Bye bye, Jeremy; bye bye Diego ?

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Une victoire des travaillistes britanniques, menés par le vaillant guerrier Jeremy Corbyn, aurait entraîné de sérieuses répercussions sur le plan diplomatique mondial tout en favorisant la récupération, par Maurice, de l’archipel des Chagos. Jamais, depuis l’Indépendance de Maurice, n’a-t-on assisté à une prise de position aussi catégorique que celle de Jeremy Corbyn sur les Chagos.

Avant Corbyn, le gauchiste Michael Foot avait lui aussi menacé de quitter l’alliance atlantique, dominée par les États-Unis. En cas de victoire, Corbyn aurait sans aucun doute mis les Américains devant un fait accompli, en abandonnant les Chagos, qui comprennent l’impressionnante base de Diego Garcia. C’est suite à un accord avec les Britanniques, propriétaires du British Indian Ocean Territory, que les Américains ont aménagé la base de Diego Garcia. Rien ne dit que les Américains, suivant une décision de Corbyn, seraient venus s’aplatir devant Pravind Jugnauth pour lui demander la permission de maintenir leur présence à Diego Garcia.

On sait que les Américains ont tenu tête au féroce Fidel Castro après la révolution cubaine, en refusant d’abandonner la base de Guantanamo, qui se trouve sur la terre ferme de Cuba. Les Américains y sont toujours présents. Mais, en cas de victoire de Corbyn, Maurice se serait retrouvé en position de force pour discuter avec les Américains sur leur présence à Diego, quitte à monnayer cette occupation.

Maintenant que Corbyn a perdu et que Boris Johnson a gagné, des complications se présentent à l’horizon. Car, depuis un certain temps, un argument pernicieux domine le forum public par rapport à la cause chagossienne. De plus en plus de gens se disent maintenant convaincus que l’acharnement de Maurice de reprendre le contrôle des Chagos cache un agenda politico-militaire machiavélique.

On dit que Maurice cherche à reprendre possession de son territoire afin de le confier par la suite à l’Inde, dont la présence physique dans l’océan Indien devient de plus en plus envahissante. Après une tentative avortée ou pas d’occuper une île des Seychelles, les Indiens sont incontestablement bien implantés dans l’île mauricienne d’Agalega.

Ce plan machiavélique, auquel ont fait allusion justement des leaders chagossiens basés à Londres, serait-il inspiré du réflexe traditionnel d’India-bashing ? Ce réflexe est maintenant exacerbé par la question de la problématique Agalega, du rôle des Indiens dans le déploiement du tramway mauricien et d’autres projets qu’ils financent, de même que des relations jugées spéciales et privilégiées qui ont été tissées entre des dirigeants mauriciens et Narendra Modi.

La récente visite privée effectuée en Inde par le Premier ministre mauricien et son épouse et leur participation à un rituel tantrique très spécial ont été exploitées démesurément et cela sur toile de fond de suspicion de participation indo-israélienne ultrasophistiquée dans un exercice de manipulation physique et informatique du processus de vote lors des dernières législatives. Heureusement pour la cause mauricienne, le grand leader chagossien Olivier Bancoult ne s’est pas laissé emporter par l’hystérie anti-indienne et il sert la cause de la nation de façon parfaite.

Il est à mettre au crédit de la famille Jugnauth que Bancoult ait été totalement récupéré par l’Establishment mauricien. Le fait que le dirigeant chagossien ait été reçu par Jeremy Corbyn en personne en dit long sur le poids qu’il exerce dans le jeu géopolitique de l’océan Indien. Le Premier ministre ferait bien de se faire accompagner d’Olivier Bancoult lors de ses déplacements à l’étranger, simplement pour le brandir comme un symbole de la réussite mauricienne dans la revendication de sa souveraineté sur les Chagos.

Maintenant que Boris Johnson est bien en selle pour les cinq années à venir, le gouvernement mauricien devrait trouver un terrain d’entente avec lui, tout en restant absolument ferme sur les Chagos. Johnson n’est pas du genre à se laisser impressionner par des tinpot dictators du Tiers monde (terme qu’on utilise chez les Anglo-Saxons) et on ne devrait pas s’attendre à des cadeaux de son côté. Il n’est pas à exclure que les maîtres de la politique de divide and rule continueraient à pousser les Chagossiens à s’aliéner de la cause mauricienne, en leur donnant l’espoir qu’un jour les Chagos reviendraient à eux et non pas à Maurice.

Cette tendance de fracture des Chagossiens de la nation mauricienne n’augure rien de bon pour le pays, surtout dans un contexte où l’Inde s’affirme de plus en plus comme notre Big Brother. Un immense travail de communication s’impose. Le haut-commissaire mauricien à Londres se retrouve devant un énorme défi car il aura à rassurer l’importante communauté chagossienne en Grande-Bretagne de l’importance d’un front uni, avec pour but de récupérer la partie de notre territoire qui nous a été enlevée sous l’administration coloniale.

Ce diplomate, sera-t-il à la hauteur ? Tout ce qu’on sait de ses compétences diplomatiques jusqu’ici, c’est qu’il est le cousin de la maman du Premier ministre.

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