Couvre-feu boursier

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Imaginez que nos banques fermaient leurs portes pendant le confinement national. Tout le monde se serait posé des questions sur leur capacité à surmonter la crise due à l’épidémie de Covid- 19. À leur réouverture, une panique bancaire aurait pu avoir lieu. S’il n’y a pas eu de jour férié pour les banques, on ne comprend pas la décision de la Stock Exchange of Mauritius (SEM) de suspendre les activités de la Bourse de Port-Louis le 20 mars. 

Ce qui est encore plus incroyable, pour ne pas dire comique, c’est que la SEM le fait de son propre chef, et ce n’est que sept jours plus tard que la Financial Services Commission (FSC), en tant que régulateur, émit une directive dans ce sens pour dire que «the ORDER issued by the Commission to the Stock Exchange of Mauritius Ltd takes effect from 27 March 2020». Est-ce à dire que la SEM s’est mise en porte-à-faux durant la première semaine ? 

Quoi qu’il en soit, il n’y avait aucune raison valable pour que notre marché boursier fût soumis à un couvre-feu. Le coronavirus n’est pas un virus informatique. Les Stock Exchange (Conduct of Trading Operations) Rules 2001 ne contiennent aucune disposition concernant une fermeture pour force majeure, sauf en cas de panne du Automatic Trading System. Si cela s’avérait, au lieu d’être un moteur de changement en Afrique, la SEM devrait prendre l’exemple sur les Bourses africaines qui fonctionnent sans problème dans l’ère des échanges et des règlements électroniques.

Alors que la SEM ne rate aucune occasion de vanter sa «stratégie d’internationalisation », alors que la FSC se targue de son «centre financier international», Maurice choisit de confiner sa Bourse de valeurs pendant que les autres places financières continuaient d’opérer, comme le montrait le terminal de Bloomberg. C’était un très mauvais signal envoyé aux investisseurs étrangers. Un gestionnaire de fonds ayant investi une partie de son portefeuille à Maurice ne pouvait pas liquider ses actifs mauriciens quotidiennement. Il réfléchira à deux fois avant de revenir investir ici.

Relations incestueuses

La Bourse de Port-Louis ne doit pas être un club privé où ce sont les intermédiaires qui décident de la suspension de ses opérations. Selon un journal, celle-ci aurait été décidée «à la demande de la Port-Louis Stockbroking Association ». Quand on voit les relations incestueuses entre les banques et certaines sociétés de bourse, ainsi que l’influence dominante qu’exerce le gros capital sur les esprits, on n’est guère étonné de ces intérêts communs à empêcher un effondrement des cours. Or, ce n’est ni aux brokers ni aux autorités boursières de décréter que les prix des actions doivent cesser de chuter. Un marché, ça monte et ça descend. 

Un arrêt de la Bourse a des conséquences trop importantes pour qu’on s’en tienne au communiqué du 27 mars de la FSC : «The Commission is of the view that the orderly transaction of business on the securities exchange is being or is likely to be adversely affected due to the occurrence of the total lockdown.» La FSC ne dit pas comment le marché boursier serait affecté. Elle cite l’article 133 (2) de la Securities Act 2005 sans préciser qu’il s’agit des conditions liées à une catastrophe naturelle et à une crise économique ou financière. 

Si c’est en raison d’une catastrophe naturelle, une épidémie virale est-elle du même genre qu’un cyclone, une inondation, un séisme ou un tsunami ? Qu’est-ce qui est si spécial à Maurice par rapport aux autres pays ? Si c’est à cause d’une crise économique, elle sera là pour encore très longtemps.

La vraie motivation, on l’aura compris, c’est la peur d’une panique financière. Mais geler le marché n’est pas la réponse à celle-ci. Les grandes fluctuations du marché sont des symptômes, et non des causes, de la crise. On ne peut pas blâmer l’efficacité du marché à refléter la réalité, à savoir que les bilans des sociétés cotées ne sont pas assez solides face à un choc économique. Le blâme doit se porter plutôt contre la direction de l’entreprise.

Il existe trois bonnes raisons pour lesquelles une suspension du marché boursier va à l’encontre du but recherché. Premièrement, les gens tendent à paniquer lorsqu’ils n’ont pas accès à leurs biens. C’est ainsi que se développe une mentalité de ruée sur les banques. Et les marchés étant imbriqués, l’arbitrage devient impossible.

Deuxièmement, une fermeture durant une panique entraînera une autre, car les investisseurs, craignant cette éventualité, vendront leurs actions. En septembre 1873, une panique gagna la Bourse de New York, qui stoppa alors ses opérations. En raison de ce précédent, la peur panique fut un facteur du crash boursier d’octobre 1929.

Troisièmement, l’intervention des autorités crée un aléa moral, un «free lunch» pour les spéculateurs. Certains de ce soutien à chaque crise, ils se complaisent dans leurs excès et forment une bulle financière. Seule une chute boursière les punit pour cela.

Mais à la Bourse de Port-Louis, ils sont protégés par le couvre-feu.

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