Coronavirus : Il nous faut toucher le fond avant de remonter

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Les derniers chiffres du coronavirus donnent le tournis et nous font imaginer… le pire. Plus de 605 000 cas déclarés dans 183 pays et territoires à travers le monde; la barre des 100 cas franchie dans notre pays à nous. Un record de 832 morts en 24 heures en Espagne — où le pic hospitalier est prévu dans 10 jours. L’épicentre de la pandémie qui voyage et qui se trouve, désormais, aux États-Unis, avec plus de 104 000 cas; Donald Trump, qui a pris tardivement conscience de la dangerosité du Covid-19, et qui oblige les géants de l’automobile, dont Ford, à freiner leur production de voitures pour fabriquer des respirateurs en urgence (afin de ne pas avoir à choisir qui doit mourir ou qui doit rester en vie). L’OMS qui réalise que le nombre de cas diagnostiqués n’est pas un tableau réaliste, car beaucoup de pays n’ont pas suffisamment de kits et ne testent que les cas critiques qui nécessitent une hospitalisation, alors que d’autres, comme nombre de pays en Afrique, n’ont même pas le test. L’Italie qui demeure, à ce jour, le pays le plus touché mortellement, avec plus de 9 000 décès… Le pape, au Vatican, qui multiplie les prières, en levant la main au ciel… 

Pratiquement partout dans le monde, les rues sont désertées. Les autres guerres sont mises en veilleuse (tant mieux !). L’odeur de la mort qui flotte dans l’atmosphère et les images d’hôpitaux saturés semble avoir conscientisé les gens sur le fait que le confinement total, qui chamboule notre quotidien à tous, demeure notre unique salut face à ce virus pernicieux, dont on n’arrive pas à percer le code, malgré les essais cliniques tous azimuts. Indistinctement tout le monde est touché, soit par le virus lui-même, soit par les mesures pour le contenir, ou encore par les conséquences économiques et sociales de l’arrêt total. Mais le plus gros changement se passe, sans doute, dans la psyché des individus, comme vous et moi, qui vivons ces jours-ci une situation inédite, une situation bien partie pour marquer les esprits des générations entières, comme celles ayant vécu les deux guerres mondiales et qui en parlent encore, les yeux émus malgré le passage du temps.

Confinés, en effet, entre quatre murs, privés de liberté, il se passe bien des choses dans notre tête. La peur de l’autre, le doute par rapport à la durée du confinement, l’appréhension par rapport aux denrées alimentaires ou la reprise ou non-reprise des affaires, l’absence de contact social. La vie va-t-elle changer pour de bon ? De manière drastique ? Est-ce fini les jours heureux, insouciants, quand on pouvait tout acheter, aller où on voulait, se regrouper, ou prier en assemblée si vous êtes croyants ? La crise passée, enfin si jamais elle passe, il nous faudra décortiquer les nombreux mécanismes liés au Covid-19. Mais, pour l’heure, il nous faut, sans doute, conjuguer nos efforts et mettre de côté nos différences pour aider le gouvernement, et partant nous aider nous-mêmes, à nous sortir de ce cauchemar qui perdure. L’heure n’est pas vraiment à l’analyse des faux-pas (ils sont assez nombreux ici à Maurice, comme c’est aussi le cas en Angleterre, en Europe et aux States, entre autres), qui ont jalonné la gestion de la crise sanitaire. Là on est encore au milieu du tunnel. Fixer le rétroviseur ne servira pas, ni lire les écrits saints, ou les predictions de tous les Nostradamus de la terre.

Toute analyse dépendra en fait de la longueur de la crise. Et à ce stade personne ne peut prédire demain – ni les astrologues, ni les religieux, encore moins les politiciens ou les économistes dont les estimations de la croissance mondiale changent au jour le jour, à mesure que les chiffres du nombre de morts tombent. Tout cela fait craindre le pire, surtout quand votre ministre de la Santé, à l’instar d’un Kailesh Jagutpal qui a perdu de sa superbe, vous demande de… prier. Preuve s’il en fallait que la science est impuissante. Or, il est bien plus important pour un pays de focaliser à la fois sur l’immédiat et sur la recherche médicale, et ce, dans une tentative désespérée de ramener à moins d’un an, si possible, la commercialisation tant nécessaire d’un vaccin qui nous permettrait, enfin, de reprendre notre vie, peut-être pas comme avant, mais de la reprendre quand même, sans confinement, et sans masques. Des chercheurs de l’Imperial College de Londres estiment que les normes sociales ont déjà changé et que cela va durer bien au-delà de ce que nous pouvons envisager. «We think that elements of the new normal – social distancing, self-isolation, rolling lockdowns – could last until September 2021», écrivent-ils dans un rapport destiné aux scientifiques du monde entier

Alors que se passera-t-il donc ? Les analystes de l’Imperial College et d’autres universités, qui ont tiré des leçons des grands événements qui ont transformé le monde, avancent que «there are analogues in the way that countries adapt to traumas like war and famine, in the global west at least, this situation is unprecedented in the modern age. Already, the impact of the coronavirus crisis on everything from the economy to social interactions to the environment has been enormous (…) One thing is close to certain: things will get worse before they get better.» Beaucoup d’experts et de Think Tanks, dont les conclusions guident nos politiciens, estiment que la pandémie ne prendra pas fin avant trois mois au moins; et là aussi ils se veulent optimistes. «Restrictions on movement will only get more severe over the next 30 days. With no one commuting, city centres will be deserted. Building sites will go quiet and shops, bars, restaurants and pubs will remain shuttered.» Entre-temps les supermarchés vont se réinventer et les livraisons à domicile deviendront incontournables (les balbutiements notés ces derniers jours sont donc un passage obligé). «An additional 15 million supermarket visits in the week ending 17 March (the first week of social distancing) was observed in Britain, compared to the same week in February. The average spend was up, too, climbing 16 per cent (…) Supermarkets actually account for only about 60 per cent of the food we [normally] consume. The rest comes from your Friday fish and chips, your Saturday brunch, etc. If 40 per cent [of the food supply] is cut off, and 60 per cent has to deal with 100 per cent, well, you’ve got stress and strains. It’s inevitable», souligne Tim Lang, Professor of Food Policy à City University, London. 

Et puis, dans trois mois, on verrait surtout les signes d’une économie mondiale en pleine récession. L’économie connaîtra le même sort visible que les centres de santé : soit un écroulement généralisé. Travailler de la maison ne sera plus une exception, mais deviendra la nouvelle norme… pour ceux qui arrivent à conserver leur emploi. Pire, ceux qui sont doués et productifs pourraient aussi perdre leur emploi si leur entreprise n’arrive plus à être profitable dans ce monde post-pandémie. «The test for our society is how we look after those who lose out once society reorders itself. Whether the sense of shared responsibility for the most vulnerable, which emerged when the pandemic first took hold, continues once it abates. And whether we will sacrifice our own opportunities in order to protect those whose opportunities are being taken away», souligne-t-on. Dans la zone euro, l’OCDE envisage une croissance zéro. L’impact vient des mesures de confinement. «C’est très perturbant pour la confiance que les personnes et les entreprises peuvent avoir en l’avenir. On a donc des effets sur la confiance, la consommation, le bienêtre des personnes et sur les marchés financiers», analyse Laurence Boone, économiste en chef de l’OCDE. «Si on suppose que c’est un choc temporaire – ce qui est un scénario raisonnable – qui dure deux ou trois mois, on a plein d’outils politiques et économiques pour atténuer l’impact sur l’emploi. Celui-ci dépend donc beaucoup de la réaction des gouvernements et de la durée réelle de la pandémie…» 

***

Terminons quand même sur une bonne nouvelle. Dans La vita è bella, Roberto Benigni nous pousse à chercher le beau dans tout cauchemar. Depuis que le monde tourne au ralenti, la planète, elle, respire à nouveau. Même si on n’entend plus Greta Thunberg, il est encore tôt pour parler d’un impact positif sur le changement climatique. Et ce, même si l’on mesure une baisse importante de polluants atmosphériques depuis que les avions et voitures ne sillonnent plus le monde comme avant. Philosophiquement, cela pourrait nous amener, du moins espérons-le, à une prise de conscience. Peut-être arrêterons-nous de focaliser sur la croissance économique et de placer l’économie d’abord. Quand l’individu est touché sur le plan personnel, et qu’il voit ses contemporains tomber comme des moucherons, il se remet en question… Cela pourrait donc créer un déclic par rapport à nos habitudes et au changement climatique. Plus que jamais nous savons que nous sommes vulnérables et que des passagers sur cette terre qui en a vu des pandémies.

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