Les attentes du bloc quatorze !

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Sur la ligne de départ, l'inégalité avait largement gagné. Seulement 12 femmes figuraient sur la liste électorale de chaque bloc traditionnel (Alliance Morisien, MMM, Alliance Nationale) lors des législatives de novembre. Parité ? Un concept inexistant dans un pays où les femmes représentent 52 % de la population. Le chiffre illusoire des 30 % ? Tout le monde s'en fout, à commencer par les leaders politiques hypocrites qui se cachent derrière l'inexistence d'un cadre juridique pour s'abstenir de garantir une meilleure représentativité hommes-femmes.

Comme s'il fallait une loi (tous aiment se référer à l'absence d'une réforme électorale) pour les empêcher de faire preuve de lâcheté. Résultat : un Parlement avec 14 femmes députées sur les 70 parlementaires, tous partis confondus, dont trois femmes ministres sur les 23. Il paraît que c'est progressif car, pour la première fois, l'Assemblée nationale compte son plus grand nombre d'élues après avoir fait l'expérience de 12 députées en 2010, régressant au nombre de 8 en 2014.

Quatorze élues donc, et une école de pensée qui est toujours d'avis que le nombre importe peu, la compétence devant, semble-t-il, l'emporter sur la délicate question du quota. Un discours qui ne favorise pas un meilleur équilibrage de députées femmes, non pas parce qu'il faut tolérer les incompétentes mais parce que ça se saurait si l'ensemble des 56 hommes faisant partie de la présente législature sont des modèles d'intelligence. Cela dit, qu'attendons-nous de ce bloc quatorze ? L'entrée de neuf nouvelles têtes à l'Assemblée nationale encouragerait-elle une meilleure culture parlementaire ?

C'est l'ancienne speaker Maya Hanoomanjee qui, lors d'une interview dans les colonnes de Week-End, se flattait d'avoir établi le Parliamentary Gender Caucus parce que, dit-elle, il y a un combat à mener pour réduire l'écart entre hommes et femmes au Parlement. Qui ne serait pas d'accord avec ce constat ? Mais encore, a-t-on envie de demander à quoi a servi ce Caucus ? Quelles sont ses actions concrètes ? Comment a-t-il fait avancer l'agenda des femmes ? Quelle contribution a-t-il apporté à la société mauricienne ? Pourtant, cette plateforme regroupant des femmes parlementaires – jadis vœu de Paula Atchia, quand elle lançait le Majority Party en 2005 dont la mission fut l'élection d'une femme par circonscription – a toute sa pertinence. Il revient aujourd'hui à ces 14 femmes parlementaires de s'en emparer et de dégager, comme cela se fait ailleurs dans nombre de pays où les Caucus parlementaires fonctionnent, des pistes de réflexions, des buts communs, des objectifs réalisables lors de ces cinq prochaines années.

Quatorze femmes sur 70, certes, c'est peu. D'autant que ces voix-là, si elles sont isolées à l'Assemblée nationale, seront inaudibles. Alors qu'ensemble, ces forces-là peuvent devenir une masse critique sur des thématiques précises. Nos parlementaires oseront-elles s'affranchir du climat patriarcal qui pollue l'atmosphère des partis politiques et s'élever plus haut que leur posture partisane pour porter un féminisme nécessaire au Parlement ? Par exemple, que pensent nos élues du Children's Bill qui n'a pas été voté ? Et du mariage à 16 ans ? S'il faut se réjouir de la présence de plusieurs députées à la marche organisée par l'Union européenne contre la violence envers les femmes, nous sommes en droit de leur demander quelles sont leurs idées (non abstraites de préférence) pour diminuer le taux d'agression. Et surtout ce qu'elles comptent faire à leur niveau.

Il va de soi, mais soulignons quand même l'évidence, que nos femmes parlementaires ne sont pas à l'Assemblée nationale uniquement pour se faire entendre sur des sujets relatifs aux femmes, à la famille et aux enfants. Bien sûr que les citoyens veulent connaître leurs opinions sur une pluralité de chapitres. Peut-on espérer, malgré l'inégalité du nombre dont elles ne sont pas coupables, qu'elles prennent des positions féministes, progressistes et humanistes qui feraient du bien à notre société, à notre pays ? Peut-on avoir des attentes légitimes de ce bloc quatorze ?

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