Politique: votez la moralité !

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«Il est temps de mo- raliser la vie publique.» – Nad Sivaramen, l’express, éditorial, 22 septembre 2019.

Alors qu’on se bous- cule et s’écrase au portillon pour obtenir une investiture d’un parti politique, je choisis de me séparer par un intervalle de temps de la politique locale qui devient de plus en plus asphyxiante. Subséquemment, par déférence, le 18 septembre dernier, j’ai fait part de ma décision au leader du Parti travailliste, le Dr Navin Ramgoolam, tout en le remerciant pour les opportunités que lui-même et le plus vieux parti du pays m’ont offertes. Je n’ai fait aucun lobby pour être candidat aux législatives, et ma démarche ne découle nullement d’un quelconque sentiment d’amertume, de frustration ou de colère. La vérité est que, pour reprendre les mots de Marcellus dans Hamlet, «Something is rotten in the state of Denmark»!

La politique n’est plus ce qu’elle fut. Sa toxicité devient de plus en plus inquiétante. Où sont les tribuns ? Qui défend quoi ? De quelles idéologies sont pétris nos politiciens ? Est-ce qu’on se bat pour des idées, un programme, un projet de société, des valeurs ou patauge-t-on dans la fange de la haine et de la vengeance ? Pourquoi adore-t-on aujourd’hui ce qu’on a brûlé en décembre 2014 ? Le démon d’hier est-il devenu ange maintenant ? Tout ce qui compte finalement c’est le pouvoir.

La soif inextinguible du pouvoir pourrit jusqu’à la moelle certains dirigeants politiques qui, une fois intronisés, deviennent souvent tentaculaires, tyranniques et même «égothéistes» ! Ils s’embastillent, sont inaccessibles et oublient nombre de leurs engagements. De telles gens se croiront tout permis, et leurs excès écœureront plus d’un. Même ceux qui auront voté pour eux s’en plaindront par la suite, mais ce sera trop tard, hélas!

Les élections à Maurice se gagnent à coups de promesses aux conséquences financières désastreuses. Nos votes sont-ils ainsi monnayables ? Privilégions-nous la gratuité et le pognon aux dépens des valeurs ? Pour séduire l’électorat, ceux qui sont désespérés proposeront sans vergogne l’argent de l’État aux votants, car ils estiment, comme André Gide, que «l’homme est incapable de choix et il agit toujours cédant à la tentation la plus forte».

Pour beaucoup le pou- voir est associé, entre autres, à ces mots :

-surenchère 

-promesses 

-démagogie 

-mensonges 

-vendetta 

-affairisme 

-influence 

-thésaurisation 

-opacité 

-corruption 

-injustice 

-favoritisme 

-népotisme 

-«méritocraticide» 

-incompétence 

-insultes 

-vendetta 

-communautarisme

-castéisme 

-immoralité

Jamais la politique n’a atteint un tel niveau de bassesse chez nous. La campagne électorale s’annonce impitoyable. Attaque personnelle avilissante, déshabillage de la vie privée, lynchage médiatique, dénigrement des femmes, fausseté, espionnage, violence… tels seront les ingrédients d’une campagne qui s’annonce déjà féroce sur les réseaux sociaux où la déification des chefs a également démarré. Quid des aspirations de nos jeunes ? Que veulent-ils ? Au lieu de les contaminer, songeons à cristalliser leurs rêves. Ils souhaitent avoir du travail, décloisonner la société mauricienne, pro- longer la ferveur nationaliste manifestée durant les Jeux des îles, créer des opportunités dans tous les secteurs, avoir des chances égales en ce qu’il s’agit des recrutements et promotions… Leurs voix comptent, tout comme leurs votes ! Il faut leur faire de la place.

Le pape François parti, son message semble avoir été oublié. Sa seule présence avait pourtant embaumé le pays, mais la politique a vite pris le dessus et désacralisé la sublime atmosphère. Avant de quitter Maurice pour le Vatican, Mgr Ian Ernest a, lors d’un sermon, fait ressortir que «beaucoup d’entre nous cultivent le mensonge». Si seulement les politiciens pouvaient adopter un langage de vérité, la population les aurait appréciés.

Vérité, et aussi moralité. On a grandement besoin de personnes honnêtes, intègres et compétents à l’Assemblée nationale. D’hommes et de femmes de proximité, de gestionnaires choisis selon leurs aptitudes et non leur profil ethno-castéiste. Aussi, un code d’éthique est plus qu’une nécessité désormais.

Attendons-nous également à un déchaînement contre des médias, particulièrement des rédacteurs en chef et certains journalistes. Il y aura sans nul doute des tentatives d’intimidation contre eux. Trop de politiciens n’apprécient pas la presse à sa juste valeur. Qu’ils comprennent que le journalisme c’est tout bonnement la recherche et l’exposition de la vérité. La question fondamentale à propos d’une information est : EST-CE QUE C’EST VRAI ? Si oui, si c’est dans l’intérêt public et qu’elle ne transgresse aucun principe éthique ou moral, il est alors inutile de se dresser sur ses ergots, tempêter et menacer.

Sans aucune attache, je m’adonnerai à mes premières amours, l’enseignement et le journalisme. Et je continuerai à m’exprimer sans devoir quoi que ce soit à qui que ce soit.

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