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La Reserve Bank of India, s’alignant sur les observations de la Financial Action Task Force (FATF) et de l’Union européenne (UE), se méfie de notre secteur financier offshore, selon notre confrère indien Business Standard, qui suit de très près les services financiers mauriciens. Si le gouvernement de Pravind Jugnauth a plaidé le manque de dialogue et des consultations des pays du Nord (FATF et UE), pour se dédouaner de nos lacunes en termes de régulation et de supervision, comme si les fonds obscurs, comme ceux d’origine angolaise (via Sobrinho et Bastos, entre autres) n’ont jamais atterri chez nous, que va-t-il nous dire en ce qui concerne les institutions du pays de Modi ? L’effet domino est-il désormais enclenché ? De manière inexorable ?

On est tous d’accord : la blacklist de l’Union européenne arrive au pire moment. La récente nomination de Vikash Thakoor, un spécialiste en IT, sans expérience de supervision du monde financier sophistiqué de l’offshore, à la tête de la FSC ne pourra pas changer la donne. Au contraire, cette nomination risque de la compliquer, a en croire certains opérateurs déjà gagnés par la peur des jours incertains. 

Sur le plan économique, le ministre des Finances n’a, lui, pas tout à fait raison de faire autant de bruit autour des Rs 1 000 milliards (en devises étrangères, principalement en dollars) qui sont dans le circuit bancaire mauricien. Si, en effet, la Banque centrale dispose d’environ Rs 280 milliards (soit quelque sept milliards de dollars), le reste se trouve dans des banques commerciales. Alors par quel tour de passepasse peut-on présenter ces Rs 720 milliards en devises comme des actifs pour Maurice ? Cet argent représente plutôt des «liabilities». Avec ce qui se passe dans l’offshore et avec les agences de notations, cet argent risque de fondre comme neige au soleil.

Alors qu’il se prépare activement pour son premier grand oral, Renganaden Padayachy a — paradoxalement — la latitude requise pour transformer l’économie mauricienne, au lieu d’essayer de balancer les comptes de l’Etat qui baignent dans du rouge-sang. Notre pays a pratiquement toujours connu (du moins depuis les années 90) une croissance positive, même si souvent molle. Or, pour 2020, les prévisions font état d’une contraction de l’économie de l’ordre de 9-11 % de notre produit intérieur brut. Le ministre des Finances a lui-même balancé le chiffre de 100 000 chômeurs d’ici la fin de cette année. L’investissement va chuter de 18 %. Un tableau aux couleurs des plus sombres d’une récession que beaucoup de nos jeunes n’ont jamais connue, eux qui sont nés après le boom économique des années 80 du tandem SAJ-Vishnu. Le «miracle» se mue aujourd’hui en «désastre» si le ministre des Finances rate son coup. Il faut convaincre. Il faut rendre confiance. Il faut un changement de cap, de méthode et de valeurs, si c’est encore possible... 

*** 

Dans notre édition d’hier, notre collègue Jayen Teeroovengadum, rappelant le 20 mai 1975, posait l’importante question des revendications sociales des jeunes et du faible pouvoir d’indignation de la société civile : «Les garçons et les filles qui ont fait Mai-75 ont la soixantaine bien sonnée, aujourd’hui. 45 ans après, que nous reste-t-il de cette révolte (…) Quel héritage nous ont-ils laissé, surtout en cette période d’incertitude, marquée par le Covid-19 ?»

Sans nul doute, les Mauriciens se sont laissés, jusqu’ici, bercer par le confort apporté par le développement économique, la hausse du pouvoir d’achat et les facilites tous azimuts de crédit. Pourquoi donc sortiraient-ils dans la rue pour protester contre la transformation de la Banque centrale en un ATM pour le gouvernement, s’ils risquent de perdre leur emploi et ne plus pouvoir rembourser les emprunts de la voiture tunée et de la maison de rêve ? Pourquoi s’indigner contre le fait qu’il n’y ait plus de plafond pour la dette publique car si les Etats-Unis, l’UE et la Reserve Bank of India nous toisent du regard, il y aura toujours l’Arabie saoudite et la Chine pour nous arroser en milliards, n’est-ce pas ? 

Contrairement à ses prédécesseurs, Renganaden Padayachy n’a, sur le papier, pratiquement aucune marge de manoeuvre, tant tous les horizons semblent bouchés, les moteurs étouffés et les plafonds déjà crevés. Avec pour résultat que le déficit budgétaire devrait connaître une hausse de… 55 %. L’arrêt de notre machine économique a un lourd impact sur les recettes fiscales de l’Etat. Et il est manifeste que la réduction des dépenses publiques (dont le grant aux socioculturels), par quoi : 20 % au moins ?, même si bienvenue, ne sera guère suffisante, sans une aide extérieure massive, autre que le FMI qui a émis pratiquement tous les avertissements et accordés les plans d’aide possibles. D’où d’ailleurs le besoin de pomper dans le coffre de la Banque centrale, comme le Zimbabwe l’a fait avant nous. 

Parmi les mesures courageuses qui pourraient freiner une descente aux enfers, certains évoquent le paiement de la pension de vieillesse à 65 ans au lieu de 60 ans — Rs 9 milliards qui seront ainsi déduits du budget annuel de l’État — plus un ciblage pour les plus de 65 ans. Ou encore l’introduction de nouvelles taxes pour limiter la casse. Mais un gouvernement populiste, qui a été élu avec un relativement faible pourcentage de votes (37 %) et des cadeaux électoraux à la pelle, peut-il se permettre d’aller aussi loin, avec ou sans coronavirus ?

Tout compte fait, comme cela a été le cas pour combattre le virus, du moins jusqu’ici, le gouvernement ne pourra pas surmonter l’épreuve tout seul. 

Jugnauth et Padayachy, ainsi que le reste du gouvernement, ont besoin d’être aidés par l’opposition, la société civile, les syndicats et la presse. L’heure n’est pas à la «petty politics». Il faut voir les choses autrement, avec de nouvelles lentilles. Le changement des habitudes et des postures usuelles devient urgent. Le bon sens se doit de prévaloir chez les uns et les autres. Mais ce n’est pas gagné, tant les divergences restent grandissantes et que le dialogue des sourds perdure. “We can already see this in the Trade Unions’ current display of “mentality of entitlement” to everything (…) The trade union movement typically wants no change to any acquired right, no disruption to the traditional way of doing things, no PRB delay, no reduction in any benefit, while the current crisis situation requires flexibility, adaptability, compromise and the courage to temporarily relinquish some benefits in order to enhance the chances of the unemployed to find jobs. Do not over-estimate solidarity. It goes away like a flower in the wind!”, observe notre confrère Lindsay Rivière, en page 5. “From now on, we will all be either among the ‘smart’ people who choose to adapt or else among the modernage ‘sans comprend’. There is no in-between.”

Dans les jours et mois qui vont suivre, l’on verra les signes de la détresse économique du pays si on n’arrive pas à travailler ensemble pour affronter les retombées de la pandémie. A nous d’utiliser cette opportunité de «come together» afin d’intégrer une bonne dose d’égalité et de durabilité sociales dans cette reprise. Il faut oublier hier et réinventer une nouvelle ère de prospérité. Pour beaucoup d’entre nous, il est déjà trop tard pour changer, mais on n’a plus le choix : il y va de l’état du pays comme nous voulons le léguer à nos enfants, les pauvres !

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