La transparence, la nudité et le pouvoir

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On sent une certaine pudeur de nos élus et une excitation des journalistes. Ivan Collendavelloo a avoué qu’il n’aime pas le «voyeurisme» qu’occasionne la déclaration des avoirs. En Kreol, on aurait dit que le vice-Premier ministre ne souhaite pas que le public «met lizie» sur les voitures et les propriétés des politiciens. Pourtant, en choisissant d’être un homme public, Collendavelloo ne peut pas se permettre de fuir ce besoin démocratique de transparence. Un «gagging order» n’est pas possible. À la rigueur, si Collendavelloo était un membre de la famille royale britannique, il aurait pu, comme Meghan Markle, échapper au «public scrutiny», et gagner sa vie autrement que par le biais des fonds publics. Comme avocat d’affaires (par exemple de Sobrinho ou de Maigrot), il aurait, surement, gagné 10, 20, 30 fois plus ?! Mais pour l’instant, il s’est fait élire in extremis en 3e position – il ne peut donc pas avoir le beurre et l’argent du beurre...

La transparence demeure un principe de base de la démocratie. Tous les ministres, parlementaires, élus de grande collectivité et hautsfonctionnaires de par le monde sont encouragés à remplir une déclaration d’intérêts – incluant des informations sur leurs revenus et patrimoine. Ces déclarations auraient dû être réactualisées chaque année. À Maurice, on a noté deux types de réactions. Pour ceux qui possèdent pas mal de propriétés, les internautes avancent : «C’est exagéré, il a trop de terrains, il n’est pas comme nous,... etc.» Pour ceux qui n’ont – nuance : que déclaré n’avoir – qu’une voiture : «Quel paumé ! S’il gère les finances du ministère, comme les siennes, on est foutu., il ment, il joue aux pauvres.»

 En France, grâce à l’affaire Cahuzac, tout un chacun peut désormais consulter le patrimoine des parlementaires grâce à la loi sur la transparence de la vie publique. Cahuzac avait menti en affirmant qu’il n’avait pas de compte en Suisse, alors qu’il y cachait... 600 000 euros. Chez nous, l’argent reste encore tabou. On ne saura pas combien de roupies ou dollars ont SAJ, Collendavelloo, Ramgoolam, Bérenger, ou Duval. Gageons qu’ils n’ont pas besoin de la pension de vieillesse.

Ce n’est pas que parmi les politiciens. Certes il ne s’agit pas de fonds publics mais tentez le test – comme un Anil Gayan, sans pudeur, l’avait fait en réclamant mon salaire publiquement (pourtant je ne touche pas d’argent des fonds publics, mais j’avais quand même joué le jeu de la transparence). Demandez à votre voisin, cousin, médecin ou mécanicien combien il ou elle gagne, vous verrez que vous n’allez pas vous faire que des amis. Pourtant notre société doit évoluer. Vers plus de transparence, mais pas nécessairement vers une nudité totale. Laissons à Collendavelloo son droit à sa vie privée, ses dessous et ses joujoux mécaniques, mais exigeons qu’il joue franc-jeu sur les fonds publics, c’est-àdire nos sous communs.

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 Vladimir Poutine aime trop le pouvoir. Il ne peut pas s’imaginer le perdre un jour. Son projet d’une nouvelle répartition des rôles au sommet de la Fédération de Russie, à l’issue de ce qui doit être son quatrième et dernier mandat présidentiel, en 2024, est parlant – et effrayant. La Constitution russe – actuelle – ne permet pas au président de remplir plus de deux mandats successifs. Atterri au pouvoir en 2000 après avoir été choisi par Boris Eltsine, Poutine a déjà eu recours dû à un artifice en changeant de poste avec son PM, Dmitri Medvedev, de 2008 à 2012. Puis il est revenu comme président en se faisant réélire en 2012, puis en 2018. À 67 ans, Poutine ne peut concevoir sa vie sans le contrôle d’un pays sur lequel il règne depuis 20 ans – le plus long règne depuis Staline, notent les observateurs politiques. Avec l’appui des forces de sécurité, Poutine est parvenu à marginaliser toute réelle opposition en Russie. Son rival, l’oligarque Mikhaïl Khodorkovski, a été gracié et exilé en 2013 après dix ans de prison. L’on prête au président Poutine l’intention de créer une Union de la Russie et de la Biélorussie. Certes il y aura un «vote des citoyens», mais ses manoeuvres sont manifestes : il sera de nouveau PM, mais avec des pouvoirs accrus ou prendra carrément la tête du Conseil d’État, comme un empereur d’antan.

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À Washington, DC, les sénateurs ont signé un «livre de serment» avant le début des débats relatifs à la destitution de Donald Trump.

 «Le poids de l’histoire est sur nos épaules, estiment-ils, nous ne pouvons nous permettre de trahir les citoyens qui comptent sur nous.» Certes, Trump ne va pas comparaître en personne, mais son avenir est en jeu (même si les républicains ont promis de le sauver ‘at the end of the day’) et ses hommes de loi vont le défendre par rapport aux deux chefs d’accusation : abus de pouvoir et entrave à la bonne marche du Congrès. L’acte d’accusation précise qu’il a demandé à l’Ukraine d’enquêter sur Joe Biden, son rival potentiel à la présidentielle de novembre 2020, contre une aide militaire cruciale en temps de guerre avec la Russie. Trump avait interdit à ses conseillers de témoigner et de donner des documents au Congres – qui est censé faire un contre-poids à l’exécutif.

À Port-Louis, Moscou et Washington, DC – la guerre pour plus de transparence fera rage. Mieux informés que les citoyens des siècles derniers, ils ne veulent plus être les moutons qui suivent aveuglément les élus. Ils ont compris que le vrai pouvoir ce sont eux. Les Collendavelloo, les Trump et les Poutine finiront, tôt ou tard, par le réaliser.

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