Qui a peur des lanceurs d’alerte et des dérapages ?

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À défaut d’avoir, comme promis, pu instituer une Freedom of Information Act, le gouvernement Jugnauth tente-t-il de contrôler encore plus les réseaux sociaux qui, contrairement à la MBC et les organes propagandistes, ne caressent pas le pouvoir dans le sens du poil ? La question est centrale, surtout qu’il nous  reste  moins  d’un  mois  pour cette campagne électorale qui sera, à l’évidence, survoltée. 

Alors que, chez nous, des enquêtes sont initiées sous la Judicial and Legal Provisions Act (amendée en 2018) et que des pages Facebook sont bloquées, dont apparemment celles du citoyen Hassenjee Ruhomally et d’autres esprits critiques qui n’ont pas peur d’exprimer leurs opinions citoyennes, ailleurs, en Europe, desministres de la Justice viennent d’avaliser de nouvelles règles pour favoriser précisémentles prises de parole dans l’espace public. «Personne ne devrait risquer sa réputation ou son emploi pour avoir dénoncé des comportements illégaux ou immoraux», a reconnu hier la ministre finlandaise de la Justice, Anna-Maja Henriksson, dont le pays assure la présidence de l’UE.

De Greta Thunberg à Edward Snowden, du fonctionnaire anonyme au «self-proclaimed swindler» Rahim, les lanceurs d’alerte peuvent prendre plusieurs formes, d’où la difficulté de s’entendre sur une définition internationale du terme. Un lanceur d’alerte serait-il aussi un délateur? Un dénonciateur ? Un calomniateur ?Un journaliste ou un justicier ? Un simple citoyen ou fonctionnaire faisant son devoir civique? Que l’on parle des Panama Papers ou de Cambridge Analytica, du Yerrigadoogate aux Mauritius Leaks, en passant par la Platinum Card d’Ameenah Gurib-Fakim ou les notes de restaurant d’Etienne Sinatambou, les faits mis en avant par des lanceurs d’alerte et/ou des journalistes permettent d’améliorer le fonctionnement démocratique à bien des égards (voir aussi en page 10 : «Les tribulations d’un lanceur d’alerte»).

Dans une société où la télévision privée n’existe pas, les réseaux sociaux permettent un nouvel espace de liberté dans le paysage médiatique. Alors, pourquoi veut-on réduire au silence des Ruhomally, Korimbocus et autres Paul Lismore, qui ont le mérite, qu’on soit d’accord ou pas avec eux, d’apporter au débat national une pensée contradictoire, certes avec sa dose d’irrévérence ?

De par notre expérience de journaliste, on estime qu’il est difficile de faire croire à un citoyen de bon sens qu’un journal, qui ne peut survivre que grâce à sa crédibilité (d’où la fâcheuse manie de ses détracteurs de tenter d’entacher celle-ci), inventerait des fausses nouvelles dans le but délibéré de faire du tort à X ou à Y. Ce serait, à l’évidence, une politique suicidaire. Les nouvelles inexactes – et il y en a chez nous, comme ailleurs – ne sortent pas de l’imagination de la presse. Elles ont des sources. Ces sources fournissent des détails qui paraissent plausibles dans un monde où tout est presque secret.

Mais la liberté d’expression, surtout au niveau des commentaires, doit être contrôlée dans certains cas malheureux. Ainsi, l’express choisit volontairement de bloquer certains internautes de ses plateformes numériques, entre autres, dans l’esprit du Children’s Bill, afin de protéger, par exemple, nos enfants des commentaires irresponsables, émis par des pseudo-politiciens. Nous avons fait le choix de bloquer certains parmi eux en raison de leur langage souvent diffamatoire ou pouvant porter atteinte aux enfants. Mais de là à faire fermer des pages entières, c’est autre chose..

Le lecteur sait-il que, le plus souvent, l’animosité n’est pas vraiment le fait de la presse mais du fait que la «classe» politique qui s’entre-déchire à tous coups, et que les coups bas n’étant pas exclus, surtout quand monte la fièvre électorale, ou quand la panique s’installe ?

***

Certes, dans tous les secteurs de la vie d’un pays, l’intérêt prime souvent sur la vérité, souvent dissociée des faits réels et assimilés, à tort, à des points de vue ou interprétations biaisés. Entre candidats, aspirants leaders, commerçants, fournisseurs, conseillers-fossoyeurs, experts, travailleurs sociaux, avocats véreux et journalistes/reporters-mercenaires, on ne se gêne aucunement pour se lancer des peaux de banane ou des seaux de boue. La vraie question que pose donc le phénomène des lanceurs d’alerte, c’est celui de l’évolution de la démocratie et des hommes et femmes politiques.

Sommes-nous devenus une société où l’on peut ouvrir des débats de manière correcte, entendre les différentes versions, voir s’échanger les valeurs, les opinions, les intérêts ou doit-on contrôler les dérapages souvent maladifs et verrouiller le système à cause de certains esprits immatures ou de tentatives liberticides de partis totalitaires ? Qui doit décider au final, un journal qui ne rend des comptes qu’à ses lecteurs, un gouvernement dictatorial ou un parti politique cherchant à reconquérir le pouvoir, coûte que coûte ?

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