Et si demain...

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Vous avez remarqué comment votre vie a changé 

Non, je ne parle pas du fait que vous ne sortez plus, n’êtes pas au travail, ne pouvez plus aller flâner au «mall» et y faire quelques courses. Non, je pense plutôt aux conséquences de cette nouvelle donne que l’on appelle gentiment «lockdown» et qui est très officiellement décrétée être «pour notre bien». Si elle l’est vraiment, elle devra d’ailleurs peut-être se voir prolongée…

Ne sortant plus, vous faites moins d’exercice et votre monde est soudain réduit à une peau de chagrin : du lit à la cuisine, de la cuisine au salon, du salon au lit ; pour plutôt mal court-circuiter Brel. Votre pompe à hormones travaille sur «slow». Fini le temps du «medium» ou du «medium fast», à moins que la petite unité familiale que vous voyez désormais 24/7 ne vous tape un peu trop sur les nerfs ! Il y a bien la télé, où l’on peut se réfugier dans des «séries» à satiété, mais votre préférence pour «Vikings» ne rejoint pas celle des autres pour «Mademoiselle Zazie»... Alors, il vous reste le laptop ou la 3G et l’évasion par écran interposé, mais celui-ci vous ramène continuellement à ce qui vous a confiné à la maison en premier lieu : le Covid-19. Votre constat ? Je suis prisonnier ! Que c’était bon d’être libre ! D’avoir un peu de variété et d’imprévus dans la journée ! Et vos exigences au bureau pour passer plus de «quality time» avec la famille ? - Ben, ma foi, c’était des fariboles… à moins que vous n’ayez beaucoup d’atomes particulièrement crochus.

Le «lockdown» complet jusqu’à mardi prochain n’est évidemment pas seulement cette image un peu «bourgeoise», un peu routinière même. Pour la plupart des citoyens, la considération première a été les «commissions», du gaz à la farine, du savon au mantègue. Le gouvernement a tenté de réagir à ces besoins en organisant des colis de denrées de base. C’était nécessaire, mais ça se prépare généralement une petite semaine à l’avance, pas le soir même d’une conférence de presse où l’on fait appel à la bonne volonté de ceux qui peuvent assurer la distribution ! Le risque, dans ces conditions, est qu’il y aura au moins autant d’insatisfaits que de satisfaits : les adresses du «Social Register» ne seront sûrement pas très à jour, les colis seront de «nécessité» inégale, on va sans doute s’engueuler un peu – il n’y a qu’à penser à certaines images du bulletin télévisé où l’on distribue des vivres dans des camps de réfugiés ! Et nous sommes bien tous, pour l’heure, des réfugiés !

La solidarité mauricienne, on la sent, elle est bien réelle et elle s’organise tant bien que mal. Un «Covid-19 Solidarity Fund» dans ce contexte soulève de vraies envolées d’altruisme. Vraiment dommage que ledit fonds souffre de manque de transparence ; exception faite des numéros de compte à créditer. Qui va s’en occuper et selon quels critères ? N’est-ce pas un minimum à préciser dans un pays qui a rongé sa crédibilité en kidnappant 50 % des fonds de CSR du privé, avec des motivations jusqu’à maintenant plutôt nébuleuses ?

Mais il me semble qu’assis à une extrémité d’une pandémie qui met le monde entier aux arrêts, il n’est plus tout à fait seyant de blâmer nos réponses au coronavirus, qu’elles soient planétaires ou locales. Tout n’a pas été parfait, c’est clair ! Depuis les Chinois qui farfouillent au début et interdisent à leurs médecins d’en parler, aux Américains menés par Trump qui, lui, fait la promotion de son «sixième sens» («hunch») optimiste face aux conseils beaucoup plus inquiets de ses conseillers scientifiques, on peut, partout, trouver à redire. Surtout ex post facto. Mais ça va servir à quoi ?

Ce qui est certain, c’est que la menace est grave et conséquente. Au minimum, le Covid-19 est beaucoup plus contagieux que l’influenza saisonnière. Le nombre de personnes qui peuvent être infectés par un seul porteur du Covid-19 (Ro), sans confinement, se situerait entre 2 et 4, comparé à 1,2 pour l’influenza. C’est pourquoi la distanciation et la quarantaine sont si importantes ! Si l’influenza tue aussi, avec un taux de létalité de 0,1%, le Covid-19 est au moins 8 fois plus mortel (cas sud coréen) et peut-être même 90 fois plus mortel (cas italien). Les caractéristiques des populations et la réactivité des pays comptent bien évidemment pour expliquer ces variances. Par exemple, plus on teste et plus on identifie des cas, plus le taux de mortalité paraîtra bas. C’est pourquoi des spécialistes estiment que l’indicateur coréen est plus proche de la vérité.

Ainsi, à vendredi, maintenant que les tests se font plus fréquents chez Trump, il y avait déjà plus de cas de coronavirus aux États-Unis qu’en Chine, dont la population est pourtant quatre fois plus importante ! On comprend dès lors que Trump téléphone à Xi. Comment expliquer, par ailleurs, qu’il y ait deux fois et demie plus de morts en Italie qu’en Chine ? Une population plus vieille ?

On discute et on chipote sur l’incidence de l’épidémie sur… l’économie et une «cervelle» comme Jacques Attali va même parler d’une réduction du PIB mondial jusqu’à 20 % cette année, sur la base d’une reprise partielle au 3e trimestre. Les effets seront d’évidence dévastateurs ! Cependant, sur la base des informations les plus actualisées, la priorité est ailleurs, pour le moment, d’autant que nous ne cesserons pas de faire des erreurs, que les populations ne sont pas toujours disciplinées, que la 2e vague est toujours plus meurtrière et qu’un Covid encore mutant reste évidemment possible.

La priorité se trouve dans ces camions militaires transportant des morts ailleurs parce que les incinérateurs locaux sont débordés. Elle se trouve dans ces hôpitaux espagnols ou italiens où l’on doit choisir qui laisser mourir. Elle se trouve chez ces hommes et femmes de courage, à l’hôpital, aux centres de quarantaine, dans les labos de recherche. Elle se trouve dans ces élans d’entraide, de solidarité, d’inventivité et d’empathie qui nous éloigneront peut-être enfin des automatismes présents favorisant le chacun pour soi, la cupidité, la méchanceté et l’esprit mesquin.

 Et si demain n’était vraiment plus comme avant

 
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