Des paroles et des actes

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«C’est ensemble que nous réussirons», a conclu hier Pradeep Roopun, après avoir égréné, durant quelque 75 minutes, les différentes mesures du gouvernement de Pravind Jugnauth. Le nouveau président de la République, pourtant un habitué du Parlement, était quelque peu tendu pour son premier discours-programme, intitulé Towards An Inclusive, High Income and Green Mauritius: Forging Ahead Together. Pourtant face à lui, il y avait une assistance conquise, acquise 100 % à Pravind Jugnauth. Conformément aux souhaits de Ramgoolam-Boolell-Bérenger-Duval, aucun des 26 députés de l’opposition n’était présent hier dans l’hémicycle bon enfant et bien costumé, alors que dans la rue grouillante, le Mauricien lambda, pantalon retroussé, était bien plus intéressé par la progression de Diane, la tempête, de ses masses nuageuses, et des routes et ronds-points inondés.

Comme Kailash Purryag avant lui, Pradeep Roopun a rompu avec cette tradition inique qui faisait dire au gouverneur général et aux premiers présidents de la République «My Government» avant l’annonce de chaque mesure. C’était insensé car tout le monde sait que chez nous, c’est le Premier ministre, à la tête de l’exécutif, qui décide de tout, y compris du choix de Pradeep Roopun et d’Eddy Boissézon comme président et vice-président de la République.

Sur la forme, c’était un discours-programme plus ou moins fade, décousu, lu sans conviction, comme  une énumération fastidieuse de Bullet Points, assemblés à partir de manifestes électoraux.

Il y a eu surtout un survol rapide, avec pas beaucoup de détails, sur la façon de réussir une certaine «Inclusiveness at the Heart of the Nation». Ce n’est pas tout d’augmenter la pension de vieillesse (au-delà des Rs 500 promises au Parlement lors du dernier discours-budget) et ce, jusqu’au taux de Rs 13 500 d’ici 2024, ou de restaurer des unités CHA ou NHDC. L’inclusion est d’abord le droit de tout un chacun de servir son pays au plus haut niveau – pour cela il faudrait réformer le système électoral pour remplacer l’éthnicité par le mérite, et en permettant à chaque Mauricien de faire acte de candidature sans avoir à déclarer son appartenance ethnique.

Il en est de même pour l’éducation. Comment peut-on miser sur les «Skills for the World of Tomorrow» si seulement 30 % des élèves du School Certificate accèdent, en 2020, au HigherSchool Certificate ?

On a aussi du mal à comprendre comment le gouvernement de Pravind Jugnauth aspire à «Build the Economy of the Future», alors que les fondamentaux de l’économie (dette publique, déficit commercial et déficit de la balance des comptes) vont dans le mauvais sens, et alors que l’économie mondiale, dans laquelle nous essayons courageusement d’évoluer, ne connaîtra, au mieux, qu’une reprise molle, selon le FMI. Nos ambitions de parvenir à une économie à haut revenu – avec un PIB supérieur à Rs 500 milliards – ne se réaliseront pas uniquement par magie, en évoquant des termes comme «intelligence artificielle», «blockchain» et «technologie 5G». Pour réussir ces transitions, il nous faut, au-delà d’un Economic and Research Planning Bureau (certes nécessaire surtout depuis la disparition d’un ministère du Plan), développer des compétences pointues, en réinventant notre système éducatif essoufflé, favoriser l’émergence de l’esprit critique et de l’innovation, venir à bout des lenteurs administratives, attirer les investisseurs pouvant nous aider à sortir de notre middle-income trap (et de nos mentalités insulaires), afin de repenser notre modèle économique.

ll y a eu quand même une embellie lors du discours-programme.Le besoin de développer une conscience écologique nationale semble faire son chemin alors que le centre d’enfouissement de Mare-Chicose est déjà saturé. Après avoir créé un ministère pour s’occuper de l’Environnement, de la gestion des déchets et du changement climatique, le GM confirme son intention de nous éloigner des énergies fossiles. Certes, comme petit producteur mondial de CO2, nous ne faisons pas le poids contre  les États-Unis  ou  la Chine, mais il est rassurant de voir qu’on a réalisé, les cyclones et les inondations aidant, notre extrême vulnérabilité face à la montée des eaux et autres aléas naturels, et que nous faisons un effort collectif pour nous adapter au changement climatique et à ses effets néfastes. S’il y a bien un domaine qui devrait mobiliser gouvernement, opposition, citoyens,  ONG,  ambassades étrangères, touristes, c’est bien celui du changement climatique...Pour cela les actes doivent surpasser le discours.

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