savait pas qu’un bateau pouvait s’échouer sur nos récifs et qu’une marée noire pouvait s’ensuivre ! Il y a bien eu le MV Angel en 2011 et le MV Benita en 2016, par exemple, et depuis longtemps déjà, nous avons reçu bien des rapports et participé à suffisamment de séminaires pour élaborer un plan de prévention et de contingence pour ce genre de situation. C’était nécessaire vu que plus de 2 000 bateaux de tous calibres croisent apparemment dans nos environs chaque mois, ces jours-ci… 

«Gouverner c’est prévoir !», dit-on. Nous avons donc un National Oil Spill Contingency Plan (NOSCP), un National Disaster Risk Reduction and Management Centre (NDRRMC)**, un National Emergency Operations Command (NEOC), un National Crisis Committee (NCC), au moins une loi-cadre, c’est-à-dire l’Environment Protection Act, des ministères, des ministres, des Coast Guards et divers comités de coordination qui, tous, «suivent la situation de près». Mais encore ? Un peu comme pour l’offshore où nous semblons avoir toutes les lois et institutions qu’il faut, la façade quoi, il nous semble, une fois en-core, manquer la capacité d’analyser, de prévenir et de réagir pro activement ! À la place, ce sont des citoyens, admirables, qui ont essayé, nuisibles ou pas, de parer au plus pressé ! Pourquoi ? Trop de centralisation décisionnelle ? Trop de politisation ? Des institutions qui attendent que «là haut» décide ? Trop de nominations de protégés incompétents ? 

Pour notre avenir, il est, me semble-t-il, impératif de remettre en question notre «culture» des services publics et l’«usage» routinier qu’en font nos politiques. 

Mais d’abord, allons en amont. Nous avons des radars autour de l’île. Ils sont supposés identifier les mouvements de bateaux dans nos eaux territoriales. Le jeudi 23 juillet à 11 h a.m., soit plus de 2 jours avant le naufrage, le Wakashio entre dans notre Zone Économique Exclusive (ZEE). On ne le voit pas sur le radar ? On ne voit pas qu’il est plus au nord que les circuits prudents généralement empruntés par les navires dans nos parages ? On nous a dit que le samedi 25 juillet, dans l’après-midi, le Wakashio est repéré à une douzaine de miles de la côte. On nous dit que, contacté, le bateau ne répond pas. N’est-ce pas un signe que ça ne tourne pas rond ? Que dit le protocole, ou le simple «raisonnement» dans ce cas ? On continue à téléphoner, on enregistre bonassement l’heure des appels sans réponse et, puisque c’est samedi, on attend lundi ? Le radar de Pointe du Diable ne VOIT-IL pas le bateau aligné hors de la trajectoire prévue ? Que dit alors le protocole ? Qu’on doit dépêcher un hélicoptère peut-être? Le Dornier ? Qu’on doit lancer des fusées éclairantes à partir d’un bateau des Coast Guards qui doit alors prendre la mer pour «réveiller» le Wakashio ? Qu’on doit utiliser un drone pour survoler le Wakashio et l’alerter du danger ? Ou l’arraisonner ? 

Il y a sûrement quelque chose que l’on peut faire ? On ne semble pas, pourtant, faire grand-chose ! Pendant ces deux jours cruciaux, aucun des 6 bateaux des Coast Guards ne se déplace vers notre côte est/ sud-est, par exemple. Plus de deux jours entiers ! Une enquête détaillée qui, dans un devoir de transparence DOIT être rendue publique, nous apportera sans doute des éléments de réponse et surtout des suggestions pour que le cas ne se reproduise pas… Un article de Forbes signalé dans l’express hier suggère la nécessité du repérage par satellite, le parcours dessiné par le Wakashio depuis au moins 4 jours avant qu’il ne s’arrête sur nos récifs, le tenant dangereusement au nord des circuits usuels et le menant droit à la catastrophe ! Nos radars ont peut-être vu cette situation aussi, à moins d’avoir été attaqués par les rats, comme à la prison de Melrose, mais à part l’appel téléphonique, aucune autre réaction… 

Le Wakashio s’échoue donc il y a deux semaines. Devant le danger d’une marée noire, que disent, une fois encore, le protocole et la raison ? N’est-ce pas évident qu’il faut pomper l’huile lourde dès le premier jour ? Qui sont ces «experts» qui auraient conseillé autrement ? Peuvent-ils nous inspirer confiance et être écoutés ? Retenus ? N’est-il pas manifeste qu’il fallait contacter et déplacer les équipes et les équipements de contingence de «pays amis» immédiatement, plutôt que d’émettre des com-muniqués les uns plus lénifiants que les autres, en ânonnant que tout était sous contrôle ? La proximité d’une unité POLMAR à La Réunion ne suggère-t-elle pas qu’un accord stratégique aurait dû avoir été signé depuis longtemps déjà et que l’appel à l’aide, accord ou pas, aurait dû avoir été déclenché dès le départ ? Chez nous, c’est plutôt «relax», semble-t-il. Le premier vaisseau naval d’une certaine importance, appartenant aux Coast Guards, approche le Wakashio seulement quatre jours après qu’il eut fait naufrage. Le pre-mier remorqueur à rejoindre le Wakashio, c’est-à-dire le Stanford Hawk, quitte Port- Louis le 31 juillet seulement, 6 jours après le désastre ! 

Le temps passe. Le Wakashio est drossé journellement. Le risque de déchirure augmente inévitablement. 

Ci-dessus la genèse d’une catastrophe nationale qui aura de très lourdes conséquences sur les habitants du Sud- Est, sur le tourisme, sur l’économie, sur le refuge de l’île-aux-Aigrettes, sur la ferme aquacole de Mahébourg, sur l’image paradisiaque de l’île. 

La responsabilité des autorités et du gouvernement est clairement engagée : on paie beaucoup de monde pour prévoir ces catastrophes et nous protéger. C’est pourtant la faillite ! La colère gronde partout et le triomphe gouvernemental de la guerre réussie contre le Covid-19 se retrouve englué et défait par les milliers de tonnes d’huile lourde répandues dans les lagons de nos insuffisances nationales. 

Pour reprendre une fameuse citation : «Ça ne peut plus se continuer !» 

** À mon grand étonnement, le NDRRMC, version 2015, envisage, en 287 pages, huit catastrophes potentielles (Cyclone, Fortes pluies, Tsunami, Grosses vagues, Manque d’eau, Trem-blement de terre, Glissement de terrain et Inondation à Port-Louis), mais PAS la marée noire ! Vraiment étonnant !

L'édito paru cette semaine dans Business Magazine

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