Est-ce que c’est grave, docteur ?

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Généralement, cette question posée par un patient est révélatrice d’anxiété réelle et a pour base au moins un certain lot de faits concrets. On a de la fièvre et on pense méningite. On a un gaz gastrique rebelle et on pense cancer. Mais puisqu’on n’est pas soi-même médecin diplômé, on va consulter un médecin qui l’est et qui fera un examen plus complet, stéthoscope sur le cou, résultat d’analyses en main. La plupart du temps, on a heureusement eu peur pour rien, ou pour si peu. Malheureusement, de temps en temps, la question posée va au-delà de l’anxiété gratuite et relève au moins du flair et peut-être même de la divination.

L’état de l’économie, en particulier celui de la dette nationale, me fait ce même effet ces jours-ci. Sauf que l’on voit venir depuis longtemps déjà. La fièvre et le gaz sont bien présents. Indéniablement. Les médecins consultants du FMI et de la Banque mondiale auscultent ces jours-ci le patient de près, avant de pondre leur diagnostic et de recommander une posologie.

Les symptômes sont clairs. Rappelons que le dernier Article IV Report du FMI, publié en avril 2019, prévoyait l’endettement national à Rs 327 milliards ou 64,9 % du PIB au 30 juin 2019. Le MCB Focus No 77, quant à lui, prédisait que l’endettement national serait à 64,6 % à décembre 2019 en précisant bien que ce serait le cas seulement si les Rs 18 milliards provenant de la BoM étaient utilisés pour repayer la dette nationale au second semestre de 2019-20. Les Rs 18 milliards de la BoM ont bien été ponctionnés avant le 31 décembre, comme en témoigne le bilan de la Banque centrale publié à cette date. On peut supposer que ces Rs 18 milliards ont bien été utilisés pour repayer la dette nationale. Sinon, ça aurait servi à quoi d’autre au 31/12 ? Si les Rs 18 milliards sont encore là, pourquoi ne pas l’avoir annoncé, en toute transparence ?

Ceci situe bien les derniers chiffres émanant du ministère des Finances : si on a repayé Rs 18 milliards d’endettement (3,5 % du PIB) et n’ayant, par contre, payé que le mois de décembre en certains «cadeaux électoraux» (principalement le double mois de pension, soit Rs 4 milliards, dont Rs 1,4 milliard non budgétisé), la dette est annoncée à 64,9 % du PIB à décembre 2019 ! Sans les Rs 18 milliards, on en serait alors à 68,4 % ! Avec 5 mois de plus de pension augmentée par Rs 3 200/mois, on est nominalement à 69,1 % en juin 2020.

Il faut aussi se rappeler le «consolidated adjustment» de l’appendice F des Estimates du dernier budget qui voyait le gouvernement donner des directives au parapublic de convertir ses liquidités en bons du Trésor (Rs 18,5 milliards jusqu’en 2021/22, soit 3,6 % du PIB, dont Rs 6 milliards en 2019/20, soit 1,2 % du PIB). Si on ne peut pas vendre des actifs du gouvernement pour Rs 5 milliards jusqu’en juin prochain, c’est encore 1 %... On ne parle même pas des subsides riz/farine désormais émigrés à la STC, de la dette du Metro Express, de la NHDC et de Côte d’Or isolés dans des SPV garantis par le contribuable, des fonds de réserve de Sithanen asséchés depuis longtemps ou de nouvelles dépenses de nature capital dans les State-Owned Enterprises (SOE).

Or, l’objectif était de ramener la dette nationale en dessous de 60 % du PIB d’ici juin 2021. Et les marges de manœuvre : BoM, SPV, liquidités des SOE en tête, ont déjà été largement utilisées…

Est-ce que c’est grave, docteur FMI ?

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