ET SI L’ON PARLAIT DE CHOSES PLUS SERIEUSES ? (...que la politique)

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Aux États-Unis, l’on suggère que la force de l’économie américaine sera absolument capitale aux chances de réélection de Trump en 2020. Trump, on le sait, aura bénéficié et profité d’une longue période de croissance et de baisse du chômage sous Obama et aura délibérément dopé cette économie un peu plus avec un cadeau fiscal important aux plus fortunés, suivi d’une déréglementation assidue* et d’une invitation au rapatriement d’emplois ayant émigré vers l’étranger. Cependant, son pari de guerre commerciale avec la Chine et l’Europe paraît risqué à ce stade. L’Allemagne s’inquiète de son ralentissement, le Royaume-Uni s’interroge sur les conséquences du Brexit, L’Argentine et le Brésil transpirent face à leurs récessions, la Chine constate son ralentissement et réagit sur le yuan, l’Economic Times note avec anxiété que l’économie de l’Inde, dont la moyenne de croissance à long terme est établieà 6,6 %, a baissé de cadence enregistrant une décélération, maintenant pour deux trimestres de suite, à 5 % l’an… 

Par contre, je ne crois pas me tromper en supposant que bien peu de personnes parleront de l’économie locale entre maintenant et les élections. On parlera, à la place, de bonbons déjà distribués, d’alliances électorales, de petite actualité ou de promesses de bonbons.

C’est apparemment plus jouissif ! Cependant, il y a de très sérieuses questions dans l’air !

En zone franche (50 200 emplois, dont 28 000 emplois encore mauriciens) une atmosphère plutôt pesante règne depuis quelque temps déjà. Les symptômes sont on ne peut plus visibles : le textile a régressé de 4,1 % en moyenne entre 2015 et 2018, les fermetures semblent s’accélérer (3 compagnies Tex, le groupe Palmar/TeeSun, Future Textiles, Tara, Rossana), les licenciements aussi, comme ceux de World Knits, les investissements de nos groupes textiles les plus importants sont de plus en plus orientés vers l’étranger (CMT, CIEL Textile, maintenant Firemount…), ce n’est vraiment pas bon signe tout ça ! Et cela risque de continuer dans cette direction puisque l’équation de base ne change pas. Dans une interviewcourage en mars 2019, Thierry Lagesse, que l’on peut, par ailleurs, facilement trouver peu sympathique, patron du groupe Palmar, suggérait que le salaire minimum avait été «le coup de massue» final. Quand on ne peut passer ses augmentations accumulées de coûts à la clientèle, c’est sans doute vrai, en effet, quoique l’on puisse dire à propos des injustices du système d’«exploitation capitaliste» et des failles de la globalisation ! Il faut le répéter : le salaire minimum était, sur le plan humain, une nécessité. Il y avait cependant toujours un risque d’un certain niveau de casse en conséquence, on le voit bien. La reconversion du personnel ainsi libéré vers des créneaux à plus forte valeur ajoutée est un objectif raisonnable de tout pays, comme à Singapour, par exemple, mais cela se prépare évidemmentà l’avance ! Est-ce que ce sont les secteurs de l’intelligence artificielle (AI), du Big Data, de la robotique et de la blockchain que l’on promet aux licenciés du textile, des fois ? Et n’oublions pas que si les fermetures dans le textile sont médiatisées, les mêmes équations confrontent aussi les PME, où les seules différences sont que licenciements et fermetures sont plus discrets et que le patron ne roule pas en BM ou ne carbure pas encore au champagne. Même s’il y aspire, je pense… comme tout entrepreneur qui espère ainsi, un jour, afficher sa réussite.

Dans le sucre, il y a une bonne nouvelle : la récolte 2018-2019 devrait produire moins que la consommation mondiale pour la première fois depuis bien longtemps, ce qui devrait normalement faire grimper les prix. Trois explications essentiellement : climatologie défavorable, le Brésil qui convertit plus de sa production en éthanol (de 52 % à 65 % du total) et les betteraviers européens qui plantent 7 % de moins. Cependant, le problème c’est qu’en parallèle les stocks empilés par certains quand les prix étaient bas (50 millions de tonnes globalement, soit l’équivalent d’environ 3,3 mois de production annuelle), sont maintenant relâchés sur le marché. Ainsi l’Inde, qui est en mesure d’écouler jusqu’à 6 millions de tonnes et qui a décidé de subventionner ses planteurs par près de 150$ la tonne, pour ce faire. À Maurice, les petits planteurs (moins de 100 hectares) recevront des subventions les menant à un prix final profitable de Rs 25 000/tonne, mais ils ne produisent que 55 000 tonnes, soit 17 % du total exporté. Cette subvention n’est, à ce stade, que pour l’année en cours d’ailleurs, ce qui est loin de représenter un avenir stable. Un prix bien plus commercial pour la bagasse et de la mélasse, question hautement politisée, ne sera sûrement pas finalisé pour le secteur ces jours-ci… Le prix «viable» du sucre mauricien étant estimé à Rs 16 500/T, il est clair que le prix actuellement payé par le syndicat des sucres, basé sur les cours mondiaux, soit Rs 9 300, est une recette pour caraméliser le secteur…

Le tourisme marque le pas, c’est certain. La profitabilité plus qu’intéressante qui précédait la crise financière de 2008-2009 et qui finançait tant d’investissements dans de nouvelles capacités, ne se retrouve plus. Les défis environnementaux ne sont pas négligeables. Le pays s’enlaidit. Les arrivées touristiques sont grippées depuis le début de 2019. L’endettement bancaire du secteur, malgré des efforts de restructuration majeurs est toujours à Rs 44 milliards, alors que le chiffre d’affaires est à Rs 41 milliards et la profitabilité sectorielle dépasse à peine les Rs 2 milliards. Les chiffres de Lux, Maritim, Zilwa et Salt Lake suggèrent au moins qu’un «upside» est encore possible…   

Il faut quand même souligner que près de 70 % des emplois de ce pays sont dans le secteur privé dont les conditions d’emploi sont, en général, sauf pour l’apex de la pyramide salariale, déjà moins généreux que ceux du secteur public ! Or, alors qu’il n’y a, semble-t-il, pas besoin de justifier économiquement le niveau des salaires dans le secteur public (même, apparemment, si l’endettement national augmente…), cela EST un impératif de survie dans le privé, surtout quand le coût de production n’est plus alors compétitif sur les marchés internationaux… ou même locaux. Tout le monde souhaite un meilleur niveau de vie, de meilleurs salaires. C’est compréhensible. Mais il faut quand même que l’équationéconomique, articulée aussi autour de la productivité, reste viable, sinon c’est l’emploi lui-même qui est à risque ! On peut en vouloir aux «Gro paltos» (qui devraient d’ailleurs mieux partager, quand possible), taxer comme on veut dans ces cas-là, cela ne changera pas le compte de Profits et Pertes et peut risque de gripper l’investissement et chatouiller la fuite des capitaux.

Vous croyez que ce n’est pas un risque ? Bien évidemment que c’est un risque si les mauvaises décisions sont prises ! Dans la semaine où est mort le Mugabe, qui a économiquement détruit son pays au départ florissant et admiré, même si souffrant certes d’un solide degré de concentration foncière et financière, il est peut-être seyant de le rappeler ? L’important, voyez-vous, ce sont les grands équilibres. Et la dose. En janvier 2009 la Banque centrale du Zimbabwe faisait imprimer, après des années d’hyperinflation, un billet de cent mille milliards de dollars zimbabwéen. Il valait alors 30 dollars américains.

KC RANZÉ

*Son idée n’est pas tant de réduire la bureaucratie inutile, comme on a pu l’espérer au départ, mais surtout d’enlever les contraintes qui forçaient ses «amis» à dépenser plus, notamment pour réduire la pollution et ainsi mieux protéger la planète. Sa dernière ? Annuler une législation Obama qui exigeait d’utiliser moins d’ampoules énergivores. Il est estimé, en conséquence, que la consommation d’électricité augmentera de 80 milliards de kilowatts heures, soit la consommation annuelle des résidents de Pennsylvanie et du New Jersey. Les restrictions imposées par Obama sur les producteurs d’électricité ont eux-mêmes déjà été largement renversées, pour nourrir le profit, notamment des centrales à charbon…Ça va engranger des votes, ça, ou des degrés centigrades ?

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