India-bashing: chassez le naturel, il revient au galop

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En fonction des réactions hostiles notées sur les médias sociaux suivant la décision de l’Inde d’expédier un navire à Maurice de même qu’aux Maldives, aux Seychelles, à Madagascar et aux Comores, pour aider ces pays à combattre la pandémie du Covid-19, on devrait s’attendre à beaucoup de commentaires quand le bâtiment, le Kesari, mouillera à Port Louis.

Le Kesari vient avec un fort lot de médicaments et dans le cas de certains pays, aussi avec des aliments mais surtout avec des équipes médicales pour porter assistance à ces nations de l’océan Indien. On sait que l’Inde est un géant dans la production des médicaments – récemment, le président américain Donald Trump a fait une demande spéciale d’approvisionnement au Premier ministre indien Narendra Modi – et se distingue aussi comme le plus grand exportateur de riz dans le monde. Pays ravagé par la famine pendant des décennies, l’Inde est en mesure actuellement non seulement de nourrir sa population mais aussi d’exporter des aliments vers le reste du monde.

Dans le contexte mauricien, toutefois, l’Inde souffre d’un sérieux problème de perception et d’image. Aussi, le Mauricien moyen reste suspect par rapport à ce pays. Par exemple, parmi les commentaires relevés sur l’arrivée de l’équipe médicale, des Mauriciens se sont demandé si les Indiens concernés seront mis en quarantaine avant qu’ils ne soient en mesure de fonctionner dans l’île. Ce qui présuppose que ces membres du personnel médical pourraient être eux-mêmes vecteurs du Covid-19. Dans le passé colonial, on mettait sur le compte des coolies indiens l’introduction à Maurice de certaines épidémies.

Il faudrait effectivement remonter dans le temps pour comprendre la perception négative de l’Inde qu’on entretient à Maurice. Car, pendant plus de deux siècles, on a été conditionné dans cette île à mépriser l’Inde et associer ce pays à bien de maux. Certainement, les famines, le non-respect des règles d’hygiène alimentaires, l’état de grave sous-développement de l’Inde et ses préjugés irrationnels ont bien terni l’image de ce pays. Les préjugés sont tellement tenaces qu’on fait abstraction de tout le progrès économique, social et technologique que ce pays a accompli durent les dernières décennies. Au point que le Mauricien moyen ne réalise pas qu’il se retrouve maintenant en retard par rapport à l’Indien moyen. Un seul cas suffit pour faire la différence, c’est l’utilisation des technologies de l’information et de la télécommunication.

Le recours à l’India-bashing remonte à très très loin dans l’histoire de Maurice. Les Français, passés maîtres dans les techniques de l’assimilation, avaient réussi à absorber leurs immigrants indiens, venus surtout de Pondichéry et déjà christianisés. Quand les colonisateurs britanniques et les colons français, devenus de loyaux sujets de Sa Majesté à Londres, ont fait venir une masse de coolies pour remplacer les esclaves africains et malgaches nouvellement libérés, c’est une tout autre dynamique sociologique et culturelle qui est entrée en jeu. Une dynamique articulée à la fois sur la politique coloniale française d’assimilation et sur le savoir-faire britannique de divide and rule.

Les coolies indiens se sont alors retrouvés dans une situation où ils étaient encouragés à fuir leur héritage ancestral sinon de se contenter de leur différentiation culturelle linguistique et castéiste par rapport à leurs semblables. Cette dynamique qui s’est produite à Maurice et nulle part ailleurs dans la diaspora indienne a fini par aliéner bon nombre de personnes d’origine indienne du pays de leurs ancêtres. Pas difficile de comprendre ce que ce processus devait créer dans l’esprit des Mauriciens dont les ancêtres venaient d’ailleurs que de l’Inde.

Pour de nombreux descendants de coolies cherchant à progresser sous le ciel mauricien et s’échapper de la pesanteur de leur héritage, ils se voyaient offrir plusieurs incitations. La voie la plus facile, c’était de changer radicalement d’identité. C’est ainsi qu’un gouverneur britannique expliqua au bureau colonial, à Londres, comment un jeune villageois, descendant de coolie, était rentré au pays après avoir complété ses études universitaires en médecine, en France. Le jeune médecin portait maintenant un nom tout français et au fil des années devint le principal animateur d’un mouvement qui combattait à la fois le règne colonial britannique et le danger d’une future montée des… Indiens dans les affaires du pays.

Voilà un épisode de notre histoire qui illustre bien l’adaptation ou l’aliénation des uns et des autres sous l’effet de l’héritage indien. Dans l’île Maurice moderne, on apprécie certainement les vedettes et les chanteurs de Bollywood. On adore le basmati et le tandoori. On cherchera à se faire soigner dans les meilleurs hôpitaux de Chennai. Mais l’India-bashing, c’est dans l’ADN du Mauricien moyen. Avec l’arrivée du Kesari bientôt, on assistera sans doute à encore un épisode d’India-bashing. Chassez le naturel, il revient au galop.

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