Weapons Made in Africa

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L’Afrique s’était promis d’en finir avec ses conflits armés d’ici 2020, afin de mieux focaliser sur ses autres défis, tels que les inégalités, la pauvreté, le changement climatique, la corruption, les flux illicites. Le sommet de l’Union africaine (UA), qui a pris fin hier à Addis-Abeba, vient, tristement, confirmer que les bonnes intentions ne suffisent guère. Terrorisme et extrémisme violent, conflits intercommunautaires et crises pré- ou post-électorales, guerres des ressources, affrontements dus aux identités plurielles, crimes organisés et trafics illicites (drogues/armes à feu), entre autres, demeurent légion à travers le continent. Au cours des décennies, les conflits ont changé de forme ; si les pays ne se battent plus entre eux, cela ne veut nullement dire que la paix s’est durablement installée. Du reste l’objectif renouvelé de «faire taire les armes» s’avère une façon commode et diplomatique de renvoyer aux calendes grecques cette promesse d’améliorer l’environnement sécuritaire du continent.

Sept ans de cela, dans le cadre du cinquantenaire de l’UA, les dirigeants du continent avaient pris solennellement l’engagement de «mettre un terme à toutes les guerres en Afrique d’ici à 2020». S’il y a eu des progrès, par exemple en Centrafrique ou au Soudan, d’autres conflits, du Sahel à la Somalie, du Cameroun au Mozambique, ont éclaté. Et viennent, aujourd’hui, s’ajouter à ceux qui affectent la Libye (où les Italiens et les Français s’affrontent indirectement pour le contrôle du pétrole) ou le Soudan du Sud (plus jeune pays au monde, qui n’a connu que quelques mois de paix, malgré l’assistance de la communauté internationale). C’est dire la complexité de la problématique sécuritaire et, partant, celle du développement socio-économique.

Oui, tous les discours le notent : les conflits continuent de limiter le développement de l’Afrique, alors que les ressources naturelles abondent. Tout le monde se prononce pour une Afrique sûre et en paix, sans que personne ne s’attaque vraiment aux causes profondes des conflits multiformes du continent ? Est-ce parce que les crises politiques et les conflits qu’on recense sont avant tout caractérisés par une diversité aussi grande que l’Afrique elle-même ? Ou est-ce la malédiction des ressources (ce qui nous met un peu à l’abri, ici à Maurice), qui est accentuée par le double discours des puissants de ce monde ?

Dans la presse, on tend à focaliser sur des pays, et à ramener les conflits africains à des échelles nationales. Or, un vaste éventail de ces menaces est d’ordre transnational et est interconnecté. Aussi, comme on le sait, l’histoire, qui n’a pas été tendre envers l’Afrique, a laissé des cicatrices béantes, aujourd’hui des vulnérabilités. Cela complique les solutions. Par exemple, l’Afrique de l’Ouest est une plaque tournante en termes de trafic de drogue, d’armes à feu, de personnes, or les approches ne sont pas toujours régionales ou sous-régionales, ou si elles le sont, il y a parmi les pays voisins des divergences incontournables et souvent insurmontables…

Les militaires font, d’autre part, pencher la balance avec leurs armes. Les relations entre civils et militaires sont cruciales pour la stabilité. Dans le temps, l’armée servait à protéger les régimes en place au lieu du territoire. Le problème aujourd’hui, dans nombre de pays, c’est que les soldats sont davantage des instruments du pouvoir en place, alors que leur rôle aurait dû être neutre. Aux problèmes des soldats, viennent se greffer ceux des armes en libre circulation, par dizaines de millions, sur le continent. Pas moins de 80 % de toutes les armes légères en Afrique sont aux mains de civils, selon le Small Arms Survey (SAS). Les civils, dont des groupes rebelles et des milices, possèdent plus de 40 millions d’armes légères et de petit calibre, tandis que les entités gouvernementales en détiennent moins de 11 millions, précise l’étude SAS 2019/l’UA, Weapons Compass: Mapping Illicit Small Arms Flows in Africa.

Dès lors, comme l’UA n’a ni stand-up army, ni armes de dissuasion, comment «faire taire les armes», si des puissances à l’instar de certains pays européens, la Russie, la Chine, les États-Unis, l’Inde, alléchées par l’odeur des matières premières, continuent à inonder le continent avec des armes à feu ? Autre signe d’un destin qui ne risque pas de s’améliorer : si le gros des pays africains importe son armement de l’Occident, pas moins de 11 ont commencé à fabriquer eux-mêmes leurs armes : l’Afrique du Sud, l’Éthiopie, l’Égypte, le Ghana, le Kenya, le Nigeria, le Soudan, la Tanzanie, la Namibie, l’Ouganda, le Zimbabwe… Cela va sans dire que ces armes «Made in Africa» ne ramèneront pas des devises dans les caisses, mais elles vont, certainement, tuer des Africains et faire perdurer l’instabilité…

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