Pourquoi ne pas avoir voté ?

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Préambule :

Les élections 2019 étant maintenant intouchables, nous ferons, durant les jours qui viennent, d’interminables analyses du vote de l’électorat mauricien. On ne manquera pas de faire dire aux chiffres sortant des urnes ce que chacun voudra bien en dire. Soit. Toutefois, le chiffre qui parlera le plus sera sans doute le nombre de non-votants. À chaque élection, c’est toujours la même chose. Certains ne manqueront pas de dire que si les abstentions n’avaient pas été si importantes, ils l’auraient remportée, cette fameuse victoire.

Mais qui n’a jamais pensé questionner le pourquoi de ces abstentions ? Voilà une question qui mérite d’être abordée. Pour ma part, un article de Nad Sivaramen, que j’ai lu sur lexpress.mu m’a beaucoup parlé. J’en ai fait le thème d’un article que je vous soumets ci-joint, pour inciter une réaction parmi vos lecteurs. Je m’excuse auprès de Nad Sivaramen d’avoir utilisé son article sans sa permission.

Dans une conversation avec le journal l’express, qui paraît actuellement aussi sur lexpress.mu, intitulée : Remettre la Constitution en question, le Dr Jacques Colom, chercheur en droit constitutionnel, accompagné du Dr Stéphanie Rohlfing Dijoux, de l’université Paris Nanterre, déclare d’entrée que : «La Constitution de Maurice ne serait qu’une simple annexe d’un texte réglementaire colonial : le Mauritius Independence Order du 4 mars 1968.»

Le ministre du Travail d’alors, l’honorable Harold Walter, avait déclaré le 18 novembre 1969, à l’Assemblée Législative : «I would like to know from those hon. Members whether this Constitution, which has been but a compromise at the Constitutional conference, was not imposed on us? In other words, our sovereignty was never consulted; now if we, as the true elected representatives of the people, feel that the progress and the welfare of the people demand this change…», (en reference à l’article de lexpress.mu).

Si ma mémoire ne me fait pas défaut, j’avais, en 2017, déjà écrit dans un article publié par l’express, le besoin de passer à une seconde Constitution, soit à une seconde République. Bien entendu, mon opinion avait laissé sans réaction ceux qui nous dirigent, sauf pour une timide tentative d’Alan Ganoo, à une occasion. Il est choquant de constater qu’alors que le gouvernement sortant a utilisé l’artillerie lourde contre les Anglais, afin d’assurer l’indépendance complète de l’État mauricien, en défiant le gouvernement anglais à propos des Chagos devant le conseil de l’ONU et la Cour internationale de justice, l’un de nos anciens Premiers ministres continue à porter son titre bien British de «Sir» et, cela, dans une république. Pire, pour pouvoir faire appel d’un jugement de la Cour d’appel mauricienne, on est encore obligé d’avoir recours au Conseil privé de sa majesté la reine d’Angleterre et on ose parler d’indépendance complète du pays ?

Des exemples de ce genre on peut en trouver plusieurs. Est-on vraiment dans une république souveraine ou dans un pays lèche-bottes, qui n’est point capable de se tenir sur ses propres pieds ? Pourquoi personne ayant fait partie d’un des différents gouvernements ayant régné sur le pays depuis 1968, n’ait pas proposé la mise sur pied d’un Conseil supérieur de justice qui aurait remplacé le Conseil privé de la reine pour une indépendance complète du pays ?

Dans un autre ordre d’idée, que s’est-il vraiment passé lors de la Conférence constitutionnelle de Lancaster House, en 1965, pour que ceux - dont SSR et Gaëtan Duval - qui ont eu à défendre notre besoin intrinsèque de vivre comme un seul peuple au lieu d’être divisé en quatre sections ethniques, se soient laissés mener par les lobbies de certains diviseurs qui ont finalement permis aux Anglais d’inclure le Best Loser System dans la Constitution ? Après 50 ans d’indépendance, n’était-il pas important pour les partis qui briguent la victoire aux législatives du 7 novembre d’inclure dans leurs manifestes électoraux ce besoin de passer à une vraie république indépendante, libre de toute attache avec le Royaume-Uni ? Une telle initiative aurait rapporté gros à celui qui y aurait pensé.

Retournons au Dr Jacques Colom, qui dit : «Les inquiétudes de mes collègues constitutionnalistes, au vu de l’expérience du constitutionnalisme en Afrique, sont fondées. Les Mauriciens doivent s’emparer de leur constitution républicaine, défendre les valeurs républicaines en les enrichissant par une intégration des droits de l’homme de la deuxième et de la troisième génération et en achevant la construction de la nation arc-en-ciel, sans laisser personne en chemin. L’éventuel échec de la démocratie déboucherait sûrement sur le constat de mes collègues à propos de nombreux pays africains, dont Madagascar, où le texte constitutionnel n’a de valeur que parce qu’il est porté par la communauté internationale.»

L’express ajoute : «Comme l’avait rappelé l’ancien juge Bushan Domah, dans une précédente préface, le droit constitutionnel ne se présente plus comme un droit mais comme un devoir. Un devoir pour l’humanité, de l’humanité et à l’humanité. Il n’est plus une discipline du régime légal. Il est une science de la vie humaine».

Et aujourd’hui, le droit constitutionnel interpelle non seulement les juristes, les professions légales, les universitaires, les sociologues, les philosophes mais aussi tout un chacun dans le monde. On ne peut parler d’État de droit aujourd’hui sans examiner s’il cadre avec un ordre international.

Les Mauriciens auront, une nouvelle fois, voté pour un gouvernement qui dirigera les affaires du pays, sans avoir questionné le fondement de notre démocratie. Sur quoi au juste est-il basé ? Pour ceux qui seront membres du nouveau gouvernement, le plus important sera d’avoir remporté la victoire. Pourrons-nous un jour penser voir nos politiciens s’atteler à construire une île Maurice sortant d’un oeuf purement mauricien ?

Quand on arrivera à une nouvelle manière de faire la politique à Maurice, on ne comptera plus autant d’abstentions aux élections générales. Pour le moment, tout le monde semble se contenter de notre Constitution biaisée par les Anglais.
 

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