Sans fioul et sans pantalons...

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Parvenir à 100 % d’énergies renouvelables. Voilà une importante prise de conscience écologique coiffée d’un crucial enjeu économique sur laquelle nous invitent à réfléchir Khalil Elahee et Joel de Rosnay en cette reprise 2020. Dans leur manifeste commun, consultable sur lexpress.mu (https://www.lexpress.muidee/368001/manifeste-pour-100-denergies-renouvelablesdici-2050), les deux scientifiques mettent en avant des faits importants, desquels nous ne pouvons nous permettre de détourner le regard. «Avec le changement climatique, la fin imminente des contrats des producteurs indépendants d’électricité (IPP), la nécessité de moderniser des secteurs comme le transport, le tourisme, la canne, la gestion des déchets ou l’économie bleue, l’impératif d’aménager le territoire et les infrastructures de manière ‘smart’ et durable, l’urgence de revoir les lois relatives à la pollution datant de 1998, et avec les opportunités naissantes de démocratisation, de décentralisation, de décarbonation et de digitalisation des systèmes énergétiques, nous appelons le Gouvernement à s’engager afin que les politiques nationales multisectorielles s’intègrent, s’alignent et s’orientent vers l’objectif de 100 % d’énergies renouvelables d’ici 2050». Si l’objectif de 35 % dans le mixte d’électricité pour 2025 avait été évoqué dès 2006, triste est de constater, «malgré la baisse phénoménale du prix des énergies renouvelables et la menace du changement climatique», que Maurice a reculé : nous en sommes à seulement 21 % aujourd’hui. Et alors que nous regardons avec inquiétude vers l’Iran, notre autonomie énergétique pourrait être notre planche de salut. Mais la transition doit commencer tout de suite. Chaque nouveau projet devrait s’appuyer sur du renouvelable. Par exemple, le tram qui subjugue plus d’un n’aurait-il pas dû être entièrement propulsé par des énergies propres ? Il aurait pu être ce symbole d’un pays qui tourne le dos aux énergies fossiles, tout comme les voitures de nos élus auraient dû être des voitures solaires (d’autant que c’est le symbole du Sun Trust).

C’est l’humain qui tisse les liens entre la science, l’économie et la société. «C’est l’humain qui a créé l’économie et la science. Il essaie de s’adapter au monde dans lequel il vit. Il est grégaire donc il a besoin d’une société. Et c’est en étant ensemble que l’on construit une société et une économie», nous confiait Catherine Bréchignac, secrétaire perpétuel de l’académie des sciences de France, dans une interview il y a quelques années de cela, durant laquelle elle insistait que la voix des scientifiques devrait être davantage écoutée, surtout dans le sillage du changement climatique qui affecte davantage les pays insulaires. Les deux débats fondamentaux pour nous devraient 1) porter sur les données environnementales, c’est-à-dire la température, le CO2 , le niveau de la mer, 2) être axé sur les modèles, pour savoir si les nôtres sont bons par rapport aux données et expériences d’ailleurs. Pour Brechignac, pour une île à vocation touristique comme Maurice, la lutte contre le changement climatique devrait commencer au sein de chaque foyer, avec nos propres déchets domestiques. «Apprenez à gérer vos poubelles», nous lançait-elle. «La population mondiale croît – et l’on atteindra bientôt les 9 milliards d’habitants. Par conséquent, on a de plus en plus de déchets, il faut donc que l’on pense au recyclage. Autrefois, c’était la terre qui recyclait nos déchets, ou alors on les balançait à la mer. Mais on est aujourd’hui trop nombreux pour faire cela. Le plastique est créé en quelques minutes, vous l’utilisez pendant un court laps de temps et cela prend 400 ans à la terre pour le recycler.» Saluons ici toutes les initiatives lancées, ça et là, pour que le tri des déchets s’enracine dans nos mœurs.

En Australie, l’impact économique et écologique des brasiers géants se révèle phénoménal. C’est le tourisme (avec un chiffre d’affaires annuel de plus de 60 milliards d’euros) qui est le premier secteur affecté. Les feux de brousse, l’atroce disparition des kangourous et des koalas, la fumée et les cendres qui se répandent dans l’atmosphère font fuir les touristes. Les images qui sont devenues virales n’arrangent pas les choses. Les milieux d’affaires australiens ont compris qu’il vaut mieux investir en amont pour prévenir au lieu de chercher à limiter la casse quand le paysage et la biodiversité auraient disparu, engloutis par les flammes. L’Australie, pays riche, pourra se relever, mais elle a retenu la leçon : comme île-continent, il est exposé au changement climatique (à la base des sécheresses aiguës) et ne peut plus continuer à vivre et à s’enrichir en exploitant des matières nocives pour le climat, le charbon notamment. Le Premier ministre Scott Morrison s’était hissé au pouvoir dans le sillage d’une crise gouvernementale provoquée par la politique environnementale : la majorité refusant l’objectif de réductions des émissions de gaz à effet de serre que son prédécesseur voulait inscrire dans la loi. Désormais, ce ne sera plus une option mais un must... La nature a pris sa revanche.

***

Terminons sur une note légère : aujourd’hui, dans pas moins d’une cinquantaine de villes à travers le monde (Londres, New York, Tokyo, Montréal, etc.), des milliers de passagers vont prendre le métro sans pantalons. Voila de quoi choquer tous ceux qui n’ont pas compris ou apprécié le petit geste acrobatique et insolent de notre collègue Yasin Denmamode dans le tram - qui était bel et bien à l’arrêt - jeudi. C’est dommage que certains semblent avoir perdu le sens de l’humour et tendent à crier au scandale quand un incident dérange leur conscience ou dessert leurs vils intérêts. Chez nous, des esprits chagrins font tous les palabres du monde pour qu’un incident banal prenne des proportions nationales. Ailleurs, ceux qui n’ont pas peur de l’absurdité vont célébrer, en ce dimanche, le No Trousers Tube Ride. Cette initiative, qui a rapidement séduit au-delà des frontières, des origines et des genres, va-t-elle un jour se répandre, à l’instar du Street Pole chez nous, dans les trams d’Alan Ganoo ? Qui sait, elle pourrait être importée par des touristes de passage ? Allons-nous alors les clouer au pilori ? Parce que nous refusons de comprendre que l’humour, quand il n’insulte pas les autres, peut aussi être un atout.

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