#J-17 L’art de s’allier sans vraiment s’aimer

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Les signes de panique de la guerre totale sont désormais visibles. Les enjeux sont si énormes qu’aucun bloc ne peut se permettre de perdre la joute du 7 novembre. Une défaite serait un sérieux recul non seulement pour le MSM ou le PTr (en réalité, les deux jouent ni plus ni moins leur survie), mais aussi pour le MMM ou le PMSD. Chaque leader doit alors rivaliser d’ingéniosité et de stratégies afin de mobiliser ses troupes – raison pour laquelle ils ont préféré attendre la dernière minute pour finaliser les listes de candidats et les manifestes électoraux.

Armes de destruction massive, les clips qui circulent sur les portables deviennent des productions de plus en plus sophistiquées mêlant «deep fake» et autres effets spéciaux – on est bien loin du grossier montage de «Viré Mam», l’ancêtre des clips actuels.

Pravind Jugnauth, informé quotidiennement par le NSS, se sait fragilisé politiquement. Son incapacité à mettre fin aux scandales gouvernementaux illustre son déficit de leadership, tandis que les effets d’annonce et la campagne «zet-la-bou» de son camp, qui viole sans retenue les lois de la République, n’arrivent pas à produire l’effet escompté sur la masse (d’ailleurs, les vieux et les chauffeurs de taxi ont reçu avec scepticisme, voire ont dénoncé, les monnaies de singe qui leur sont destinées). La série ininterrompue de scandales a, en fait, fini par blaser la majorité des électeurs vis-à-vis non seulement du gouvernement mais aussi des oppositions démembrées, ou des partis politiques en général. SerenityGate et NavinGate se sont grandement neutralisés sur ce terrain saturé de scandales en tous genres…

Ce ras-le-bol grandissant envers les politiciens vient alors grossir le bassin des indécis, qui aurait dépassé le taux psychologique des 50 % de l’électorat – c’est-à-dire que plus d’un électeur mauricien sur deux ne se retrouve actuellement dans aucune des alliances politiques qui s’agitent.

Ce n’est pas difficile à prévoir : en démocratie, l’usure du pouvoir est réelle et, entre le YerrigadooGate et le MaradivaGate, ce gouvernement Jugnauth a été, durant ces dernières années, constamment secoué par une déferlante de scandales qui ont d’abord miné, ensuite noyé, les réalisations comme le salaire minimum (devenu en temps électoral le «benchmark» pour la pension de vieillesse – véritable non-sens économique), les Jeux des îles (sans, toutefois, pouvoir utiliser comme il se doit le stade Côte-d’Or, qui a englouti des milliards), Metro Express (qui ne sera, cependant, pas opérationnel avant les élections, malgré le forcing de l’Inde), le coûteux projet Safe City déployé avec l’aide chinoise et Huawei… Des projets dont se targue l’Alliance Morisien, mais qui sont vivement dénoncés par l’Alliance Nationale – et le MMM (qui a, lui, choisi de ne pas s’allier ou, plutôt, selon les mauvaises langues, qui n’a pu trouver d’alliés pour un mariage de convenance ?)

***

Ceux qui pensaient que les années postindépendance allaient favoriser l’émergence d’une nouvelle sève s’en mordent les doigts, en voyant les sempiternels patronymes qui nous dirigent et qui quémandent encore nos votes. Et ces alliances qui sont devenues incontournables et qui sont dépourvues d’idéologie politique.

Une alliance, cela aurait dû ressembler à un mariage, c’est-à-dire basée sur ce frisson particulier, des fois indescriptible car irrationnel, que l’on appelle l’amour. Il peut être d’ordre romantique ou charnel, ou les deux, mais l’amour demeure ce philtre magique qui efface toutes les difficultés ou toutes les «contraintes» qui pourraient surgir de part et d’autre. Si l’amour se révèle fort, il peut souder une relation pour longtemps, parfois pour la vie. En alliance politique comme en relations internationales, par contre, il n’y a point ou peu d’amour (ou d’idéologie) mais uniquement des intérêts. Peut-être tout au plus une «alchimie». Ce qui peut aider. Mais une alliance est surtout un mariage de raison (pas de passion) et un alliage d’avantages, de dividendes, de profits, ou encore un compromis culturel, un «trade off» de concessions froidement calculées et il n’est aucunement «pour la vie». Si, dans un mariage, on peut vivre l’extase, dans une alliance, on compte, on dénombre, on jauge. Les tickets, les ministères, les ambassades et autres nominations, les avantages divers, mais aussi les objectifs et leurs échéances, un programme commun, un plan d’action…

La grande alliance n’est pas un mariage d’amour et son socle, comme dans tout mariage politique, sera donc continuellement mis à l’épreuve par les cultures et les ambitions différentes ou divergentes des partenaires.

Le compromis, par nature, n’est jamais ni tout à fait sincère, ni parfait. C’est bien pour cela que l’on parle de concessions et de compromis. C’est ce qui explique aussi pourquoi les alliances ne durent jamais, et que les cassures demeurent la seule certitude de l’équation.


P. S. : Pravind Jugnauth et ses perroquets martèlent que le projet Safe City a permis de résoudre le matricide de St-Pierre. Or, s’il n’y avait pas d’aveux de la belle-fille, ce serait bien qu’on explique comment les seules images auraient pu aider pour résoudre l’énigme ?

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