Sweet sixteen

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D’abord les évidences : plusieurs jeunes filles de 16 ans vivent déjà en concubinage, d’autres sont devenues filles-mères sur toile de fond d’une situation difficile, sinon malheureuse. D’autres encore sont déjà mariées, et on en trouvera même qui diront qu’elles ont fait ce choix librement, consciemment et sans contrainte.

À 16 ans, une grande majorité de jeunes d’aujourd’hui sont déjà sexuellement actives, et mènent conjointement leur vie estudiantine et privée. Même s’il faut reconnaître des perturbations au niveau des résultats scolaires pour certains, dans d’autres cas, les relations amoureuses n’ont pas de grande influence sur le carnet de notes. Dans nombre de familles où il y a des adolescents de 16 ans, le petit copain ou la petite copine obtient la bienveillance des parents qui préfèrent être au courant des fréquentations de leur progéniture.

Chacun élève son enfant de 16 ans à sa manière, dépendant de ses propres valeurs, de son vécu et de ses objectifs de vie. Difficile de généraliser la façon de voir de tous dans une île Maurice plurielle, où la différence est notée d’une région à l’autre et où on aurait tort de penser aux jeunes comme une uniformité, comme un bloc.

D’où la polémique entourant le Children’s Bill qui autorise le mariage à 16 ans, avec le consentement des parents. Au fond, la ministre Daureeawoo ne fait rien de plus ou de moins que ses prédécesseurs. Tout comme le gouvernement actuel qui, à la veille des législatives, ne veut pas toucher à cette clause par pure stratégie politique, afin de ne froisser aucune frange de l’électorat.

C’est Shirin Aumeeruddy-Cziffra qui, dans les colonnes du Défi de samedi, donne un éclairage fort instructif à ce sujet : «Au début, dans le Code Napoléon, l’âge minimum pour se marier était de 15 ans pour les filles et de 18 ans pour les garçons. Les femmes de tous bords politiques se sont solidarisées. Nous avons conquis en 1981, entre autres, l’amendement qui a porté cet âge à 18 ans pour filles et garçons. En 1982, quand j’étais ministre de la Justice, des Droits de la femme et de la famille, j’ai tenu bon malgré les lobbies qui voulaient rabaisser l’âge de mariage des filles. Mais en 1984, ma collègue Sheila Bappoo a dû ramener cet âge à 16 ans, avec le consentement des parents.»

C’est dire donc que la ministre de la Femme actuelle et ses collègues ne font que continuer à illustrer le manque de courage politique qui a caractérisé tous les gouvernements depuis 84. Car maintenir le mariage à 16 ans normalise quelque chose qui ne devrait pas l’être. Et c’est là l’irresponsabilité de l’État – ainsi que des partis d’opposition dont le silence complice est coupable – car il place l’intérêt partisan au-dessus de la protection des jeunes.

Parcequ’il ne s’agit que de ça : il n’est pas là question d’un débat entre la foi ou les pratiques culturelles et la loi, mais juste de reconnaître qu’à 16 ans, la place d’un/e jeune est sur les bancs d’un collège. Il s’agit de reconnaître que dans la majorité des cas, ce sont des jeunes filles qui sont mariées, ce qui contribue à l’inégalité des genres. Il s’agit de reconnaître les risques sur la santé face aux grossesses précoces, il s’agit de reconnaître qu’un mariage ne se résume pas qu’aux relations sexuelles, mais à toute la charge des responsabilités placée, dans une majorité de cas, sur les frêles épaules de nos jeunes filles, sans maturité nécessaire. Souvent, elles mettent fin à leur scolarité, deviennent femmes au foyer, sinon mères très tôt, s’échinent sous une grosse charge de travail, peinent à être indépendantes financièrement et, dans beaucoup de cas, ne connaissent pas leurs droits.

Aujourd’hui, le changement noté avec le Children’s Bill est que les parents sont susceptibles d’être pénalisés s’ils sont reconnus coupables d’avoir forcé leur enfant à se marier. Or, le poids et la crainte de la famille empêchent souvent ces jeunes qui, vulnérables à cet âge, n’ont ni le courage ni le discernement qu’il faut pour dire non.

Il est des moments dans la vie d’un pays où la responsabilité de l’État est engagée. Nous en sommes là avec le maintien de la loi autorisant le mariage à 16 ans. Que le concubinage à cet âge, que les grossesses précoces soient cantonnées aux exceptions. En donnant une légitimité pour se marier à 16 ans, nous normalisons une pratique qui n’est pas en faveur de nos filles d’aujourd’hui, femmes de demain, et qui ont plutôt besoin d’être empowered et non le contraire !

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