Farhad Khoyratty ou toute la grandeur de notre université

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La semaine dernière, je l’ai croisé au rez-de-chaussée de l’Engineering Tower. Il était en soi un «towering figure». Il parut préoccupé, inquiet même. Après un chaleureux échange de salaams, car nous nous voyions que rarement, cette fois sans se serrer les mains pour cause de Covid-19, il me lança : «Enn zélev inn fer enn kriz dangwas.» En tant que surveillant aux examens, l’attention qu’il portait aux étudiants trouvait là une preuve de ce qui fait la grandeur de l’université de Maurice (UoM).

Grâce à des personnes comme Farhad, mais aussi d’autres, à l’instar de Mme Tribhon, Administrative Officer, ou de M. Thandan, Attendant, toutes disparues en à peine une semaine, l’UoM a toujours fait la grandeur de notre nation. Farhad m’aurait excusé, mais faisons mentir Shakespeare pour affirmer : «the good that men do lives after them; the evil is oft interred with their bones». Et tant mieux ainsi…

Le personnel de l’UoM, de ses enseignants-chercheurs à son personnel administratif en passant par le staff technique, a contribué dignement et significativement au développement du pays, mais aussi à celui de la région. Depuis sa fondation en 1965, mais même bien avant depuis l’école d’Agriculture en 1914, «the good that men do», les femmes de l’UoM aussi, n’est souvent pas reconnu à sa juste valeur.

GRANDEUR

Et il est faux de dire que cette institution a perdu sa grandeur d’antan. C’est ce que le décès de Farhad doit nous rappeler. Lauréat de la filière classique avec une combinaison hétéroclite qui doit nous convier que la connaissance ne peut être fragmentée, il poursuivra de brillantes études en Grande-Bretagne, et sera même Research Fellow à Hughes Hall, à Cambridge. C’est un peu à partir de là que je le découvre, un géant dans tous les sens du mot qui aurait brillé n’importe où au monde. Il avait choisi l’UoM.

Cela ne l’empêchera pas d’être en contact avec le monde académique et littéraire en permanence, animant et participant à maintes conférences et ateliers aux quatre coins de la planète. Son érudition, il la fera briller sur le campus, intégrant l’étude de textes mauriciens audacieusement, dont ceux de Lindsey Collen. Le bien qu’il a fait «lives after»

Je l’ai connu peu, nos rares rencontres ont toutefois été riches et intenses tant par rapport à notre vision de l’islam que concernant les affaires courantes du pays comme celles du monde. À mes enfants qui me demandent à quoi bon se joindre à l’UoM pour leurs études, j’aurais mentionné son nom mais aussi ceux d’autres collègues qui, souvent à l’ombre, font la fierté de notre campus.

Ayant connu quelques universités des plus prestigieuses et côtoyé des sommités, je pense ne pas me tromper en affirmant que nous n’avons rien à envier aux autres grâce à des académiciens, à l’instar de Farhad. Ils sont nombreux ceux comme lui qui doivent nous faire oublier les brebis galeuses qui existent comme dans toutes les universités et dans tous les milieux.

UNIQUE

Nous nous trompons d’ambition et de vision si nous voulons nous mesurer à Cambridge, Harvard ou même à l’université de Pretoria. Notre histoire, notre mission et notre avenir sont uniques. Cela ne signifie non plus que nous devons seulement nous focaliser sur le rendement productif et utilitaire des gradués que nous formons pour un marché comme s’ils étaient des marchandises. L’exemple de Farhad doit ramener le scientifique que je suis au fait qu’il n’y a pas que la croissance économique qui compte. La littérature, les arts et la culture font la beauté et le sens de notre vie, de notre université aussi. Et dans la pensée systémique moderne, ces dimensions sont essentielles dans toute approche interdisciplinaire.

«…je le découvre, un géant dans tous les sens du mot qui aurait brillé n’importe où au monde.»

Lister les universités comme à la bourse, pour ne pas dire comme les pommes d’amour que nous vendons au marché, part d’une intention louable mais finit en une perversion. L’éducation est devenue une question d’argent, un business. D’un gradué par famille, on arrive à un chômeur par famille avec beaucoup ayant accompli des cursus similaires.

Farhad était de ceux qui brisaient ce formatage des cerveaux, laissant libre court à la créativité. Malheureusement, trop souvent les journaux et les réseaux sociaux ajoutent leur grain de sel en diabolisant l’UoM suite à des problèmes internes et nous tombons bien dans un «ocean with a short memory» pour citer le regretté Farhad.

VALEURS

Signalons trois exemples flagrants où il y a une tentative malsaine de salir l’image de l’UoM. Le plus récent, lorsqu’un doctorant à Oxford est condamné pour pédophile, un journal titre qu’il s’agit d’un étudiant de l’UoM car c’est là qu’il avait fait ses études de premier cycle. Sinon, lorsqu’il est finalement reconnu que concevoir un «ventilator» est un exercice de design rigoureux, il est rapporté que le «prototype de l’UoM» ne correspond aux normes médicales strictes. Or, lors du lancement du projet en plein confinement, l’initiative tant applaudie s’avérait être celle d’une autre institution. Finalement, un classement aucunement circonstancié place l’UoM à la 85e place en Afrique et certains veulent y croire à tout prix.

Certes, nous méritons la dernière place en Afrique si les ingérences politiques se font sur le campus. Tel ne sera pas le cas si nous faisons honneur à l’University of Mauritius Act qui est notre Constitution. Et si nous défendons nos six Core Living Values, adoptées en 2018 après un travail participatif auprès de tous les stakeholders : Academic Freedom, Institutional Autonomy, Integrity, Equity, Responsibility et Respect. Alors, l’UoM demeura longtemps toujours ce joyau qui nous a donné des géants de la tempe de Farhad, une incarnation de ces valeurs.

À toi, cher confrère, et frère, que Dieu t’agrée et t’accueille auprès de Lui. Et pour citer Rumi, que tu aimais tant : «There is a loneliness more precious than life There is a freedom more precious than the world Infinitely more precious than life and the world Is that moment when one is alone with Allah

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