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C’est demain que l’on saura, officiellement, les noms des successeurs d’Ameenah Gurib-Fakim et de Barlen Vyapoory. Cela viendra mettre un terme aux rumeurs ou aux ballons-sondes que d’aucuns font circuler depuis la campagne électorale. Comment choisit-on les locataires du pittoresque château du Réduit ? Est-ce une récompense pour services rendus ? Ou est-ce davantage un choix sur une base essentiellement ethnique ? Seraitce une coïncidence si les choix annoncés du PTr et du MMM durant la campagne electorale, nommément sir Hamid Moollan et Prof Swalay Kasenally, relèvent de la meme logique que le choix de l’alliance Lepep en 2015 ?

Face au timide lobby de la communaute sinomauricienne devrait-on nommer un proche de Kee Cheong ou de Ken Fong au Réduit ? Ou est-ce que le fait de nommer un Attorney General de la communauté suffira? En optant pour des représentants de groupes ethniques, nous poursuivons, plus d’un demi-siècle après notre Indépendance, un travail de morcellement de la nation, avec des quotas. Dès lors la méritocratie, au plus haut sommet de l’Etat, s’en retrouve faussée par ces considérations anti-républicaines. Pourtant le président de la République se doit de représenter tous les Mauriciens indistinctement, en veillant au respect de la Constitution et des droits humains en général, et non pas d’un groupe en particulier. Quant au vice-président, puisque son rôle reste minime, l’on gagnerait à abolir, carrément, cette fonction au lieu d’y caser un(e) autre ami(e) de famille…

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On entend beaucoup parler ces jours-ci de croissance économique, qu’on annonce à la hausse, mais pas vraiment de révolution écologique. Il n’y a pas lieu de monter sur la montagne des signaux pour constater que celle-ci n’a pas encore vraiment commencé, même si l’on doit saluer la création d’un ministère du changement climatique. En l’absence d’un cap stratégique, des questions méritent d’être posées : les pouvoirs publics doivent-ils décider seuls des nouvelles règles environnementales ? Cela soulève alors la question des inégalités : les plus vulnérables au durcissement des normes écologiques se trouvent surtout parmi les moins nantis. Les rapports indiquent que ce n’est plus seulement l’avenir de la planète à long terme qui est menacé, mais aussi et surtout l’avenir de la croissance à court terme, qui commence déjà à être impacté. Plus sensibles au court terme qu’au long terme, nos politiques, dont la vision ne dépasse rarement les cinq ans d’une législature, ont tout intérêt à réfléchir sur l’equation ‘écolo-mique’. La visite chez nous du navigateur Jon Sanders pourrait inspirer plus d’un.

Résumons : la planète appartient à toute l’humanité... Et les hommes et les femmes ont le droit de s’installer là où ils le souhaitent, avec leur culture. La culture qui s’installe a, sur papier, les mêmes droits que la culture qui était précédemment installée. Mais dans la vraie vie, les choses se passent autrement : la culture qui s’installe, soutenue des fois par une démographie supérieure, pourrait éliminer ou brimer la culture précédente. Ces étapes ont fait le déshonneur de l’impérialisme et de l’histoire des derniers 10 000 ans, car elles renvoyaient l’humanité “à un darwinisme primaire”…

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Pour lutter contre le réchauffement climatique, 196 États se rassemblent, à Madrid, du 2 au 13 décembre. Objectif : prendre de nouveaux engagements afin d’accélérer la lutte contre la crise climatique, et ce, alors que les inondations, ouragans ou encore incendies se multiplient partout dans le monde. Le mot d’ordre de cette COP25 : Time for action! En effet, le temps presse et l’on ne peut plus attendre les climato-sceptiques. Selon une récente enquête d’Ipsos (24 000 personnes interrogées, et issues de 30 pays différents), quelque 8% de la population mondiale nie encore les effets du réchauffement climatique, dont 15 % en Chine et 19% aux États-Unis (les deux plus gros pollueurs). Si le réchauffement climatique existe, l’humain n’en serait pas forcément le premier responsable, estime d’autre part 31% de la population mondiale. Pourtant les rapports d’experts ne cessent de sonner l’alerte. Tout pointe qu’un réchauffement de 1,5 °C pourrait condamner les glaces du Groenland. Les générations futures vont donc vivre avec un niveau de la mer bien plus élevé qu’il ne l’est aujourd’hui... La cartographie sera différente, avec des îles, des écosystèmes, bref des mondes engloutis.

Personne ne peut encore prédire combien de dioxide de carbone peut être relâché dans l’atmosphère avant le cataclysme annoncé. Ce que l’on sait, en revanche, c’est que si l’on ne réduit pas nos émissions à effet de serre dans quelque deux décennies, les températures de par le monde augmenteront de plus de 2°C. Ces changements viendront détruire les productions agricoles, inonder les villes et villages, provoquer des centaines de millions de réfugiés.

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L’on n’a jamais été aussi loin du compte. Les émissions mondiales de gaz à effet de serre ont progressé de 1,5 % par an en moyenne durant la dernière décennie pour atteindre un record historique en 2018. Rien ne laisse présager un changement de trajectoire; la combustion des énergies fossiles, dont le charbon, se poursuit de plus belle, ici comme ailleurs. Les engagements pris par les 197 signataires de l’accord de Paris (COP 21) pour enrayer le dérèglement climatique s’avèrent insuffisants. Car ils mettent la planète sur une trajectoire de réchauffement de 3,2 °C d’ici à la fin du siècle, loin des 2 °C, et si possible des 1,5 °C, prévus par le traité international conclu en 2015. Mais on semble s’en foutre royalement. Quand l’on est un petit pays insulaire comme Maurice, on n’est jamais à l’abri d’un évènement exceptionnel qui pourrait bouleverser considérablement notre vie. Le risque zéro n’existe pas. Raison pour laquelle le gouvernement et la population doivent travailler ensemble, afin d’augmenter notre capacité de résilience. Il y va de notre avenir et patrie communs.

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