Manifeste pour 100% d’énergies renouvelables d’ici 2050

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«La vraie générosité envers l’avenir consiste à tout donner au présent.»

Albert Camus

Des chercheurs de Stanford ont publié en décembre 2019 une feuille de route pour atteindre 100% d’énergies renouvelables (EnR) d’ici 2050. Sur 143 pays analysés, le nôtre se démarque par la facilité de la mise-en-oeuvre et l’ampleur des bénéfices d’un tel objectif. L’investissement en technologies innovantes est récupéré intégralement par la vente d’énergies propres ; 54 000 emplois sont créés ; 12 000 décès sont évités ; les coûts en termes d’impacts sociaux, sanitaires et climatiques et en énergies sont réduits de plus de 10 milliards de dollars annuellement.

Déjà en 2009, et ensuite en 2013, par le biais de la National Economic and Social Council et de la National Energy Commission, respectivement, nous avions établi que notre pays avait le devoir et pouvait se permettre d’être ambitieux et audacieux en matière d’EnR. L’objectif de 35% dans le mixte d’électricité pour 2025 avait été évoqué dès 2006. Aujourd’hui, malgré la baisse phénoménale du prix des EnR et la menace du changement climatique, nous en sommes à seulement 21%, un recul par rapport aux décennies précédentes. Au début de 2019, une étude parue dans Energy Policy, le fruit d’une collaboration de chercheurs mauriciens, suédois et américains, confirmait toute la pertinence d’un objectif de 100 % d’EnR d’un point de vue économique. Ainsi, répondait-elle au souci principal de ceux qui n’y croyaient pas et, avec une méthodologie plus spécifique que celle de Stanford, intégrait pleinement le contexte local.

Un modèle ne se substitue jamais à la réalité, mais donne au décideur averti un outil de prospection qui lui permet de partager sa vision et de façonner l’avenir objectivement. Toutes ces études ont prouvé qu’il n’y a pas une mais de multiples solutions afin d’atteindre les 100% d’EnR, dépendant de la voie ou ‘pathway’ que nous voulons prendre, des secteurs que nous considérons prioritaires et de l’échéance que nous nous imposons. Aujourd’hui, l’année 2050 est dans le viseur de l’Union Européenne afin d’atteindre la neutralité carbone comme de dizaines de pays, des Maldives au Fiji en passant par le Rwanda et le Bangladesh, cherchant à atteindre cet objectif plus tôt, et parmi de nombreux Petits États Insulaires. En cela, ils sont rejoints par des de régions comme l’Ecosse et la Californie, des villes à l’instar de Strasbourg et Honolulu, et des entreprises comme Coca Cola, HSBC et Microsoft.

Les faits sont indéniables. Depuis six années, au niveau mondial, l’investissement dans la capacité de production d’électricité à partir des EnR dépasse celui dans les énergies fossiles et le nucléaire. En 2019, la production électrique en Grande Bretagne provenant des EnR a été plus importante que celle à partir des autres sources, une première depuis la Révolution Industrielle. Pendant plusieurs jours, chaque année, le Portugal ou le Danemark ne se servent que des renouvelables pour l’électricité. En Allemagne, des dizaines de territoires fonctionnent avec des réseaux intelligents (smart mini-grids) qui ne font usage que des énergies propres. La technologie ‘power-to-X’ permet aujourd’hui d’alimenter le transport, le chauffage, la climatisation ou le stockage avec de l’électricité verte, des fois à la touche d’un smartphone. Le blockchain offre de nouvelles possibilités allant d’échanges peer-to-peer (P2P) de l’énergie à des applications Internet-of-Things (I-o-T). Localement, quand nous voyons l’introduction massive de normes en efficacité énergétique sur 10 000 modèles de pompes en Inde, les véhicules électriques et à hydrogène remplaçant ceux roulant à l’essence et au diesel dans les pays grands fabricants d’automobiles, la Chine s’imposant comme premier producteur et utilisateur d’éoliennes et de PV, ou la justice américaine renversant une décision de l’administration Trump permettant aux États individuels de bannir les ampoules énergivores, il est clair qu’une transition énergétique globale est irréversiblement enclenchée.

Transformer le paradigm

Mais avons suffisamment de temps pour d’éviter le pire? Pour la République de Maurice avec ses îles vulnérables au changement climatique, l’objectif 100% EnR est une obligation d’urgence nationale. Notre vocation touristique est menacée par la dépendance sur des sources d’énergie qui détruisent nos lagons, nos plages, nos coraux, nos écosystèmes et polluent le pays. Notre économie dépend presque totalement de l’importation d’énergies fossiles, une autre vulnérabilité qui nous fait trembler à chaque risque de conflit au Proche Orient. Le projet du Metro Express n’est pas durable si sa fourniture en électricité provient du charbon et de l’huile lourde, voire même du gaz naturel importé. Et pourtant, nous sommes bénis par la disponibilité d’énergies propres de diverses sources, beaucoup plus abondante que dans le cas de pays qui ont mis la part plus haute que nous, leurs potentiels en EnR nous étant inférieurs.

En quoi est-ce-que cela change quand nous adoptons l’objectif 100% EnR, et non une cible de 70% EnR, par exemple ? Au fait, tout le paradigme est transformé car avoir une telle vision nous oblige à être cohérent jusqu’au bout de l’échéance dans le temps. Et cela, tout en demeurant réaliste. C’est notre flexibilité dans la détermination de la date à atteindre les 100% EnR et dans le choix de la voie/’pathway’ à adopter, de manière participative en impliquant toutes les parties prenantes, qui marque un changement radical dans notre approche.

Selon Friedman, les modèles qui mènent aux meilleures théories sont souvent fondés sur des suppositions les plus irréalistes. Marshall et Krugman rappellent qu’un modèle est comme un échafaudage qui doit être démantelé une fois la théorie établie, afin de ne retenir que résultat. Ceci afin que le résultat puisse être communiqué avec clarté. Stiglitz ajoute que le modèle élimine la confusion du réel. Un objectif de 100% EnR ouvre ainsi une perspective inédite que nous sommes loin d’appréhender si nous maintenons le ‘business-as-usual’ en adoptant de manière linéaire un objectif de 35% en 2025, de 40% en 2040 et ainsi de suite, sans avoir une finalité établie dès le départ.

Avec le changement climatique, la fin imminent des contrats des producteurs indépendants d’électricité (IPP), la nécessité de moderniser des secteurs comme le transport, le tourisme, la canne, la gestion des déchets ou l’économie bleue, l’impératif d’aménager le territoire et les infrastructures de manière ‘smart’ et durable, l’urgence de revoir les lois relatives à la pollution datant de 1998, et avec les opportunités naissantes de démocratisation, de décentralisation, de décarbonation et de digitalisation des systèmes énergétiques, nous appelons le Gouvernement à s’engager afin que les politiques nationales multisectorielles s’intègrent, s’alignent et s’orientent vers l’objectif de 100% EnR d’ici 2050.

*Joel de Rosnay 

* Khalil Elahee

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