Le vrai programme

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Dans deux jours, Maurice aura un nouveau gouvernement. Quelles que soient les personnes à ce gouvernement, les défis resteront les mêmes. Le premier de ces défis sera de tenir ses promesses, ce qui est toujours possible, et aussi de réaliser ses objectifs économiques. Ce qui est moins sûr.

Les promesses, de part et d’autre, sont plus ou moins les mêmes. Apporter à la population des aides sociales, alléger le poids des dépenses quotidiennes à travers des revenus supplémentaires : pensions, salaire minimum. Ou à travers des subventions sur les prix du gaz, par exemple.

Dire que ces mesures ne servent à rien n’est pas vrai. Elles seront utiles à réduire les inégalités de revenus. En ce sens, elles ont leur place et leur pertinence dans le paysage socio-économique mauricien. En revanche, prétendre que ces allocations et subventions vont aider à «relancer» l’économie est une idée farfelue. Un leurre que dénonce l’économiste Pierre Dinan dans la presse de dimanche dernier.

Le postulat que prennent les économistes qui proposent de relancer l’économie à l’aide d’allocations part de la théorie keynésienne. Dans ce postulat, l’hypothèse est que si l’économie tourne au ralenti, c’est qu’il existe un désir de consommation inassouvi, et aussi plein de personnes inoccupées qui ne demandent qu’à se mettre au travail pour produire ces biens que les consommateurs recherchent. Si on leur donnait de l’argent, ces personnes se mettraient au travail et leur production serait consommée. La production totale augmenterait. Il y aurait de la croissance.

Il y a un hic ! Pour qu’il y ait croissance, il faut que les citoyens mettent la main à la pâte, soient actifs dans les champs, les usines et les ateliers et produisent des biens et services. Or, dans notre cas, nous avons choisi un modèle économique tourné vers l’exportation et l’importation. Si le gouvernement met de l’argent dans notre porte-monnaie, nous irons acheter ce que d’autres ont produit. Le riz vient du Pakistan, les lentilles aussi. L’essence et le gaz viennent d’Arabie. Les smartphones, les ordinateurs, les vêtements et les jouets viennent le Chine. Les voitures du Japon. Le shampoing vient de Dubaï, les livres de l’Inde. Parfois, même les légumes viennent du Swaziland.

S’il fallait consommer ce que nous avons produit nous-mêmes, il resterait le poulet, le dentifrice, les mines Apollo et la bière. Ou passer un week-end à l’hôtel. Doubler sa consommation de bière, pourquoi pas ? Mais manger deux fois plus de mines Apollo et de poulet, se brosser les dents cinq fois par jour ou aller à l’hôtel pour faire tourner l’économie, est-ce bien réaliste ? Donc, pour faire bouger la production locale, donc la croissance, c’est mal parti.

Pour notre part, il reste un problème. Avec quoi paieronsnous ces achats supplémentaires venant du reste du monde ? Des devises. Qui viendront d’où ? On ne sait pas trop puisque les exportations sont en chute libre. L’hôtellerie tourne à prix cassés. Le sucre se vend à perte. L’offshore surnage. Nous importons déjà plus que nous n’exportons. Y compris en services.

Si nous maintenons notre profil de consommation actuel, nous puisons chaque année quelque 15 milliards de roupies de nos réserves en devises. Selon les estimations de Pierre Dinan, en cinq ans nous aurons accumulé un déficit de 75 milliards de roupies. Ce qui reste optimiste dans la mesure où cela ne tient pas compte des bouleversements que connaissent actuellement nos principaux partenaires commerciaux que sont la Grande-Bretagne et l’Europe.

Entre-temps, les réseaux sociaux foisonnent de tableaux comparatifs sur les propositions des différentes alliances. Vous parlent-ils des 75 milliards à combler ? Vide sidéral. Pourtant, quand ces partis vous promettent de consommer autant qu’aujourd’hui, tel est bien le socle de leurs programmes.

Si on veut continuer à consommer autant, il faudrait emprunter des devises, ce qui nous condamne à nous endetter… ? (Pas idéal). Trouver des opportunités d’exportation nouvelles ? (Courageux dans un monde qui relève ses barrières tarifaires). Ou réapprendre à produire localement ce dont nous avons besoin au quotidien.

Dans ce contexte, en l’absence de croissance, si le prochain gouvernement veut à la fois équilibrer nos flux de devises et tenir ses promesses, il a trois solutions : s’endetter, augmenter les impôts ou dévaluer la roupie. Voilà le programme.

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