Urgence climatique : Paroles et Actes (II)

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Le Forum économique de Davos, qui fête ses 50 ans, serait-il aussi le sommet de l’hypocrisie mondiale ? Alors que l’élite économique et finan­cière met l’accent, cette année encore, sur les voies et moyens pour combattre collectivement le chan­gement climatique, les journalistes sur place relèvent un nouveau record : celui du nombre de jets privés transportant les dirigeants politiques à Davos, qui a augmenté de 11% par rapport à l’an dernier. Un pa­radoxe ! Les jets privés viennent enfler la sempiternelle polémique sur la responsabilité des uns et des autres par rapport au réchauffement planétaire. Là-bas en Suisse, comme ici à Maurice, les «double discours» des principaux dirigeants politiques et des conglo­mérats sont vivement dénoncés. Pourquoi des jets privés et des berlines allemandes, alors que l’on aurait pu, pour montrer l’exemple, ou la rupture, privilé­gier d’autres moyens de transport moins polluants. (La déclaration des avoirs des politiciens mauriciens nous a permis de confirmer qu’aucun élu n’utilise les fonds publics pour rouler en voiture électrique ! Nos élus - ou leurs enfants - préfèrent manifestement les Turbo-Diesel-Injection). Mis au pied du mur par les militants écolos, les organisateurs du Forum de Davos ont essayé d’expliquer que «les émissions générées par le transport aérien seraient compensées par des initiatives en faveur de l’environnement», par exemple par des tables rondes sur comment sortir du carbone»...

La réalité des chiffres. Le rapport sur les risques mondiaux, publié mercredi 15 janvier, en marge du sommet de Davos, souligne que l’an dernier aura été une année historique en matière de feux de forêts, d’inondations et d’augmentation des émissions de gaz à effet de serre. L’on s’attend à ce que les risques environnementaux dominent à nouveau la liste des principales préoccupations cette année. Mais au lieu de secouer l’establishment, les organisateurs de Davos ont fait circuler un manifeste qui vient dédouaner des entreprises multinationales de toute responsabilité historique eu égard à l’aggravation du réchauffement climatique, mais aussi par rapport à la montée des inégalités ou l’évasion fiscale généralisée (comme le confirment les #LuandaLeaks). Le club des riches a voulu soigner son image à grands coups de com. Mais la mayonnaise pour se donner bonne conscience n’a pas pris. Plusieurs médias et ONG n’ont pas tardé à mettre en exergue le décalage entre les beaux discours de Davos et les chiffres réels prélevés dans différents coins du globe. Ainsi Greenpeace se fait fort de rappe­ler que dix banques (régulièrement présentes à Davos) financent, à elles seules, entre 2015 et 2018, le secteur des énergies fossiles à hauteur de 1 000 milliards de dollars. Une autre ONG a fait état de l’écart des salai­res : «Quand un patron moyen se rend – comme c’est le cas de plusieurs d’entre eux – au Forum économique mondial de Davos pour discuter des grands problèmes de la planète, il aura déjà eu le temps de gagner plus de huit fois ce que gagne le salarié moyen en Europe en toute une année. Les mêmes qui s’accaparent ainsi les richesses sous forme de dividendes ou de rémunérations astronomiques peuvent-ils prétendre aider à résoudre les problèmes sociaux et environnementaux qu’ils ont eux-mêmes créés ?» D’autres médias, qui se disent de gauche, dénoncent le fonds d’investissement BlackRock, pilier de Davos – qui est au centre d’une polémique pour son rôle dans la réforme contestée des retraites en France – annonçant (encore une fois) un réalignement de ses investissements pour tenir compte de l’enjeu climatique.»

Mais l’annonce d’un changement de cap ne se traduit pas vraiment dans la réalité...Même Greta Thunberg qui est très écoutée n’y arrive pas. «Le climat et l’environnement sont un sujet d’actualité au­jourd’hui, mais en pratique, rien n’a été fait : les émissions de CO2 n’ont pas diminué», a insisté la jeune Suédoise, qui a animé une session intitulée «Éviter l’apocalypse climatique». Donald Trump, qui n’a pas croisé Greta, (malgré un battage médiatique en faveur d’un tête-à-tête entre les deux personnalités aux vues diamétrale­ment opposées), demeure sceptique : «arrêter d’écouter les prophètes de malheur»...

***

Certes, comme petit producteur mondial de CO2, nous ne faisons pas le poids contre les États-Unis ou la Chine, mais il est rassurant de voir qu’on a réalisé, les cyclones et les inon­dations aidant, notre extrême vulnérabilité face à la montée des eaux et autres aléas naturels. En editorial, hier, on saluait la prise de conscience écolo­gique du gouvernement qui a dévoilé sa stratégie cli­matique dans le discours-programme vendredi. «ll y a eu quand même une embellie lors du discours-programme. Le besoin de développer une conscience écologique nationale semble faire son chemin alors que le centre d’enfouissement de Mare-Chicose est déjà saturé. Après avoir créé un mi­nistère pour s’occuper de l’Environnement, de la gestion des déchets et du changement climatique, le GM confirme son intention de nous éloigner des énergies fossiles. S’il y a bien un domaine qui devrait mobiliser gouvernement, opposition, citoyens, ONG, ambassades étrangères, touristes, c’est bien celui du changement climatique...Pour cela, les actes doivent surpasser le discours», faisait ressortir l’éditorial de l’ex­press-samedi. Maurice s’est déjà doté d’institutions né­cessaires et a atteint un bon degré de professionnalisme dans le domaine de la protection contre les cyclones, nous rappelait Philippe Boullé, ancien responsable de la Stratégie internationale pour la réduction des risques à l’ONU, il y a deux ans. Entre-temps, le pays continue à se développer. Le développement équivaut à de nouvelles vulnérabilités qu’il faut donc constamment s’efforcer de réduire, par exemple ce béton qui rend notre sol imperméable. Le gouvernement, l’opposition, et toute la population doivent donc travailler conti­nuellement à maintenir notre capacité de résilience...

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