Soyons humains !

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C’est en substance le message qu’a voulu adresser le pape François à nous autres Mauriciens lors de sa visite éclair dans notre île le 9 septembre. Et pour mieux se faire entendre, le souverain pontife a bien choisi son auditoire : le parterre d’invités réunis à la State House. À ceux-là, il a mis en garde contre la tentation de succomber à un modèle économique «idolâtre qui ressent le besoin de sacrifier des vies humaines sur l’autel de la spéculation et de la simple rentabilité».

Ce modèle qu’il décrit ne prend en compte, selon le pape François, que l’avantage immédiat au détriment de la protection des plus pauvres, de l’environnement et de ses ressources. Dans cette course effrénée à l’argent, cette intervention est une véritable piqûre de rappel du danger qui nous menace en l’absence d’un changement de trajectoire dans notre mode de vie afin de veiller à ce que la croissance économique puisse réellement profiter à tous, sans risquer de causer des catastrophes écologiques ou de graves crises sociales.

Les propos du pape, faut-il encore le souligner, sont dans l’air du temps et témoignent d’une urgence qui malheureusement a tendance à nous échapper. Le mouvement des Gilets jaunes en France est révélateur d’un malaise profond qui n’épargne aucun pays. À Maurice, la crise économique de 2008 a laissé des traces profondes dans notre société. Un rapport de la Banque mondiale en date de 2017 constate d’ailleurs un creusement des inégalités dans l’île dans le sillage de cette période de grande volatilité qui a secoué les structures économiques du pays.

Des efforts sont nécessaires pour rectifier le tir et veiller à ce que les fossés qui séparent les classes sociales ne deviennent pas des gouffres. Le souverain pontife abonde dans le même sens lorsqu’il plaide pour une croissance économique qui ne laisse personne sur le carreau et en particulier les jeunes. Car l’on ne peut concevoir l’avenir sans les jeunes. Or, ils étaient 19 700 à rechercher un emploi en 2018. Clairement, Maurice a du pain sur la planche lorsqu’il s’agit de réparer l’ascenseur social.

Cette quête d’un monde plus durable et inclusif où chacun a les mêmes chances de prospérer pourrait paraître utopique aux yeux de certains, mais il est temps de se rendre à l’évidence que c’est la seule voie possible. D’ailleurs, les enjeux qui nous pendent au nez ne nous laissent que très peu de choix.

Même le secteur de la finance semble avoir pris la mesure de la situation. La décision de débattre de la croissance et de la finance durable lors de la 18e session de l’Institut Francophone de la Régulation Financière (IFREFI) à Balaclava, la semaine dernière, est porteuse d’espoir.

Cela dit, il ne suffit pas de verdir les discours. Il faut aussi verdir les actions et réorienter les flux financiers vers la construction d’un monde plus soutenable du point de vue social et environnemental. Ce n’est qu’en redonnant un sens à l’investissement que nous réussirons à avoir un impact positif.

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