#J-25 : Sérénité ou inquiétude ?

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Dépêtré légalement, mais pas forcément moralement, de l’affaire MedPoint, Pravind Jugnauth et son entourage auraient bien pu se passer du scandale «SerenityGate». Cette énième affaire de trafic d’influence et de népotisme, qui a éclaté vendredi soir, vient mettre en lumière les ramifications, du Premier ministre, de son épouse et de son beau-frère, relatives au Film Rebate Scheme. Adaptée du film Serenity, qui s’est révélé un flop au niveau du box-office international, cette affaire se révèle, sur le plan local, une manne pour ceux qui savent manipuler les institutions de la République à leur avantage.

Pourquoi le «SerenityGate», qui circule, de manière virale, sur les portables (malgré une lamentable tentative de censure sur Facebook sur fond de la ‘Judicial and Legal Provisions Act’ amendée en 2018), est-il si grave ? Il démontre, davantage que l’affaire MedPoint ou les transferts de fonds de la Bramer Bank tout juste avant la fermeture de celle-ci, le modus operandi de ce qu’on appelle Lakwizinn. Jusqu’ici ce Kitchen Cabinet, qui encadre Pravind Jugnauth depuis qu’il a ravi le poste de PM à son père, fonctionnait de manière abstraite dans nos esprits, avec des suppositions par-ci et des on-dit par-là. Certes, de temps en temps, on recevait des bribes plus précises sur les habitus des cuisiniers grâce à ceux qui ont été exclus et qui, alors de manière revancharde, vendaient la mèche, à l’instar de Roshi Bhadain ou de Vishnu Lutchmeenaraidoo, sans jamais se brûler soi-même. Certes nos lanceurs d’alerte, de plus en plus nombreux ces temps-ci, représentent un progrès dans la relation GM-électeurs, même si pas suffisant, car l’opacité prédomine encore. Au tout début de la présente législature, les Raj Dayal, Sudhir Sesungkur, Toolsyraj Benydin se taisaient et se terraient…

L’utilisation du ministère des Finances et du Parlement à des fins d’enrichissement personnel ou de détournement de fonds publics constitue un délit grave, condamnable, sur le plan de la moralité publique. Ainsi, suite aux fuites des documents liés au SerenityGate, il faudrait que Pravind Jugnauth et ses proches sortent de l’ombre afin d’affronter la lumière des faits. Si le leader du MSM peut prendre le risque de fuir un face-àface avec Navin Ramgoolam ou une assemblée de petits planteurs à Réduit, il ne peut pas fuir les questions que les électeurs se posent, surtout eu égard à la part de responsabilité de celui qui souhaite arracher un (premier) (légitime) mandat comme Premier ministre – et ce, malgré les nombreux scandales qui ont émaillé le gouvernement MSM-ML. (Parenthèse ici pour dire notre déception qu’on n’ait pas pu attendre le procès de Ramgoolam dans l’affaire des coffres-forts, qui se tiendra le 15 novembre.)

Le financement politique ou le rapport des dirigeants politiques avec l’argent a toujours été quelque peu problématique. Le gros des électeurs estime que financement politique rimera toujours avec corruption publique, surtout depuis la découverte de l’existence de caisses noires à Air Mauritius. Nous savons bien que les maigres cotisations (environ Rs 100 par personne par an) des adhérents d’un parti ne suffisent aucunement pour financer des élections générales. Et comme l’État, malgré toutes ses promesses et agitations, n’a toujours pas mis en place un mode de financement politique, il faut soit puiser des deniers publics ou du Special Reserve Fund de la BoM, ou soit ramasser des Bank Cheques du secteur- privé, y compris de chez Rawat/BAI, pour dresser des bases électorales et polluer les ronds-points avec des oriflammes et du vulgaire plastique.

Il nous faut reconnaître que, parmi les principaux propriétaires de partis politiques, seul sir Anerood Jugnauth a publiquement reconnu avoir reçu des sommes astronomiques du secteur privé; sommes qui dépassaient les besoins de son parti. D’où l’érection du Sun Trust Building – qui a par la suite bénéficié des largesses des ministères qui y ont pris leurs quartiers à différentes périodes. Son fils Pravind Jugnauth, l’héritier du trône, ancien boursier de l’État en 1984, ensuite conseiller juridique de la State Bank, de la Mauritius Commercial Bank et de la Delphis Bank, consultant des hommes d’affaires d’Asie en quête de passeports, a toujours vécu dans son ombre. Mais il se présente aujourd’hui comme un parangon de vertu et de droiture (surtout par rapport à Navin Ramgoolam). Dès lors, pourra-t-il simplement debrief l’électorat sur le drôle de casting du SerenityGate, si ce n’est pas trop lui demander en ce dimanche matin…

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