La diplomatie au niveau le plus médiocre depuis 1968

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Faudrait-il fermer les ambassades de Maurice à Bruxelles, Paris et Berlin ? Surtout après leur zéro performance dans le contexte de la décision de l’Union européenne (UE) de placer notre pays sur la liste noire des centres où se pratique le blanchiment d’argent sale et des fonds liés au terrorisme.

Les trois capitales les plus importantes où se décide le sort que l’UE réserve au reste du monde sont Bruxelles, Paris et Berlin. Bruxelles abrite le siège de l’UE et Paris et Berlin sont évidemment les capitales de la France et de l’Allemagne, les deux puissances dominantes de l’Europe après le retrait de la Grande-Bretagne.

Suivant la décision de l’UE de placer Maurice sur la liste noire, les contribuables mauriciens pourraient en toute légitimité se poser la question : Qu’ont fait nos trois ambassades en termes de consultations et de lobbying auprès de l’UE et des deux puissances majeures de la communauté ? Quelles représentations documentées ont-elles faites pour défendre les intérêts de Maurice ? Une diplomatie intelligente est capable de défendre même l’indéfendable aussi longtemps qu’on soit assez articulé pour présenter des arguments convaincants. 

En principe, les diplomates, les ambassadeurs en particulier, occupent leurs fonctions en raison de leurs talents particuliers, c’est-à-dire pouvoir fonctionner dans un environnement étranger et savoir comment mieux réussir leur interaction avec les administrations et les citoyens des pays où ils sont postés. Quand Maurice était encore un pays sans grandes ressources, des fonctionnaires comme Cyril Vadamootoo et Raymond Chasle avaient réalisé des exploits en Europe en vendant notre cachet unique et exotique tout en défendant nos intérêts. Raymond Chasle surtout pour avoir sauvé notre industrie sucrière.

Cyril Vadamootoo et Gaëtan Duval avaient réussi malgré nos ressources limitées à charmer les Européens, les Français (et Brigitte Bardot surtout !), construisant ainsi la base même de l’industrie touristique mauricienne. Au départ, Cyril Vadamootoo, récemment décédé, préparait lui-même le curry de poulet à être servi aux vedettes européennes. C’était à une époque où le curry n’avait pas encore conquis le vieux continent. 

Personne ne demandera en 2020 à nos ambassadeurs à Bruxelles, Paris et Berlin à préparer du farata et du curry de gros pois à l’intention des décideurs de l’UE. Seulement, si la bataille pour Maurice devrait être menée à partir de Port-Louis ou par des ‘contracteurs’ grassement payés, pourquoi maintenir à coups de centaines de millions de roupies des ambassades en Europe?

En principe, la présence physique des diplomates est cruciale en raison du potentiel de leur interaction avec des dirigeants et des officiels. Par exemple, un diplomate comme sir Leckraz Teelock connaissait personnellement plusieurs ministres et de hauts officiels britanniques quand il représentait Maurice à Londres. Comme haut-commissaire de Maurice à New Delhi, Madun Gujadhur était en mesure, à n’importe quel moment, de parler au téléphone à l’impératrice de l’Inde que fut Indira Gandhi. À Washington, feu Chitmansingh Jesseramsingh, durant sa longue présence chez les Américains, entretenait des liens directs avec plusieurs présidents des États-Unis. 

Il serait injuste de blâmer uniquement les diplomates basés en Europe pour la catastrophe de liste noire qui assomme Maurice. Nos dirigeants ont eux aussi péché par l’absence d’une interaction personnelle avec des dirigeants européens, de la France en particulier. Les Français, VVIP comme touristes, adorent Maurice, au grand dam des Réunionnais. Nos dirigeants auraient pu trouver des arguments assez solides pour convaincre Paris à faire assouplir la position de l’UE par rapport à Maurice sur la liste noire. 

On a bien charmé les Européens dans notre histoire diplomatique. Le ‘bonhomme’ Ramgoolam, Gaëtan Duval et Navin Ramgoolam avaient, au fil des années, tissé des liens très étroits avec des dirigeants tant à Paris qu’à Londres au point que Maurice fut la plupart du temps privilégié lors des grandes négociations entre la communauté européenne et le tiers-monde. Ainsi, Maurice eut la part belle lors des pourparlers bien difficiles pourtant qui débouchèrent sur la Convention de Lomé. Sans laquelle notre industrie sucrière et nos usines de textile seraient mortes et enterrées depuis longtemps. 

Conservateurs ou Travaillistes au pouvoir à Londres, gauche ou droite à Paris, nos dirigeants étaient capables de jouer sur toutes les cordes. Ainsi en France, Jacques Chirac, François Mitterrand, Nicolas Sarkozy et François Hollande étaient toujours à l’écoute de Maurice. Amoureux de Maurice au point d’agacer les Réunionnais, Chirac resta disponible pour nos dirigeants malgré le scandale – orchestré par des communistes français – du tapis payé cash au Royal Palm. D’autre part, la compagne de François Hollande et mère de ses enfants, Ségolène Royal, était toujours reçue… royalement lors de ses visites privées à Maurice tout comme Christine Lagarde. Par ailleurs, on l’a raté de peu : la campagne électorale de 2014 vint compromette le lobbying de Maurice sinon la France aurait donné son soutien à la nomination de Jean Claude de l’Estrac comme secrétaire-général de la Francophonie.

La diplomatie mauricienne a réalisé bien d’exploits. Ainsi, il est même arrivé une fois que le gouvernement mauricien accordait un traitement des plus privilégiés à un ancien ministre de Sarkozy en même temps qu’à une princesse de la famille socialiste. Le tout basé sur des liens très personnels établis et nourris entre dirigeants mauriciens et français.  

Ce fut l’art diplomatique mauricien de ‘naviguer’ poussé à la perfection. Plus que jamais, que notre diplomatie – à son niveau le plus médiocre depuis notre indépendance – prenne comme principe directeur le génie mauricien de charmer, ce qui est tellement apprécié des Européens. Il ne suffit pas seulement de se focaliser sur les commissions à ponctionner. 

Et cela pour assurer notre avenir et celui des générations à venir. Mais si Narendra Modi nous fournit deux millions de touristes bigrement friqués et des ‘triangeurs’ intéressés par notre offshore – il y en a beaucoup en Inde – alors là, tous les paramètres changeront. Et on pourrait alors dire sans crainte, bye-bye, l’Europe. 

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