L’éternel recommencement

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En économie, pourrait-on dire, tout est éternel recommencement car tout est question de demande et d’offre, et que cette équation est dynamique. Remontant dans l’histoire, c’est la demande européenne pour les épices qui pousse les Hollandais à affronter le long voyage autour du Cap de Bonne-Espérance pour l’exploitation des Moluques.

Le livre passionnant de J. Maurice Paturau, Histoire Économique de l’Île Maurice, indique que vers 1649, les directeurs de la Compagnie Unie des Indes Orientales (VOC) demandent au gouverneur hollandais basé localement de restreindre l’abattage d’ébéniers à 400 unités par an, «le marché de l’ébène étant encombré en Europe». Par contre, l’offre de viande locale était extrêmement généreuse à 3 kilos (!) de viande de cerf, de cochon marron, de dodo, de tortue, distribués par jour à chaque homme, possiblement parce que les chasseurs sont payés alors que la viande est gratuite ! La demande pour de l’arak, y compris pour les bateaux qui relâchent au Port Sud-Est, étant forte, on en produit…

C’est la base de départ de la canne à sucre. Vers la fin de l’occupation hollandaise, il y avait à Maurice, 9 à 10 arpents sous canne à sucre produisant 6 000 litres d’arak, qui se vendent 3 sous la pinte aux locaux et 10 sous la pinte aux étrangers de passage ! Il faut un début à tout et les rats furent de redoutables concurrents ! Sous la colonie française, répondant à la demande, on a produit du poivre, du café, du fer, du riz, du maïs, de l’indigo, du blé… Mais, au fil du temps, les ordres coloniaux mènent à la spécialisation et au King Sugar dominant, représentant éventuellement 95 % de nos recettes de devises.

Si le siège de la Banque centrale a beaucoup changé, sa mission reste la même.

Entre 1794 et 1810, les Anglais contrôlant les mers, ce sont les corsaires et leurs prises qui font, effectivement, vivre la colonie et ce sont les bateaux américains qui assurent une bonne partie de la «demande» en achetant ici, moins cher, les produits de la rapine qu’il leur fallait autrement acheter légitimement à Calcutta !

Ce rapide regard en arrière souligne l’absolue nécessité de l’adaptation économique, sauf quand artificiellement imposé par l’ordre colonial/bureaucratique. À partir des années 1960/70, d’ailleurs, l’île Maurice change de cap pour échapper à la malédiction Meade et à la stupidité de la tonne de sucre par tête d’habitant.

L’industrie de substitution mène d’abord au savon, à la margarine, à la peinture et aux ouvertures métalliques, et donc à une concurrence téméraire avec Gossage, Unilever, Imperial Chemicals ou Crittall, même sous la protection de tarifs douaniers. Suivent le tourisme (profitant des avions long-courriers qui remplacent trois escales par une seule, puis même par le direct de l’Europe !), la zone franche de Poncini/Arouff/Lim Fat, les services financiers et l’offshore, un secteur ICT.

Au moment de l’Indépendance, l’économie mauricienne
dépendant quasi exclusivement de la canne à sucre.

Cependant, ces jours-ci, le tourisme est menacé tant par le changement climatique que par les pandémies, le textile s’épuise et a déjà vu péricliter Palmar, Tex, Tara et d’autres. L’industrie manufacturière se bat vaillamment, presque sans filet de protection maintenant, mais rêve d’économie franchement plus circulaire face aux importations multiples et compétitives qui déferlent sur nos étagères. L’industrie cannière valorise, pour le moment, plus l’avenir de la bagasse que celui du sucre et même le secteur offshore doute dans le sillage de listes grises dimensionnées et imposées par tiers.

Nous sommes dans une mauvaise passe et nos initiatives budgétaires passées «grand genre» réduisent grandement nos options. Et puisque nous ne pouvons nous convertir à nouveau en corsaires des hautes mers, il ne nous reste plus qu’à nous réinventer en retournant aux valeurs immuables dont l’offre a été réduite : méritocratie, travail, rigueur, adaptation, intégrité, indépendance institutionnelle pour scotcher népotisme, paresse, mollesse d’esprit, routine, corruption et pensée unique institutionnalisée, partout où cela est nécessaire. C’est sans doute là que se trouve le changement de paradigme le plus sûr qu’il nous faut en ces temps de défis bien réels !

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