Croire en la croissance

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Renganaden Padayachy, à sa première conférence de presse en tant que nouveau ministre des Finances, a appelé la population à croire dans le gouvernement du jour pour continuer le développement économique du pays. Croire, puisqu’il ne suffit pas de vouloir, c’est pouvoir. On ne peut rien réaliser si l’on ne croit pas dans ce qu’on fait. 

Mais n’est-ce pas plutôt l’État qui doit croire dans l’individu – l’entrepreneur, l’investisseur, le producteur, le travailleur – pour faire croître l’économie nationale ? L’interventionnisme étatique dans l’économie depuis des décennies a fini par faire croire aux gens que c’est le gouvernement qui crée la croissance économique quand, en fait, elle est la somme des actions individuelles, le résultat des décisions de chaque acteur qui investit, produit  ou  consomme.  Si  le  discours-programme de 2020-2024, qui sera présenté ce vendredi, veut imprégner une nouvelle vision, voire un «nouveau modèle économique», pour Maurice, au lieu de dire ce que l’État compte entreprendre, il devra nous interpeller tous par ce mot d’ordre : «Ask not what your country can do for you, ask what you can do for your country».

Pravind Jugnauth osera-t-il faire sienne cette phrase de John Fitzgerald Kennedy ? Il est permis d’en douter. Déjà son message adressé à la nation à l’occasion du Nouvel An était bien terne, trop fade pour booster le moral des opérateurs économiques. Si le Premier ministre n’a pas l’intention de bousculer les choses en ce début de mandat, pour mieux s’armer contre une opposition parlementaire unie, l’économie mauricienne risque de faire du surplace. Pourtant, actuellement, le soleil tape fort sous le ciel politique. Mais la météo économique, elle, annonce la grisaille. Et lorsque le soleil se couche, un gouvernement élu par seulement 37 % de votants sera emporté par les vents contraires qui agitent l’économie.

Avec son armée de conseillers en communication, le gouvernement gagnera à être résolument réformiste, ici et maintenant, afin d’amener la population à croire de  nouveau  en  la  croissance,  ce  terme  étant  un raccourci pour «croissance réelle de la production de biens et services». À l’heure où les thuriféraires de la décroissance font florès, il est impératif de promouvoir le sentiment que la croissance peut résoudre les principaux problèmes tels que le chômage, la pauvreté et les fléaux sociaux. À rebours du climat d’opinion qui affuble la croissance de tous les maux de la planète, seule la foi dans l’avenir, c’est-à-dire la conviction que demain sera meilleur qu’aujourd’hui pour toute la population, permet d’accepter les sacrifices imposés par un environnement favorable à la croissance.

La croissance économique nécessite donc la foi dans le progrès, laquelle ne doit pas se confondre avec un optimisme niais. L’optimisme revient souvent à nier les réalités pour surfer sur des apparences de surface, comme le Metro Express qui est un symbole de fausse prospérité. Il n’y a rien de mal à ce qu’un pays s’endette pour se développer, à condition que cela génère des gains de productivité. Or, comme les usagers de la route sont beaucoup plus nombreux que ceux du rail, le tramway entraîne une perte nette de productivité en provoquant davantage de congestion routière.

Une économie prospère par l’épargne et l’investissement s’ils sont bien canalisés. La consommation est certes le principal moteur de notre économie, constituant neuf dixièmes du produit intérieur brut (PIB). Mais la croissance ne se résume pas à une course quantitative à la consommation. Acheter moins d’équipements au profit d’appareils plus onéreux qui bouffent moins d’électricité, ce n’est pas une action qui va à l’encontre de la croissance. Cela correspond simplement à un glissement vers un modèle de croissance qualitatif. Mais c’est de la croissance ! Si un réfrigérateur moyen de gamme et un réfrigérateur écologique représentent chacun une unité de volume, le second, étant haut de gamme (à plus forte valeur ajoutée), pèse plus dans la comptabilisation du PIB, et donc son achat contribue davantage à la croissance économique.

Reste que le dieu de la consommation n’est pas l’archange de la croissance. Car la croissance est le produit d’une alchimie entre capital financier, capital physique et capital humain. Dit autrement, l’effort d’épargne permet l’investissement, et l’investissement fait naître la croissance en faisant travailler des machines et des hommes.

Ces dernières années, les Mauriciens se sont endormis dans la consommation et l’endettement, dont les effets pervers se feront sentir sous la présente législature avec une croissance désormais plus proche de 3,5 % que de 4,0 %. Alors que les pays émergents épargnent près de 35 % de leurs revenus et en réinvestissent un tiers, l’épargne mauricienne est à peine 10 % du PIB. Sans une affectation de l’épargne à des investissements de long terme, personne ne croira possible une croissance chevillée au corps, gage de résilience économique.

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