L’image d’un échec !

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Y a t-il un autre mot qu’incompétence pour qualifier le gouvernement du jour ? Fallait-il une énième illustration de son incapacité à prévoir ? Était-ce de la mauvaise communication ou nos dirigeants ont-ils tout simplement menti quand ils ont affirmé que la situation du naufrage du Wakashio était maîtrisée, allant jusqu’à dire que des photos et vidéos alarmantes circulant sur les réseaux sont truquées, alors qu’on se dirigeait visiblement tout droit vers un désastre ?

Ce n’est ni faire preuve de mauvaise foi, ni se montrer antipatriotique que de questionner l’ensemble d’un gouvernement payé des fonds publics, qui a le devoir de nous rendre des comptes et qui montre clairement ses failles. Le Premier ministre aura beau essayer de faire du damage control en mettant cette «catastrophe environnementale» – à laquelle on assiste de manière impuissante depuis jeudi dernier – sur le compte du mauvais temps.

Il aura beau tenter le sentimentalisme, partageant sa tristesse devant ce qu’il qualifie de «tout sort kalite kritik ek demagozi», tout comme son ministre de l’Environnement aura beau demander de ne pas faire du blame game, il se trouve que les résultats parlent d’eux-mêmes ! Il se trouve aussi que la réaction des autorités jeudi et vendredi derniers laissent penser qu’elles n’avaient pas mesuré la gravité de la situation. L’analyse et les questions n’ont échappé à aucun d’entre nous. Comment expliquer que la veille du constat de la première fissure, l’on rassurait, par la voix de la police, que des bouées étaient installées pour empêcher toute fuite d’huile ? Comment expliquer la déclaration somme toute naïve du ministre Kamano, affirmant que «nou pa ti ena indikasion pou ariv sa staz-la» ?

À croire qu’on attendait tranquillement qu’un miracle se produise, qu’on se fiait à notre bonne étoile, sinon à la chance, pour sauver notre pays d’une éventuelle calamité. À croire que le gouvernement ne faisait que réagir, qu’il n’avait aucun plan d’ensemble de mesures préventives dont on a finalement saisi l’urgence soudainement jeudi. Pourtant, ils sont plusieurs spécialistes et autres pêcheurs aguerris à avoir partagé leur inquiétude pendant que le gouvernement donnait l’assurance qu’il  contrôlait la situation. Sauf que, 13 jours plus tard, force est de constater que ce n’était pas le cas.

C’est Sebastien Sauvage de l’ONG Eco Sud qui a affirmé, dans les colonnes de l’express, vendredi, que l’on assiste à un désastre écologique qui s’annonçait depuis déjà plusieurs jours. Un constat lucide qui provoque une série d’interrogations, tout en nous renvoyant l’image limpide d’un échec que le gouvernement doit assumer. «Les autorités n’ont pas pu empêcher le navire de se diriger droit sur nos récifs. Après, ce fut une cascade de manquements : on n’a pas pu immobiliser le navire pour l’empêcher de pivoter, ni installer 1,5 kilomètres de bouées devant le vraquier comme nous l’avions demandé et ce, malgré des périodes d’accalmie de la mer. On a aussi négligé de faire accoster un navire pour pomper l’huile du Wakashio. Pour couronner le tout, l’idée de remplir la cale no 6 d’eau pour supposément le stabiliser a provoqué une tension sur la coque et la structure a maintenant des fissures qui s’agrandissent à vue d’oeil. (…) Nous, chez Eco-Sud, nous avons déjà proposé aux autorités un plan pour coordonner le travail de nettoyage des plages et autres lieux qui pourraient être affectés par des volontaires qui se sont déjà déclarés. Mais jusqu’ici, aucune réponse. Cet immobilisme de la part des autorités est symptomatique de la façon qu’opère ce gouvernement, surtout en ce qui concerne la communication et la transparence.» Peut-on mieux décrire la situation ?

Et 13 jours plus tard, alors que nos lagons sont déjà affectés, alors que la colère populaire le dispute à la révolte, alors que les étudiants de Mahébourg sont privés de classe, l'on nous  dit que notre pays n’a pas les compétences et l’expertise pour gérer la situation. N’est-ce pas là un aveu d’échec après avoir refusé d’écouter ceux qui voyaient venir la catastrophe ?

Depuis quelques jours, le salut vient de la marée humaine des citoyens, qui constituent aujourd’hui une multitude de maillons, se transformant en un large filet de protection au nom de notre lagon bien-aimé, au nom de notre patrimoine commun. Chapeau bas à cette chaîne solidaire citoyenne. Et pendant que toutes ces âmes généreuses mettent la main à la pâte, on aura assisté à un défilé d’élus, venus se faire voir sur place, jouant les mannequins devant les photographes, autour de leurs leaders… Ont-ils peur de se salir les mains ? Pathétique !

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