Mondialisation vivante

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L’avis de décès de la globalisation a paru plusieurs fois dans les médias. Dans les années 1970 et 1980, le système commercial multilatéral était considéré mourant. En 1999 et 2000, des sommets mondiaux furent assiégés par des manifestants anti-globalisation. À la suite de la crise financière de 2008, les gouvernements mettaient la globalisation sur la sellette. Et aujourd’hui, la globalisation est mise en accusation par le coronavirus, ce qui a amené «The Economist» à titrer «Goodbye globalisation» sur sa couverture du 14 mai 2020.

Mais elle compte rester longtemps en vie, la globalisation, qui était d’abord économique. C’est seulement après la chute du Mur de Berlin, le 9 novembre 1989, qu’elle a acquis des dimensions politique, sociale et culturelle. La globalisation est alors devenue mondialisation. Au cours des trente ans d’existence de la mondialisation, les indices de développement humain, qui ne se limitent pas au produit intérieur brut, se sont améliorés.

La globalisation a peut-être commencé en 1492 avec la découverte de l’Amérique. Elle s’est accélérée depuis l’époque où Adam Smith (1776) expliquait comment la richesse des nations venait de l’élargissement des marchés. Les frontières économiques établies par les États furent supprimées partiellement ou totalement afin de permettre la libre circulation des produits, des capitaux, des entreprises et des personnes. Le marché n’était plus confiné à l’espace national mais devenait mondial et ouvert à tous.

Quoique perturbée par des conflits, la libéralisation des échanges commerciaux faisait son chemin. Mais la Première Guerre mondiale stoppa la marche vers la mondialisation. Puis, l’exacerbation du nationalisme économique, aggravé par la grande dépression de 1929 à laquelle tous les pays réagissaient par des politiques protectionnistes, finit par conduire à l’hitlérisme.

Après la Seconde Guerre mondiale, les gouvernements alliés, tirant les leçons de celles-ci, lancèrent le GATT (General Agreement on Tariffs and Trade), un accord multilatéral signé par 23 pays dont… la Chine ! Le libre-échange était de retour avec l’abaissement drastique des tarifs douaniers et l’élimination des licences d’importation et des quotas. Il connut son apogée avec la désagrégation du bloc communiste en Europe, au point que Francis Fukuyama annonça en 1992 «la fin de l’histoire», nous invitant à une perspective mondialiste de la démocratie libérale.

L’île Maurice a dû sauter dans le train de la mondialisation. Croit-elle pouvoir surmonter les affres du Covid-19 en le quittant ? Dans «l’express» du 6 avril dernier, André Bonieux prévint contre les velléités protectionnistes et nationalistes, tandis que Vidia Mooneegan souligna «la nécessité de revoir notre posture par rapport à la mondialisation». Le CEO du groupe Alteo a une vision du monde, le président de Business Mauritius a la vue courte. La mondialisation est un mouvement constant, bien que cahotant, et elle ne nous attend pas pour rebattre les cartes du commerce international. Le lobbying et la recherche de rente auprès des dirigeants politiques vont à l’encontre de l’approche pro-marché, et non pro-business, de la mondialisation.

C’est que la mondialisation a toutes les vertus de l’économie de marché. La première vertu est la primauté de l’échange volontaire sur la captation de la rente, le «doux commerce», cher à Montesquieu, ayant généré des dividendes de la paix. La deuxième vertu est la transmission du savoir et du savoir-faire : il n’est pas un produit dont les composants ne viennent de divers pays. La troisième vertu est la concurrence qui oblige les entreprises à être à l’écoute du marché, à se soumettre aux choix des consommateurs et à innover, car la compétitivité ne se joue pas seulement sur les coûts.

Un ralentissement durable du commerce mondial serait une rude épreuve pour les pays en développement comme le nôtre. Afin de progresser sur l’échelle des pays à haut revenu, Maurice ne peut qu’emboîter le pas de la mondialisation. Le progrès technique, si essentiel à la croissance économique, ne se confine pas à l’intérieur des frontières nationales. On peut se protéger tant soit peu contre les Chinois, mais pas du tout contre les technologies et les innovations incessantes.

La pandémie du Covid-19 n’a pas démontré l’inutilité de la mondialisation mais, au contraire, a mis en relief son importance dans le développement économique, tant le déficit de mondialisation avec la fermeture des frontières crée des dégâts considérables sur les entreprises, sur l’emploi, sur le pouvoir d’achat, sur les finances publiques. Comme l’écrit l’historien Yuval Noah Harari dans «Le Monde» du 5 avril 2020, «l’isolationnisme, à long terme, provoquerait un effondrement de l’économie sans offrir aucune protection contre les maladies infectieuses». C’est le petit peuple qui en souffrirait.

Au lieu de faire le procès d’un phénomène qui lui échappe, Maurice peut tirer avantage d’une mondialisation bien vivante.

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