Les Orange aiment le rouge ?

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Mais non, je ne révèle pas de grande alliance ! 

Par contre, on peut croire ce titre en prenant connaissance de la promesse de Pravind Jugnauth, Premier ministre et ministre des Finances, qui annonçait à des retraités, évidemment avides de bonnes nouvelles, une pension de vieillesse de Rs 13 500 au cours de son prochain mandat 2020- 2024. Pourvu qu’il soit élu ! Après tout (et comme toujours !), on nous aligne une idée de dépense, on n’explique pas ce que cela va coûter et on ne pipe, pour le moment, mot sur comment ce sera financé. Après le rouge de la balance commerciale, celui de la balance des comptes courants, celui du Budget, celui de la dette nationale, on se propose d’ajouter encore de l’encre rouge, alors même que l’économie nationale, qui doit éventuellement payer pour cette nouvelle largesse, ne se porte pas bien. 

C’est comme si on disait au pays, souffrant de diabète que l’on va lui donner des ladoos bien sirupeux, sans lui expliquer que c’est lui-même (ou ses enfants) qui devra les payer… 
  
Comprenons bien de quoi il s’agit. Au risque de se voir couper la langue ! Et à celui de déplaire aux vieux…
 
Notre population se chiffre actuellement à 1,27 million. En 2050, selon WorldoMeters, nous serons réduits à 1,18 million. Les bénéficiaires de la pension de base ont augmenté de 228 000 à 267 000 entre 2014 et 2019, dans le sillage du vieillissement naturel de la population* et les augmentations de la pension de vieillesse du présent mandat ont gonflé cet item budgétaire de Rs 12,5 milliards à… Rs 27,6 milliards (item 71020 du Budget) sur environ la même période. La pension de vieillesse représente déjà 22,7 % des dépenses courantes du budget national. Selon le MCB Focus No 76 – que la population entière aurait intérêt à lire – les plus de 60 ans, qui représentaient 16 % de la population en 2017, représenteront 23 % en 2027 et 35 % en 2057 ! Il est estimé qu’il y aura 280 000 pensionnés en 2024.

En parallèle, ceux qui devront travailler pour payer les pensions des retraités, seront moins nombreux à partir de 2022. Le résultat en est que s’il y a 6,7 citoyens qui travaillent en 2017 pour chaque pensionné de 65 ans +, il n’y aura que 3,2 en 2037 et 2,3 en 2057. Il y aura donc TROIS FOIS MOINS de gens qui travailleront pour chaque pensionné de 65 ans + ! Imaginez les dégâts si la pension se paie toujours à 60 ans +, n’est pas ciblée et si comme promis, elle passe à Rs 13 500, soit le double de l’actuelle ! Selon les projections de MCB Focus, il y aura un peu plus de 350 000 pensionnés en 2057 et le nombre de 60 ans –, travaillant pour les 60 ans + – aura été réduit de 4,0 à 1,5… 

Ce ne sont pas les langues qui seront alors coupées, mais bien les jambes ! Du pays ! ET jusqu’au torse ! Et ça va saigner, rouge, de partout… comme en Grèce, il y a quelque temps.

Sauf si le gouvernement a un plan crédible, dans lequel cas, il a le devoir professionnel de le publier en détail afin de rassurer ceux qui sont appelés à investir, ceux qui devront compter avec les ajustements salariaux qui suivront inévitablement la pension de vieillesse rehaussée, ainsi que ceux qui, n’ayant pas le bonheur d’être vieux, travailleront et seront TROIS FOIS MOINS NOMBREUX pour subvenir au bonheur des retraités ! Qu’a-t-on prévu comme recettes pour améliorer notre productivité nationale, le taux de croissance actuel, le taux de participation des femmes au marché du travail et pour accélérer l’ouverture aux travailleurs étrangers, qui permettrait au pays de les ponctionner pour assurer une telle générosité ? Qu’a-t-on prévu de taxer spécifiquement pour ne pas laisser filer le déficit budgétaire ou les emprunts ?

Je n’ai pas moins de coeur envers les pensionnés que Pravind Jugnauth, mais les vieux qui ne parleront que de Rs 13 500 pour un temps, sans réaliser que l’on parle d’un horizon de 2024 et que c’est le contribuable, c.-à-d. leurs enfants, qui paieront en fin de compte; accepteront-ils d’être bernés ? D’autant qu’une des conséquences de telles largesses est probablement une roupie plus faible, qui augmentera l’inflation et réduira donc, éventuellement, le pouvoir d’achat des pensionnés ? Oui, on peut le craindre !

Le moment où cette promesse sera «réalisée» n’est pas clair non plus, mais a évidemment des implications. Si les Rs 13 500 ne sont payées qu’en 2024, présumément à la veille d’une autre élection potentiellement «libératrice» («Après moi, le déluge !»), les pensions coûteront alors Rs 49,1 milliards pour cette année la (v/s Rs 27,6 milliards maintenant, soit Rs 21 milliards de plus pour un seul Budget). Si, par contre, l’on augmentait cette pension de manière linéaire à partir de 2020 (étant entendu que l’augmentation 2019-2020 de Rs 500 ne porte que sur six mois), le budget pension augmenterait d’environ Rs 6 milliards par an, chaque année, avant d’atteindre Rs 49,1 milliards en 2024. 

L’intérêt électoral d’une telle promesse est clair : acheter ainsi les votes des pensionnés en transférant le coût d’une telle mesure à ceux qui travaillent, maintenant et plus tard ! Les politiciens ailleurs ont été pareillement tentés. Si les pensionnés votent pour leur avantage, ceux qui travaillent devraient donc voter pour les leurs et voter contre cette mesure, surtout s’il n’y a pas d’explications détaillées, limpides et soutenables…

Mot final. Le parti Malin ne s’est pas fait attendre pour souligner, en promettant Rs 25 500 par mois aux pensionnés, combien les promesses démagogiques des uns peuvent engendrer une spirale de surenchère avec les autres. Et si on fondait un nouveau parti qui promet la pension de vieillesse à Rs 100 000 et le salaire minimum à Rs 125 000 si on nous donne le pouvoir jusqu’en… 2064 ? D’autant que nous serons plus là… 

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Entre les événements populaires, mais éphémères qu’ont été, il y a peu, les Jeux des îles et la visite du pape François et le miroir aux alouettes futur que constitue un doublement des pensions de vieillesse à horizon 2024, il y a bien sûr le Metro Express, tangible et neuf, qui est désormais sur les rails ! Enfin, sur une partie des rails… Pouvoir y voyager gratuitement pendant quelque temps sera, nul doute, un attrait immense, lardé de plaisir et de fierté. Reste à démontrer que cette nouvelle forme de transport public saura, à la fois, désenfler le trafic sur nos routes et ne pas coûter trop cher au Trésor public. L’étude de fiabilité mériterait d’ailleurs d’être réactualisée avant les élections, pour l’édification des contribuables. La transparence est requise. Du silence pourrait faire craindre le pire. Du rouge, par exemple.

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Devant ces faits, et pour ne pas sombrer à la sauce grecque, il me semble urgent et nécessaire de faire voter une loi de responsabilité fiscale détaillée, y compris à propos de promesses électorales, pénalisant vertement ceux qui ne pourraient justifier les dépenses qu’ils proposent à l’intérieur de paramètres économiques prédéfinis. La Banque mondiale peut aider. Pour compléter la protection de l’argent public, un institut indépendant, regroupant des économistes reconnus du secteur privé (Big Five ? SBM ? MCB ?), agirait comme chien de garde sur les projets significatifs en établissant, pour les contribuables, les coûts (et bénéfices) véritables de chaque idée. Sinon, c’est trop facile !

 * On vivait, en moyenne, 58,7 ans en 1962. En 2017, 55 ans plus tard, on espérait voir ses 71,5 ans. On vivra de plus en plus longtemps apparemment…

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