MAI-75, 45 ANS APRÈS

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Les garçons et les filles qui ont fait Mai-75 ont la soixantaine bien sonnée, aujourd’hui. 45 ans après, que nous reste-t-il de cette révolte des collégiens du public et du privé et des étudiants de l’université ? Que nous reste-t-il des revendications de ces centaines de jeunes Mauriciens qui hurlèrent leur frustration et leur ras-le-bol, le 20 mai 1975, devant les inégalités dont ils souffraient ? Quel héritage nous ont-ils laissé, surtout en cette période d’incertitude, marquée par le Covid-19 ? Un virus qui a mis à mal notre système éducatif…

Aujourd’hui, combien de collégiens ou même d’étudiants savent que le 20 mai 1975, des centaines de jeunes comme eux – les plus jeunes avaient entre 11 et 12 ans – se sont fait tabasser par le pouvoir gouvernemental et policier de l’époque, sur le fameux vieux pont de la Grande-Rivière-Nord-Ouest, parce qu’ils réclamaient une meilleure justice sociale, une égalité des chances transparente, un meilleur système éducatif, la fin du népotisme, un travail décent pour les jeunes diplômés, le retour à une vraie démocratie ? Bien peu, gageons-le, hélas…

Il y avait, à l’époque, un climat social particulier. Le pouvoir politique en place avait instauré l’état d’urgence. La démocratie de notre jeune nation tout juste indépendante était bâillonnée : renvoi des élections générales de 1972, l’abrogation des élections régionales, la presse soumise à la censure d’État, les syndicats réduits au silence, les rassemblements interdits, le chômage qui se généralisait. L’éducation était payante et pas accessible à la masse. Les rares collèges privés étaient dans un état lamentable, abrités dans des maisons délabrées, au mobilier vétuste, avec des enseignants mal payés et souvent sans diplômes. Il n’y avait que quatre collèges d’État, qui prenaient la part du lion du budget annuel du ministère de l’Éducation. Le pouvoir politique peinait à faire décoller notre jeune démocratie.

Tout ce contexte sociopolitique provoqua des ébullitions, des bribes de révolte, chez certains étudiants de l’université de Maurice tout d’abord. Cela, quelques mois avant les événements de Mai-75. Un foisonnement d’idées nouvelles surgit : la lutte contre le communautarisme institutionnel et contre le sectarisme, la reconnaissance du kreol mauricien, le rétablissement de la démocratie participative, et surtout une remise à niveau du système éducatif trop élitiste. Puis la contestation gagna les rangs des collégiens et déboucha sur le fameux face-à-face du tandem Régis Chaperon-John Rewcastle, respectivement ministre de l’Éducation et «Security Adviser» d’une part, et, d’autre part, la foule de collégiens et d’étudiants qui marchaient sur Port-Louis, vers le Parlement où siégeait le gouvernement ce mardi 20 mai 1975. Il y eut beaucoup d’enfants blessés.

Mais à cause de cette révolte estudiantine, le pouvoir céda et en 1976, le Premier ministre, sir Seewoosagur Ramgoolam annonça, entre autres, l’éducation gratuite pour tous et l’abaissement de l’âge de vote à 18 ans. Il eut aussi la fin de l’état d’urgence et le rétablissement des élections et des droits des citoyens.

Notre système éducatif actuel a beaucoup d’avantages. C’est une des victoires de Mai-75. Une éducation pour tous, gratuite (ou presque) et accessible. Mais nous produisons aussi, depuis des années, des jeunes qui sont broyés par un académisme institutionnel et beaucoup sont laissés en bordure de route. Une pyramide du savoir qui laisse très peu de place à la réflexion, à l’altruisme, à la philanthropie. Des enfants qui sont formés dès leur jeune âge à ne penser que pour eux, à recevoir sans rien donner en retour. Nous produisons des jeunes qui n’ont, pour la plupart, aucune conscience politique ou idéologique. La faute au système ? Le Covid-19 vient remettre en doute (heureusement ?) le «confort» dans lequel s’est enlisé ce système, avec de grands changements qui se font déjà entendre, à tous les niveaux. Plus rien ne sera comme avant.

Après Mai-75, il semble que la jeunesse mauricienne s’est endormie. Où se trouvent les cercles de réflexion de nos jours ? S’il y en a, ils sont marginalisés. Les collectifs citoyens crient souvent dans le vide. Les milliers de «likes» sur les réseaux sociaux se réduisent comme peau de chagrin quand il faut descendre sur le terrain. La jeunesse d’aujourd’hui se sent mieux, semble-t-il, derrière l’écran anonyme de son smartphone. Pourtant, ce ne sont pas les sujets de discussion qui manquent dans la société. Cela fait longtemps qu’on n’a pas entendu nos jeunes s’exprimer sur leurs préoccupations. Alors, il est mort, l’esprit de révolte et d’innovation ?

LA CHRONIQUE DE… CRONOS

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