Qu’est devenue la politesse ?

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La montée de la violence gratuite à Maurice est, sans doute, un des phénomènes les plus déroutants de ces dernières décennies. Les agressions ne sont plus confinées aux régions défavorisées ou notoirement turbulentes comme Rivière-Noire, Mahébourg ou Plaine-Verte. Les lieux d’impolitesse se multiplient. Les bousculades aux arrêts d’autobus, l’impatience aux ouvertures des ascenseurs des ministères, les klaxons aux embouteillages révèlent des comportements de plus en plus brutaux.

À la fin des classes, les élèves, l’après-midi, manifestent un excédent d’enthousiasme et d’énergie qui trouve son exutoire dans la provocation ou la bagarre. Je ne sais si nos éducateurs s’interrogent vraiment sur les raisons profondes de ce problème et sur les moyens de promouvoir un comportement plus civilisé.

Le discours de nos politiques plie sous le poids des gros mots qui prolifèrent. Leur gestuelle est tout aussi vulgaire. Il semblerait que la meilleure façon de persuader serait de parler cru et gras. Leur posture sur les caisses de savon, transposée allègrement au Parlement, empoisonne le climat des sessions d’une Assemblée qui n’a plus rien d’«auguste». Nous en serons bientôt, hélas, abreuvés de cette logorrhée malsaine et tonitruante à l’approche des nouvelles élections.

L’auteur dénonce la vulgarité et le parler cru de nos politiques, qui, dit-il, tiennent des discours qui empoisonnent le climat des sessions de notre Parlement.

Selon le Petit Robert, «mentor» veut dire guide, conseiller sage et expérimenté. Quand un mentor national supposé donner le bon exemple déclare qu’il pisse sur la presse et sur l’opposition, il est stupéfiant de constater non seulement la rusticité récurrente du personnage, mais aussi les ineffables jouissances de son entourage politique à cette scabreuse profession de foi. J’en conclus qu’une pourriture malséante gangrène la société jusqu’aux plus hautes sphères de notre hiérarchie.

«Une pourriture malséante gangrène la société jusqu’aux plus hautes sphères de notre hiérarchie.»

D’avoir grandi avec, et observé, le code de la bienséance qui prévalait dans mon enfance ne facilite guère l’adaptation aux manières qui se propagent aujourd’hui. Ou aide à les tolérer. Selon ce code, ces manières sont mauvaises. Au point de se poser la question de savoir si nous avons vraiment progressé depuis deux mille cinq cents ans.

Il est aujourd’hui admis en Occident qu’il a fallu attendre les Grecs pour que la politesse modifie progressivement le comportement des hommes en société. Polis égale à cité. Ils furent les premiers à reconnaître la nécessité de respecter le territoire de l’autre, d’éviter de lui marcher sur les pieds. L’Athénien transcende la rudesse sauvage du primitif et définit son congénère comme citoyen ayant droit au respect, au dialogue et à l’égalité en droit. Nous y trouvons en somme les prémices de la démocratie. Demos égale à peuple.

Les Romains extrapolent et proposent civilité (civis égale à cité) ou urbanité (urbs égale à ville). Sous l’ancien régime, en France, à la cour des rois, on est courtois. La courtoisie «c’est être civil, gracieux dans ses discours et ses manières» (Dictionnaire).

La littérature enrichit graduellement la langue – ici française pour les besoins de ce texte – avec savoir- vivre, bienséance, affabilité, amabilité, complaisance, galanterie, tact, convenance, décence, correction, déférence. Je laisse au lecteur le plaisir d’imaginer les situations auxquelles pourraient se référer les mots de ce riche vocabulaire.

On peut aussi parler d’usages. Du bon et du mauvais. Nos parlementaires font-ils un bon usage des mots et des attitudes ? Est-ce digne de qualifier son adversaire, infortuné de nature, de chihuahua ou de nain politique ? Dignité ! Voila bien un mot dont nos politiques ont perdu le sens.

Le fondement de la politesse c’est d’atténuer. On exagère sa harangue et ses poses pour effectivement s’imposer aux autres. On les atténue pour les ménager. Dans la vie de tous les jours les appellatifs «Monsieur, Madame» situent la relation sur une base d’entente et de compréhension.

Une correspondance polie utilise cher ou chère en introduction même si le/la récipiendaire est bien loin d’être aimé/e. Dans nos cours de justice, «My learned friend» assouplit les échanges même si la partie adverse n’a jamais fait preuve d’érudition. De nos quelque soixante élus, combien sont vraiment «honourable» ?

La grammaire française propose également un imparfait d’atténuation. «Je venais prendre de vos nouvelles» est plus policé que l’abrupt «Je viens prendre de vos nouvelles». Les relations affables sont en effet truffées de nuances qui distinguent en société l’élégance de celui qui sait vivre de la brute mal élevée.

Si le Parlement et les élus du peuple sont supposés être le reflet de la nation, l’image que Maurice projette ces dernières années est loin, bien loin, d’être empreinte de politesse et de dignité.

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