Le défi démographique

Avec le soutien de

À de rares exceptions près, le propre de l’humain, c’est de n’être conscient que du présent ou du futur (très) immédiat. Bien trop souvent, la toile de fond du passé qui illustre le chemin parcouru ne semble l’intéresser que s’il peut s’arc-bouter sur du ressentiment, et donc sur la promesse de compensation, soit pécuniairement, soit, plus fréquemment, électoralement. Le futur n’intéresse, relativement parlant, que si l’on pense, littéralement, au lendemain. Le long terme, l’après-demain, pour effrayant qu’il soit, sera l’affaire de quelqu’un d’autre, y compris dans le monde capitaliste, obnubilé par la perspective courte et les résultats du prochain trimestre.

Ce pays, comme toute l’économie mondiale, a été construit sur une quête perpétuelle de croissance, y compris celle des populations. Nous vivions bien dans ce paradis sans béton, et certainement de manière plus autonome en termes de production de nourriture, que nous souhaite Rezistans ek Alternativ. En 1861, nous étions 158 habitants au km2. En 2011, 628, soit 4 fois plus ! Le retour en arrière n’est plus possible !

La population actuelle se chiffre à 1,27 million environ. Un humain sur chaque 5 900 est donc Mauricien ! Surpris ? Faites le calcul ! Cependant, l’hypothèse de croissance permanente s’effrite. La natalité baisse, l’espérance de vie se prolonge et la pyramide d’âge voit donc s’éroder sa base. Statistics Mauritius indique qu’entre 2000 et 2011, il y avait 42 500 jeunes de moins chez les -19 ans et 49 014 de citoyens de plus chez les +60 ans. La tendance est claire : il faudra convertir des écoles en maisons de retraite et enseigner la gériatrie aux profs !

Cette tendance ne va pas s’inverser. Les bénéficiaires de la pension de vieillesse ont augmenté à 267 000 en 2019 et la pension mensuelle qu’on leur paie épouse la même courbe ascendante (Rs 5 800 et 9 000 en 2019 et Rs 13 500 promise en 2024). Selon le MCB Focus No 76, s’il y avait, en 2017, 6,7 citoyens travaillant pour chaque pensionné de +65 ans, il n’y en aurait plus que 3,2 en 2037 et 2,3 en 2057 soit TROIS FOIS MOINS en 40 ans. Le nombre de -60 ans travaillant pour les +60 ans aura été réduit de 4,0 actuellement à 1,5 en 2057. Les projections de Statistics Mauritius ne disent pas différemment. En 2058, la contrepartie des 344 000 Mauriciens de +60 ans (soit 35,4 % de la population contre seulement 16,8 % en 2018) sera de 515 000 citoyens ayant le potentiel de travailler entre 15 et 59 ans. Le budget des pensions progressera de Rs 27,6 milliards en 2019 à Rs 49,1 milliards dans cinq ans !

Conclusion ? On ne pourra pas améliorer les infrastructures, consommer comme actuellement et mieux soigner les vieux avec une population décroissante. Améliorer la natalité ne suffira pas sans une grande révolution qui adopte la méritocratie partout, élimine la bureaucratie inutile et les «ti lespri», et métamorphose le produit scolaire, en triplant, par exemple, ceux qui sont «prêts pour l’université». En espérant qu’ils retourneront au pays !

En attendant, puisque ça va être long, il n’y a que l’immigration accélérée et ciblée de ceux qui cherchent notre douceur de vivre et qui pourront nous porter créativité, expertise, emplois solides et pouvoir d’achat…

Cependant, prétendants au passé sulfureux s’abstenir !

Publicité
Publicité
Rejoignez la conversation en laissant un commentaire ci-dessous.

Ailleurs sur lexpress.mu

Les plus...

  • Lus
  • Commentés