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Valparaiso : là où le graffiti est du grand art.

Mardi 24 novembre. Retour au pays après un long vol sur Turkish Airways. Tiens ! Les «flamands» usuels à la sortie de l’avion ne sont pas là ! Vous les avez vus, tous, n’estce pas, ces messiers/dames qui attendent, debout, un seul pied sur terre, l’autre croisé à 90 degrés vers le mur arrière, comme soutien à ce qui flanche ? Ils ne sont pas là aujourd’hui: ça doit être la saison des migrations amoureuses....ou peut être d’une réforme profonde au système ?

Dix mètres plus loin, à la sortie du tunnel reliant l’avion à l’aérogare, un bouchon ! On se sent déjà bien plus «chez soi»… Le pourquoi du bouchon ? Quatre préposés qui demandent à chacun des passagers de présenter leur «boarding pass» pour vérifier s’ils sont en transit vers Madagascar ou pas – alors que dans l’avion, tous ceux dont la destination finale étaient Tana avaient déjà été invités à rester dans l’avion. Le prévisible en résulte : bien plus que 50 % des passagers n’ont plus le «boarding pass» ou le talon qui en reste. Le bouchon enfle donc. Les nerfs flanchent. Quelques passagers, dont moi-même, forcent le barrage inutile... la digue, a priori superflue, cède.

Nous arrivons tous au pied d’un tapis roulant. C’est celui que l’on utilise généralement quand on revient de Rodrigues, dans un avion plus petit et au pied duquel on se repose toujours la question : «Qu’est ce qui se passe si ça ne marche pas, un jour ?», car l’alternative c’est un escalier. Arrivé là-haut, un autre bouchon ! Cette fois-ci c’est parce que la porte est… fermée ! Le flux ininterrompu de passagers vers la petite plateforme desservie par ladite porte ne ralentissant pas, on se retrouve rapidement en mode «sardine» et un grand gaillard australien, tatoué à souhait, se sent obligé de prendre le taureau par les cornes et de donner de grandes claques à la porte pour réveiller quiconque est de l’autre côté. La porte s’ouvre au bout d’une minute et la préposée nous explique que ce n’est pas son travail et que la personne qui s’en occupe a disparu. Peut-être qu’il vérifie toujours les «boarding passes» à la sortie du vol ?

À l’immigration cela se passe bien. Puis arrive le poste de la santé. On me questionne. «Dans quels pays avez-vous été lors de votre voyage ?». Je suis surpris, puisque j’ai scrupuleusement inscrit la liste des 5 pays visités lors de mon voyage, dans leur formulaire type – jaune. Je réponds donc énervé : «Mais c’est déjà écrit, si seulement vous vouliez lire votre formulaire, monsieur !». «Je sais ça, mais je veux que vous confirmiez», me dit-il, implacable. Vous comprenez la valeur ajoutée de cette démarche là? Moi pas !

Pas de doute, nous sommes bien au pays ! Et rien n’a changé… élections ou pas.

*****

Et pourtant, le changement est capital ! C’est ce qui m’a d’ailleurs ramené à Jared Diamond, professeur à UCLA qui, dans son livre de 2005, COLLAPSE, prenait à contre-pied la thèse alors largement établie, notamment par Joseph Tainter, qu’aucune société ne prend des décisions qui la mèneront, les yeux ouverts, a la catastrophe. Or, l’histoire de l’humanité est parsemée d’épisodes et de décisions irrationnelles, au point où ils mèneront parfois même a la chute de sociétés entières ! Jared Diamond, ses cours obligent, se concentre surtout sur l’aspect géographique. Son exemple favori reste l’ile de Pâques qui s’autodétruit petit à petit en coupant les arbres de ses forêts jusqu’au dernier. S’ensuivent alors l’érosion, la chute des productions agricoles, l’effondrement des populations, la famine, même le cannibalisme. Quand le capitaine Cook accoste en 1774, la plupart des Moai- ces statues gigantesques qui symbolisaient l’ordre établi- avaient été renversées par vengeance contre d’autres clans ou par dépit pour les dieux qui ne les ‘protégeaient’ plus. Parvenu en 1838, il ne restait plus qu’un seul Moai debout, soit celui que l’on nommait Paro. Ils avaient tous été jetés à terre, souvent brisés, un peu comme on démantèlera plus tard les statues de Stalin, de Ceausescu ou de Saddam Hussein…

Mais il n’y a pas que l’explication géographique, de la déforestation de l’ile de Pâques aux sècheresses à répétition qui assureront la chute de l’empire Maya, malgré le triomphe de Chichen Itza ou de Tikal. Les sociétés humaines peuvent aussi se faire mal par manque d’anticipation, par inconscience ou par négligence de toutes sortes de manière. Comme exemple, pensez à l’importation du lapin en Australie au début du 19e siècle, à l’endettement national déraisonnable des Grecs, il y a quelques années ou à l’expérimentation des chavistes au Venezuela.

Toutes proportions gardées, nous ne sommes pas encore une «civilisation», ni ne sommes-nous au bord de l’écroulement final, mais il est des signes qui devraient nous faire peur ou du moins nous mener à réfléchir et à prendre quelques précautions et effectuer quelques changements. Je pense à trois secteurs clés en particulier. Les risques du changement climatique ne se posent pas seulement en termes de drains et de gabions. Qu’est ce qui se passe si la pluviométrie baissait de 25 % ou plus, par exemple ? Il y a des signes inquiétants pour notre avenir sur le plan financier, notamment au niveau de la balance des paiements, de la dette nationale et des déficits budgétaires surtout vu la fragilité de bien des secteurs productifs (sucre, tourisme, poisson, textile notamment). Peut-on, des lors, sur la toile de fond d’une productivité défaillante, continuer à promettre et à dépenser à cadence accélérée ? Finalement, qui peut penser que, sur le plan de la gouvernance, le népotisme, les institutions de moins en moins indépendantes, les entorses à la démocratie, entre autres, sont sans conséquences pour notre avenir ?

*****

Le Dr Navin Ramgoolam se la joue gros avec sa pétition électorale. Au-delà de son accusation plutôt prévisible de favoritisme puant à la MBC et d’un mort qui aurait quand même voté…, ses accusations sur la comptabilisation des bulletins de vote d’abord mis à disposition et subséquemment utilisés, les quelques camions qui ont apparemment centralisé les bulletins vers le «counting centre», sans l’ escorte usuelle des agents travaillistes, la présence hostile d’une foule d’agents adverses qui l’auront même mené à quitter le «counting centre» avec ses agents, la présence inattendue et non annoncée d’une «computer room» qui n’était accessible ni aux candidats, ni à leurs agents (et qui devrait servir à quoi, sinon à seulement enregistrer les votes de manière intègre ?), la réunion du nouveau speaker, Sooroojdev Phokeer, avec le Returning Officer, sans «locus standi» apparent , sont des sujets d’inquiétude légitime. Ils pâlissent tous d’insignifiance pourtant face à l’accusation que des bulletins de vote ont été imprimés autre part qu’au Government Printers Office, notamment à Quad Printing, rendant ainsi possible le bourrage d’urnes !

Si le Dr Ramgoolam a des preuves solides de ce qu’il avance, le résultat des élections du 7 Novembre va être sérieusement mis en doute et un «recount» permettrait évidemment de confirmer si TOUS les bulletins de vote sont bien ceux émanant du GPO. Par contre, si le Dr Ramgoolam ne peut en faire la preuve, sa pétition va être sérieusement affaiblie, peutêtre même fatalement et il devrait alors définitivement prendre sa retraite.

Il faut, bien sûr, savoir ce qu’il en est ! Il y va de notre confiance dans notre démocratie !

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